mardi 28 août 2018

L'échec d'Hulot est surtout la victoire des lobbys



(Article rédigé avant la démission de Nicolas Hulot, mais pas forcément obsolète pour autant)

Depuis la fin des années 60, les scientifiques alertent sur le changement climatique et sur l'effondrement de la Vie sous l'effet des deux facteurs que sont notre consommation et notre démographie. Pourtant malgré le relais conséquent et régulier de ces informations notamment par les écologistes, la situation s'est dégradée. A la prise de conscience écologique post-soixante-huitarde, a suivi l'inconscience écologique des années 80-90.

Depuis l'an 2000 environ, le mouvement écologiste semble renaître de ses cendres à la faveur de l'apparition d'une nouvelle génération davantage concernée par l'avenir de l'humanité. Ces derniers se sentent d'ailleurs trahie par la timide transposition politique des alertes écologiques lancées par les scientifiques. L'action ou plutôt la non-action de Nicolas Hulot en est le symbole le plus criant.

Pourtant la nomination d'Hulot au Ministère de la transition écologique et solidaire a au moins eu une conséquence positive sur l'écologie : elle a permis de se rendre compte, que même un spécialiste du sujet ne peut rien contre un président qui érige la croissance en modèle. Il faut dire que jusqu'à présent, les différents gouvernements que nous avons eu depuis que ce ministère a été créé en 1971 avaient plutôt eu le cynisme de ne nommer que des non-spécialistes à ce poste hautement technique. Ainsi, les industriels ont très souvent vu leurs projets de "développement durable" adoubés par l'Etat et donc à même de recevoir des financements publics alors même qu'ils relevaient du greenwashing le plus cynique (diesel propre, réacteur nucléaire Super-Phénix, tri mécano-biologique des déchets, plan pesticides "Eco-phyto", agro-carburants et plus récemment hydrogène renouvelable ou compteur Linky...). On comprend enfin avec Hulot que cette technicité ne préserve aucunement de céder au puissant lobbying d'intérêts privés.

Ainsi, contrairement à ce qu'on était en droit d'espérer d'un homme qui incarne la figure de l'écologiste pour le grand-public, les actions d'Hulot ont démontré que l'on peut avoir le niveau de connaissances et le soutien populaire nécessaire, mais échouer à imposer des solutions qui brident le monde des affaires. Ainsi, Hulot ne fait pas mieux que ses prédécesseurs qui, à leur décharge étaient loin d'avoir sa popularité. Ce "capital sympathie" d'Hulot, fond pourtant comme neige au soleil et dégouline sur l'image déjà bien écornée des écologistes aux yeux du grand-public. La population française ne cherche pas à s'informer sérieusement sur le changement climatique, ni sur l'effondrement de la biodiversité. Quant à l'écologie, qui - rappelons le - est d'abord la science qui étudie les relations entre tous les êtres vivants mais aussi l'influence de l'environnement sur leur évolution, elle n'est toujours pas une matière enseignée par l’Éducation nationale.

Pour autant le mouvement écologiste qui a toujours eu peu de prise sur les institutions, ne peut pas se passer de la possibilité d'être entendue par une population, souvent moins soumise à l'influence des lobbys industriels que les politiciens. Or la crédibilité d'Hulot est mis à mal par son soutien incompréhensible à ce qui semble être le quinquennat le plus libérale de la Vème République. Ceci, malgré les arbitrages qu'il perd au sein même des questions dont il a la charge, quand ce n'est pas son train de vie de millionnaire ou les zones sombres de sa vie privée qui fait les gros titres des médias de masse.

 

Encore quatre ans de Macron 

 

Le mandat d'Hulot semble hélas parti pour durer au vu des énormes couleuvres qu'il a déjà accepté d'avaler durant cette première année qui s'achève. Il a déjà contribué à affaiblir l'image de l'écologie politique encore davantage qu'elle ne l'était après l'affaire Baupin, la trahison Pompili-De Rugy-Placé et enfin la débâcle législative de 2017.

La bonne nouvelle c'est que cette catastrophe pour l'écologie qu'est la participation d'Hulot à la politique de Macron permettra peut-être à certain de comprendre que la situation ne s'est pas améliorée depuis les années 70 et qu'il est peut-être temps de faire évoluer l'angle d'attaque.

Est-ce le moment pour les leaders écologistes d'envisager d'autres pistes que la nécessaire - mais très peu populaire - décroissance économique. Par exemple celle tabou de la démographie occidentale. Rappelons que si tous les humains consommaient comme les français, il faudrait près de trois planètes pour subvenir aux besoins de tous. A défaut d'envisager d'autres pistes que celle de l'après mai 68, on s'expose sans doute à obtenir les mêmes résultats.