mercredi 11 juillet 2018

L'hydrogène n'est (toujours) pas une énergie propre


Nicolas Hulot annonçait le mois dernier un « plan de déploiement de l’hydrogène pour la transition énergétique » qui coûtera pas moins de 100 millions d'euros d'argent public. Sa réalisation doit permettre à l'industrie française d'asseoir sa position de leader mondial de la production de cette ressource énergétique. Pourtant le ministre n'est pas censé ignoré que 96% de l'hydrogène est toujours obtenu à partir de ressources énergétiques sales telles que le charbon et le méthane. En effet, ce gaz qui s'enflamme spontanément au contact de l'air n'existe pas à l'état naturel. Bien que sa combustion n'émette que de l'eau, sa production elle, engendre une pollution bien réelle.

Selon un rapport explosif de l'Agence nationale de la maîtrise de l'énergie et de l'environnement (Ademe), datant d'avril 2018, la pollution due à la seule consommation française d'hydrogène représente "7,5% des émissions de gaz à effet de serre de l’ensemble du secteur industriel national". Pire, la pollution générée par la production française approcherait le quart des rejets carbonés de l'industrie française. Un volume astronomique pour un vecteur énergétique dont 93% de la production est encore confinée à une utilisation industrielle. Assez loin de l'image "green" véhiculée par les médias acquis à la communication du lobby de l'hydrogène piloté par le géant français Air liquide et ses 20 milliards d'euros de chiffre d'affaire.

Source 2014 : Connaissance des énergies

L'Ademe qui oriente et pilote le déploiement des programmes de transport et énergétiques français en tire d'ailleurs la conclusion qui s'impose : "Sur les impacts du changement climatique et épuisements des ressources naturelles, la mobilité hydrogène n’a d’intérêt que si l’hydrogène est produit à partir de sources d’énergies renouvelables." Or ce "verdissement" de la production plafonne au moins depuis 2014 à seulement 4% du total.


Convertir l'électricité en hydrogène engendre d'importantes pertes


Il est en effet possible de produire de l'hydrogène de manière un peu plus durable grâce à l'électrolyse de l'eau, une technique inventée il y a plus de 200 ans. Elle consiste a séparer les atomes de l'eau (H2O) en dioxygène et dihydrogène (H2) au moyen d'un puissant courant électrique. Anticipant la polémique d'être accusé de subventionner une énergie sales, les concepteurs du plan ont donc fixé un "objectif que 10% de l’hydrogène industriel soit issu de cette technologie en 2023 et entre 20% et 40% d’ici à 2028." Outre le flou artistique entourant cette deuxième échéance, il est a signalé que même en supputant que ces objectifs soient scrupuleusement  respectés, ils reflètent un criant manque d'ambition... ou une certaine réalité.

Car si l'électrolyse de l'eau - qui permet d'obtenir un "hydrogène propre" lorsque que l'énergie utilisée est renouvelable - n'a que très rarement dépassé le stade expérimental, c'est qu'elle est très peu efficiente par rapport à d'autres technologies de stockage de l'électricité.



Toujours selon l'Ademe, le rendement de la conversion de l’électricité et de l'eau, en hydrogène pressurisé est seulement "de l’ordre de 20 à 30%, contre plus de 80% pour le stockage de l'électricité directement dans des batteries électriques". Un gap si important qu'il est apparu nécessaire aux spécialistes de l'agence d'expliciter les conclusions de ce résultat : "le recours à l’hydrogène se justifie, techniquement et économiquement, lorsqu’il permet d’apporter un service supplémentaire, qui ne peut être rendu par des batteries seules." Difficile d'être plus clair sans s'attirer les foudres de l'influent lobby, mais selon les experts, le stockage de l'électricité renouvelable sous forme d'hydrogène serait à réserver à des applications de niche pour lesquelles l'utilisation de batteries est impossible.

Il faut comprendre qu'une voiture fonctionnant avec de l'hydrogène obtenu par électrolyse nécessiterait trois fois plus d'énergie primaire pour parcourir la même distance que son équivalent à batterie. Finalement, le seul véritable avantage de la voiture à hydrogène face à la voiture à batterie électrique est la rapidité avec laquelle il est possible de faire le plein. L'équivalent de celui nécessaire au remplissage d'une voiture thermique. C'est finalement peu pour justifier un tel investissement d'argent public. 


Michaux Jérémi


Autour de la thématique du #greenwashing :  Les fausses bonnes idées écologiques

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