mardi 20 mars 2018

L'État français peut-il porter la transition écologique ?




Depuis 2009 et le lancement par l'État, du "plan Ecophyto" visant à réduire les pesticides de synthèse, la consommation de ces derniers n'a cessé d'augmenter. Un paradoxe d'autant plus étonnant, que dans le même temps : 

  • Les français consommaient de plus en plus de produits bio (environ 10% de croissance/an)
  • La surface agricole totale diminuait, de près de 50.000 hectares par an à cause de l'artificialisation des sols (1ha = 1 terrain de rugby)
  • La part du bio dans la "surface agricole utilisée" (SAU) augmentait sensiblement (voir ci-dessous)


Entre 2009 et 2014, tous les feux semblaient au vert, pourtant, la consommation de pesticides augmenta de plus de 5% par an. Et ce malgré les 361 millions d’euros de financement dévolu à Ecophyto. Selon les spécialistes de l'agriculture alternative, les réponses se trouvent dans le fonctionnement même du système agricole industriel. Des mécanismes complexes, mais parfaitement décryptés dans ce documentaire de Cash investigation ou dans cet article du site internet Bastamag. 


Les agriculteurs plébiscitent les pesticides... les consommateurs préfèrent le bio



En parallèle de cette hausse globale de l'utilisation de pesticides, la consommation de produits agricoles bio a continué à croître d'environ 10% par an depuis 2008. Il faut dire que grâce à l'excellent travaille d'information réalisé par le monde associatif et par quelques médias, les français sont de plus en plus au courant des dangers que l'utilisation de pesticides représente pour tous les êtres vivants.

Longtemps réfractaires, les grandes surfaces suivent le mouvement et certaines ont même investi dans des chaines de magasin bio. C'est le cas de Monoprix avec Naturalia, d'Auchan avec Cœur de nature, ou encore de Carrefour qui a lancé Carrefour Bio. Le nombre de magasins spécialisés a ainsi augmenté de 18% rien que sur l'année 2017. Une dynamique également prometteuse pour l'emploi. Les fermes bio, souvent moins mécanisées que les conventionnelles, ont recours à davantage de main-d'œuvre. Selon un rapport de l'Inra datant de 2013, elles emploieraient 60% de personnel en plus, pour une surface équivalente. Cela représente 2,4 "équivalents temps plein" pour l'agriculture bio, contre 1,5 emploi pour le conventionnel.


Les conversions en agriculture biologique se multiplient donc malgré l'échec des plans successifs de réduction des pesticides pilotés par l'Etat mais surtout, malgré le peu d'aides octroyée à ce secteur. Car contrairement à la communication gouvernementale, l'agriculture biologique est relativement peu subventionnée par rapport aux services qu'elle rend à la société.

Elle préserve en effet la ressource en eau, ce qui réduit le coût colossal du traitement à cause des pollutions d'origine agricole. En 2011, une étude du Conseil général au développement durable (CGDD) estimait la facture totale à plus d'un milliard d'euros. Mais ce n'est pas tout car l'agriculture biologique préserve davantage les pollinisateurs des cultures, dont la présence permet d'augmenter les rendements. Cela limite le recours aux engrais. Enfin, les coûts de santé publique sont moindres pour les travailleurs agricoles, les riverains et les consommateurs.

Les français qui plébiscitent l'agriculture biologique semblent être les véritables moteurs de cette transition vers l'agriculture bio. Reste à savoir si cette dernière est capable d'aller plus loin dans son respect "du vivant" et ainsi éviter les dérives liées à l'industrialisation de ses filières, au détriment des principes de l'agro-écologie.


L'entreprise publique EDF plombe la transition énergétique française



Moins de 20% de l'électricité produite en France est renouvelable - CDE via Observ'ER 

En octobre dernier, Europe 1 révélait que le ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot souhaitait en toute discrétion, réduire les objectifs européens de production d'énergie renouvelable. Un mois plus tard, il revenait de manière invraisemblable sur la loi portée par son prédécesseur, qui consistait à diminuer la part du nucléaire à 50% du mix électrique en 2025.

Ainsi, malgré le greenwashing gouvernemental qui voudrait nous faire prendre des vessies pour des lanternes en matière d'énergie renouvelable, la France est très loin du compte. Notre pays, relativement venteux et ensoleillé est l'un des États européen dont la part d'énergie renouvelable est la plus faible avec seulement 19% de la production électrique (dont 12% d'électricité issue des barrages hydraulique).

