mercredi 25 avril 2018

Les pays riches délaissent les énergies renouvelables

Source : ONU Environnement, Bloomberg

L'an dernier, en terme de capacité de production, le monde a financé bien davantage de nouvelles installations produisant de l'énergie solaire... que de projets utilisant une ressource fossile. Pourtant, plusieurs pays/régions développés continuent à réduire leurs investissements dans les renouvelables. Ces enseignements qui permettront notamment d'orienter au mieux les aides internationales dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, sont tirés d'un rapport paru jeudi 5 avril et réalisé par le cabinet Bloomberg pour l'ONU. 

En analysant les chiffres recueillis, on se rends compte que plusieurs "pays développés" ont fortement réduit leurs investissements dans les énergies renouvelables en 2017 :

  • Royaume-Uni, -65% (investissement de 7,6 milliards $)
  • Israël, -61% (investissement de 0,4 mds $)
  • Europe, -36% (investissement de 41 mds $)
  • Japon, -28%  (investissement de 13 mds $)
  • France, -14% (investissement de 2,6 mds $)
  • États-Unis, -6% (investissement de 40,5 mds $)

Selon le rapport, cette situation ubuesque s'explique principalement par une baisse du coût des ressources fossiles et par une diminution des subventions étatiques aux énergies renouvelables. Ces états riches sont pourtant toujours considérés comme les plus gros contributeurs au réchauffement climatique à cause de leur empreinte carbone par habitant. Il faut dire que cet indicateur considéré comme l'un des plus exhaustifs, intègre notamment les émissions de gaz à effet de serre nécessaires à la fabrication et au transport des produits d'importation. 

En 2017, le ministère de l'Ecologie alertait dans un rapport qui a fait couler beaucoup d'encre sur le fait que malgré les efforts réalisés, l'empreinte carbone de la France avait augmenté de 13% entre 1995 et 2016. Ainsi, notre empreinte carbone équivaut à 690 millions de tonnes équivalent CO2 ; soit près de 11 tonnes par habitant (40  tonnes pour un qatari mais 0,08 pour un malien).


Graphique réalisé par le ministère de l'Ecologie - source OCDE

Ainsi malgré la réduction des émissions permises par les énergies "vertes"à peine 15% de l'électricité consommée et moins de 20% de celle produite en France est issue d'une ressource renouvelable. Sans l'apport des barrages hydrauliques - menacés de privatisation - ce taux tombe même à 7%, ce qui fait de notre pays, l'un des plus mauvais élève du continent. Au niveau national, toujours selon le rapport de l'ONU, la seule bonne nouvelle de 2017 vient des investissements dans les "petites installations" solaires qui ont augmenté de 40% pour atteindre 520 millions de dollars. 

Dans le même temps, subventions aidants, la Chine a été de loin le pays qui a le plus investi en 2017 dans les énergies renouvelables, avec un chiffre record de 127 milliards de dollars, en hausse de 31%. Mais sur l'année écoulée, les évolutions les plus spectaculaires ont été celles du Mexique (+810%), de l'Australie (+147%)  et de la Suède (+127%)

L'énergie solaire plus forte que l'énergie fossile 


Tous pays confondus, un record de 157 gigawatts de nouvelles installations productrices d'électricité renouvelable ont été inaugurées en 2017. C'est davantage que les 143 GW livrés en 2016 et assez loin des 70 "nouveaux" GW d'énergies fossiles. Avec pas moins de 98 GW ajoutés en 2017, les installations solaires comptent pour 38% de l'ensemble des nouvelles installations de production d'électricité. Ainsi, le monde a ajouté plus de capacité de production solaire que l'ensemble des nouvelles installations fonctionnant au charbon, au gaz et à l'uranium.

Ces excellents résultats contrastent toutefois avec la faible part dans le mix électrique mondiale (12%) de l'électricité produite par l'éolien, le solaire, la biomasse, les déchets (incinération, biogaz), la géothermie, les énergies marines et... les petits barrages hydrauliques (la production des grands barrages n'étant pas comptabilisés dans le rapport). Entre 2010 et 2017, cette part a augmenté d'environ un point par an. A ce rythme, il faudrait... 88 ans pour atteindre 100 % d'énergie renouvelable. 

On part donc de très loin, mais ces différentes sources d'énergiesplus ou moins vertes, permettent d'éviter l'émission annuelle de 1,8 gigatonnes de dioxyde de carbone (CO2)ce qui équivaut à peu près aux émissions produites par le secteur des transports aux États-Unis. Pas sûr que cela suffise à diminuer l'empreinte carbone d'une population mondiale en croissance, mais c'est l'une des pistes privilégiées par nos dirigeants pour ralentir son explosion.