mercredi 30 mai 2018

Pesticides : Où en est le procès du chlordécone ?



Bientôt douze ans que la Justice française étudie les plaintes des victimes exigeant le procès des responsables de la contamination des Antilles au chlordécone. Une contamination persistante qui, selon les scientifique, pourrait durer jusqu'à 700 ans. Sans la tenue d'un procès hautement symbolique, le problème des responsabilités dans cette affaire d'Etat restera posé. Et ce, avec toutes les conséquences que cela implique sur la société antillaise et ce bien après le décès... des protagonistes scientifiques, étatiques et locaux.

En effet, les victimes, déjà nombreuses, ne manqueront pas en Guadeloupe et en Martinique dans les siècles à venir. Ainsi à l'image du "procès de l'amiante", les responsabilités doivent être établi pour les victimes qui ont porté plainte dès 2006. Car malgré l'opacité du dossier, il apparaît par exemple dans un rapport publié en 2010 que la Commission d'étude de l'emploi des toxiques en agriculture aurait finalement autorisé le pesticide en 1976 alors même qu'elle avait bloqué sa mise sur le marché en 1968 et en 1969. Cette commission qui comprenait des "producteurs de pesticides et des représentants agricoles" l'aurait fait grâce à "deux membres influents" qu'il appartient à la justice d'identifier.

Le ministère de l'agriculture n'est pas en reste, lui qui, sous la pressions de plusieurs planteurs et dirigeants agricoles locaux, a autorisé leur utilisation dans les bananeraies jusqu'en 1993. Dans le cadre d'une véritable démocratie, ils devraient être à même d'assumer leur responsabilité dans cette affaire. Car l'interdiction du pesticide par les États-Unis dès... 1976 aurait dû les alerter et les inciter à refuser les premières dérogations de 1982, suite à l'interdiction française d'utiliser le pesticide sur toutes les autres cultures hormis les bananeraies.



La Justice veut-elle éviter un "procès chlordécone" ?


Tel un serpent de mer aux conséquences troubles sur le climat social aux Antilles, le scandale chlordécone est récemment remonté à la surface à la faveur d'un couac européano-gouvernemental, qui autorisait une augmentation des taux maximum de ce pesticide dans la viande. A la suite de l'émoi suscité au sein de l'opinion publique par cette décision, la Justice annonçait en février la reprise de l'instruction afin d'identifier les responsables de la contamination. Quatre mois plus tard, l'émotion retombant, les avocats des parties civiles sont de nouveau sans nouvelle de la juge Brigitte Jolivet, magistrate au pôle santé du Tribunal de Grande Instance de Paris:

Est-ce à dire qu'elle n'a pas réussi à identifier des responsables ? Peu probable puisque plusieurs d'entres-eux sont pourtant clairement confondus par des rapports publics et par des investigations journalistiques autour du sujet. En attendant que la Justice fasse preuve de courage dans cette instruction hautement sensible, les antillais exigent toujours la tenue d'un procès. Et cette revendication sera portée tant qu'il y aura des victimes. La catharsis collective, préalable à l'apaisement d'un climat social explosif autour de la question ne saurait attendre.


Michaux Jérémi


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