Le "mix électrique" français reste ainsi très peu diversifié puisqu'il s'appui - fait unique au monde - à plus de 70% sur le nucléaire, avec un coût de plus en plus important pour l'État et donc pour les citoyens. En effet, le sauvetage d'Areva, la maintenance des centrales vieillissantes, le démantèlement des centrales vétustes et le stockage des 130.000 tonnes de déchets radioactif produit chaque année plombent les comptes de l'entreprise publique EDF, qui cumule une dette brute de plus de 75 milliards d'euros en 2017.



Les EnR restent très marginales dans le mix électrique - ©Connaissance des Énergies, d’après chiffres 2016, RTE

Les citoyens à l'origine de 40% des projets d'énergies renouvelables allemands



Au contraire en Allemagne pays souvent cité en exemple en matière de transition, la production d'énergie est beaucoup moins centralisée. Plus de 70 régies municipales de production d'énergie locales y ont été créées depuis l'an 2000 (souvent dans les anciennes régions charbonnières de l'est, mais aussi à Hambourg, à Berlin...).

A la clé, des bénéfices pour dynamiser ces territoires : selon le spécialiste en énergie, Andreas Rüdinger, cité par Alternatives économique de janvier 2018 : "Une étude, commanditées par une fédération de régies municipales d'énergies dans le land de Hesse a démontré que la valeur économique ajoutée localement peut être multipliée par huit si le projet est entièrement contrôlé et financé par les acteurs du territoire (citoyens, collectivités et entreprises)".

Mouvement  écologiste et solidaire Alternatiba à Paris

En France, la loi de 1946 interdit la création de nouvelles entreprises locales publiques de production d'électricité en dehors de celles déjà autorisées. Pour contourner cette limitation, de petites coopératives citoyennes d'énergie renouvelable (EnR) voient le jour depuis une dizaine d'années. Elles sont souvent soutenues financièrement par les mouvements citoyens tels qu'Alternatiba ou par le fournisseur coopératif Enercoop. Ce dernier a l'obligation d'acheter à des producteurs d'EnR, l'équivalent de chaque kilowatt consommé par ses clients.

Selon un rapport de l'Ademe (Agence nationale de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), paru en 2016, les 160 projets participatifs totalisaient environ 3% de la puissance éolienne installées et moins de 1% du photovoltaïque. A titre de comparaison, en Allemagne c'est près de la moitié de la production renouvelable qui est gérée par des particuliers. Cet effort citoyen, intimement lié à l'abandon du nucléaire par l'Allemagne, représenterait globalement près d'un millier de coopératives de production et environ 100 milliards d'euros d'investissement.

Au Danemark, des coopératives locales détiennent 80% des projets éolien alors qu'en Ecosse, un objectif minimal d'électricité produite par les citoyens a été fixé à 500 mégawatts, soit 6.5% des capacités installées en 2015.


Hulot ministre, contribue-t-il à freiner l'écologie ?


Avec Jean-Bernard Levy, président d'EDF sponsor de sa fondation

Outre les tarifs de rachat de l'électricité relativement bas, le problème des projets citoyens français est culturel. Contrairement à la majorité des autres pays européens, le monopole de l'entreprise d'Etat EDF sur la production d'électricité a contribué au désinvestissement des citoyens des questions énergétiques. Et ce n'est pas la suppression par l'Europe des tarifs d'achat réglementés au profit des appels d'offres en 2015 qui inversa la tendance. En effet, le dispositif exige de coûteux investissements pour réaliser des études d'impact et de faisabilité. Un investissement que les collectifs citoyens peuvent rarement se permettre au bénéfice des grands groupes de l'énergie.

C'est ce type d'aberration qu'il serait utile de rappeler à Nicolas Hulot, au cours du débat public qui est censé inspirer la future publication pluriannuelle de l'énergie (PPE). Cette étape obligatoire mais qui semble d'ors et déjà dévoyée, a été lancé ce 19 mars et s'achèvera au mois de juin prochain. Contrairement aux attentes suscitées par un ministre de l'énergie, adulé dans certains milieux écologistes, l'actuel projet de cette PPE n'aborde ni la question du nucléaire, ni celle de la réduction de la consommation énergétique. Mais est-ce si surprenant, lorsque l'on sait qu'à l'image de nombreuses fondations, celle du ministre est largement financée par EDF ?

Se faisant, le ministre de l'énergie se rend-il compte de sa contribution à l'émiettement de l'espoir, cet état mental propice à l'action de ceux qui pensent que l'humanité a les ressources suffisantes pour stopper le dérèglement climatique et la 6ème extinction de masse ? (la 5ème avait vu la disparition des dinosaures). Des catastrophes dont de plus en plus de spécialistes documentent le fait qu'elles sont à l'origine de plusieurs sécheresses, famines, guerres civiles et migrations forcées. Hélas, seule la dernière assertion concerne, plus ou moins directement, ceux qui ont les moyens d'en limiter les conséquences.


Michaux Jérémi