samedi 31 mars 2018

Les rêves de colonisation spatiale freinent la transition écologique



En affirmant récemment que son projet de construire une base de vie sur Mars pourrait assurer rien de moins que « la survie du genre humain », le milliardaire Elon Musk qui a popularisé les voitures électriques Tesla, s'est transformé en marchand de rêve. Se faisant, il contribue à générer de faux-espoirs chez tous ceux qui ne demandent qu'à le croire. Ainsi, l'effondrement de la biodiversité et le dérèglement climatique, qui nous imposent un peu plus de sobriété, n'existent plus. Comme durant les "30 glorieuses" on peut de nouveau consommer sans entrave afin de relancer la croissance. Après avoir épuisé les ressources et dégradé les conditions de vie sur Terre, il suffirait d'acheter un billet pour Mars à sa compagnie privée Space X. 

Mais l'utopie de Musk ne serait rien, si le grand-public - à qui elle est destinée - était suffisamment critique pour comprendre qu'elle se base sur plusieurs mensonges. Des mensonges qui diffusent l'idée que nous pourrions vivre plus de quelques mois en autarcie sur une autre planète. Une planète dont les conditions physico-chimiques qui règnent à sa surface et sa distance par rapport au soleil ne permettent pas la présence d'eau liquide. C'est pourtant l'un des pré-requis indispensable à la création des écosystèmes naturels dont nous dépendons pour nous alimenter, respirer etc. Car le corps humain est le fruit d'une évolution et d'une adaptation de plusieurs millions d'années aux conditions particulières qui règnent sur Terre. 

Or la rapidité des changements écologiques en cours depuis l'avènement de l'ère industrielle, ne permet plus cette adaptation nécessairement progressive. Ainsi, la biodiversité dont nous dépendons pour notre survie, disparaît peu à peu, d'où cette inquiétante "6ème extinction de masse" - en cours depuis le XIXème siècle - selon de nombreux écologues et autres spécialistes des écosystèmes. Pour rappel : la 5ème extinction avait vu la disparition des dinosaures, incapables de s'adapter aux changements écologiques rapides engendrés par l'arrivée d'une météorite géante.



Un faux-prophète qui s'appuie sur notre envie... de ne rien changer


L'utopie de la colonisation spatiale serait inoffensive si elle ne détournait pas une partie du public de l'unique solution qui s'offre réellement à nous : préserver la seule planète de notre système solaire habitable par notre espèce. Ceci, en limitant notre niveau de consommation et notre démographie. Car le fait de penser que des scientifiques vont trouver des solutions miracles à la crise de la biodiversité et du climat est contre-productif. Ces faux-espoirs ralentissent l'acceptation par le public des vraies solutions qui peuvent être appliquées dès maintenant mais sont hélas peu populaires car quelque peu contraignantes. 


Elon Musk lors d'une présentation Tesla - dr

Elon Musk est une star comme seule notre époque en crise peut en produire. Milliardaire avant l'âge de 40 ans grâce à des talents de visionnaire dans le monde impitoyable des affaires, l'homme convainc tout azimut. Il réconcilierait presque les passionnés de sport mécanique et les néo-bobos se raccrochant à la moindre information positive en matière d'environnement. 

C'est d'ailleurs de là que Musk tire son aura. Il va à contre-courant de tous les spécialistes de l'écologie. Pour lui l'avenir est porteur d'espoir. L'écologie est forcément positive. Elle n'est plus contrainte, elle devient plaisir et même synonyme de croissance infinie, dans un monde qui n'est pourtant pas extensible. Nous n'aurions donc plus à fermer le robinet en nous brossant les dents, ni même à éteindre la lumière en quittant notre chambre. 

Une fois la planète saturée, nous partirions pour Mars, sans nous retourner. Le drame, c'est que le grand-public ne cherchera pas plus loin. En effet, ce faux-espoir est suffisant pour le maintenir dans une bulle de positivité face à la réalité des crises écologiques. Ainsi il ne perd pas confiance dans la capacité du "progrès" à lui offrir des solutions qui ne lui demandent aucun effort. Et si Musk, remporte la bataille des esprits avec cette communication simpliste, le milliardaire ralentit la transition écologique vers une vie plus sobre. Il laisse accroire à de nombreuses personnes qu'il serait possible de continuer à vivre comme avant, en roulant en voiture électrique et en consommant de l'électricité renouvelable. Deux secteurs dans lesquels le milliardaire est d'ailleurs très investi. 

En réalité, quelque soit leur niveau de déploiement, ces deux dernières propositions ne permettront qu'un répit de courte durée et sûrement pas un mouvement capable d'inverser le réchauffement du climat et l'érosion de la biodiversité dans un monde en croissance économique et démographique. En effet, comme toutes les batteries électriques, celles fabriquées par Tesla, doivent être changée moins d'une dizaine d'années après leur mise en service. Elles sont également loin d'être entièrement recyclables puisque le constructeur annonce que 40% des composants de ses batteries ne sont pas recyclés. 

Tesla espère évidemment améliorer ce taux, mais il est impossible de recycler des alliages de métaux à l'infinie. Il y a toujours des pertes de matière, d'où le taux moyen obtenu par la société d'Elon Musk. De plus le "recyclage partiel" d'une batterie nécessite la réalisation de processus chimiques polluantsAinsi, le dirigeant de Tesla serait bien avisé de suivre le conseil d'Albert Einstein : « On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré. »


Jérémi Michaux