mardi 12 juin 2018

L'interdiction des néonicotinoïdes ne concerne pas les traitements des animaux



Une fois n'est pas coutume, la société civile a remporté une victoire décisive. Malgré l'opposition officielle du précédent gouvernement et de l'actuel ministre de l'agriculture, les insecticides néonicotinoïdes seront finalement interdits le 1er septembre prochain. Ce bannissement est inscrit dans la "Loi biodiversité" votée par l'Assemblée nationale en juillet 2016. Un aboutissement heureux à deux décennies de mobilisation des scientifiques, des ONG et de politiciens avisés, qui est également une première mondiale.

Une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule, le gouvernement a récemment annoncé que les néonicotinoïdes "cachés" seront également interdits en septembre prochain. Ces insecticides tel le sulfoxaflor dont la composition moléculaire est suffisamment proche des néonicotinoïdes pour être reconnus comme tels n'avaient pourtant pas été classés dans ce groupe par leurs fabricants. Étrangement ce sont toujours ces derniers qui décident de la "famille" à laquelle appartient leur produits. Le risque étant que certains produits puissent ainsi éviter une interdiction générale. Se fût donc peine perdue en ce qui concerne la France, où la société civile s'est véritablement appropriée le sujet. Mais cette stratégie a fonctionné au niveau européen puisque seuls les trois néonicotinoïdes les plus utilisés seront finalement proscrits dans les autres pays du continent. 

Ce qui est sûr, c'est que l'interdiction française arrive à propos puisqu'une énième étude scientifique vient de démontrer l'impact de l'intoxication des oiseaux par les molécules néonicotinoïdes contenues dans les insectes qu'ils consomment. Pour mieux comprendre se qui distingue ces produits, des autres insecticides, il faut savoir qu'ils ont la spécificité de pouvoir être absorbés par la plante et de circuler à travers sa sève dans les différentes parties de cette dernière (racine, feuille, pollen, nectar...). Cette particularité leur confère une efficacité redoutable.

Ainsi, les insectes qui se risquent à consommer la plante traitée subissent une intoxication qui peut mener à une paralysie de leur système nerveux central entraînant une mort inévitable. D'une très forte toxicité - jusqu'à 8.000 fois celle du tristement célèbre DDT - les néonicotinoïdes sont également très persistants. Ils peuvent mettre plusieurs années à se dégrader dans le sol ou dans l'eau. La demi-vie de l'imidaclopride - durée nécessaire à la diminution de sa toxicité de moitié - peut atteindre 1230 jours, soit plus de trois ans.



Les néonicotinoïdes pourront continuer à être utilisés sur les animaux


Pourtant, malgré l'évidence et les bonnes intentions, l'interdiction prochaine n'aura pas tout-à-fait l'ampleur attendue sur la biodiversité. En effet, aussi ambigu que cela puisse paraître, les néonicotinoïdes continueront à être utilisés en toute légalité pour traiter les animaux d'élevages, mais aussi les animaux domestiques. En effet, l'amendement de la Loi biodiversité définitivement votée en juillet 2016 par l'Assemblée nationale est explicite :

"L'utilisation de produits phytopharmaceutiques contenant une ou des substances actives de la famille des néonicotinoïdes et de semences traitées avec ces produits est interdite à compter du 1er septembre 2018."
Or quand on a quelques notions de droit et que l'on connait un peu le secteur agricole, cette phrase ne manque pas d'attirer l’œil. Elle évoque: "l'utilisation de produits PHYTOpharmaceutique". C'est-à-dire, de pesticide destinés à protéger les plantes - dans le jargon de l'agrochimie - car "phyto" signifie "végétal" en grec ancien. Et comme en droit, le diable se cache bien souvent dans les détails, cela signifie que l'utilisation de ces substances pour traiter... les animaux, n'est pas concernée par l'interdiction.

Car des pesticides néonicotinoïdes reconnus - ou des insecticides disposant d'une composition moléculaire proche - sont utilisés par les éleveurs pour traiter leurs installations comme se fut le cas dans le scandale des œufs contaminés au fipronil et à l'amitraze. Ainsi des "néonics" tels que le thiaméthoxam et l’acétamipride sont usité pour éradiquer tiques et autres parasites dans les dizaines de milliers d'élevages français. Or les études scientifiques indépendantes documentent abondamment les ravages que leur toxicité extrême fait peser sur les insectes non ciblés et sur la chaîne alimentaire.


En effet, les différentes molécules appartenant au groupe des néonicotinoïdes sont solubles dans l'eau. Elles peuvent donc être consommées par des animaux s'abreuvant dans une flaque d'eau située à proximité d'un élevage. Mais ce n'est pas tout puisque ces pesticides sont également utilisés par les désinsectiseurs professionnels en raison de leurs caractéristiques systémiques qui fait qu'un insecte touché contamine ses congénères par simple contact. Les désinsectiseurs s'en servent souvent pour éradiquer une termitière, une fourmilière ou une colonie de blattes.

Enfin, les particuliers ne sont pas en reste, eux qui utilisent des colliers anti-puces pour animaux de compagnie ou des gouttes à mettre derrière la tête de son chat ou de son chien pour un effet choc qui dure plusieurs mois. Or ces produits sont souvent composés d'imidaclopride, l'un des néonicotinoïdes les plus courants. L'un de ceux que l'on retrouve le plus fréquemment dans... les cheveux des enfants.


Michaux Jérémi



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