mardi 6 mars 2018

Petite discussion avec un anti-écolo...



Tous ceux qui se soucient d'environnement, doivent périodiquement faire face au déni, voire à la violence verbale d'individus qui refusent catégoriquement de s'informer sur tel ou tel problème écologique. Si l'on excepte les "trolls d'internet", payés par des lobbys pour générer suffisamment de doute chez les lecteurs afin empêcher une prise de conscience, il y a aussi ceux qui refusent sciemment de modifier leur comportement. Et s'attaquent parfois à ceux qui veulent informer les autres. 


Il y a quelques jours j'ai eu l'occasion d'échanger vivement avec un anti-écolo sur un réseau social. J'avais publié sur le groupe Facebook de ma ville qui compte plus de 4.000 membres, le lien d'un reportage d'Envoyé Spécial. Il s'agissait d'une enquête sur la pollution générée par les billes de plastiques issues de pneus usagés épandus depuis quelques années sur les terrains de sport synthétiques. Ceci afin de rendre le sol plus mou pour les pratiquants.

Mon "polluto-sceptique" disposait d'une fausse photo de profil, bien pratique pour libérer sa parole sans crainte d'être reconnu. Le souci, c'est qu'il n'a pas changé ses noms et prénoms, ce qui me permet de savoir qu'il est commercial pour  Allianz, le géant mondial de l'assurance. Une information plutôt surprenante compte tenu de la teneur de son intervention que l'on pourrait résumer ainsi : "Arrêtez de faire peur aux gens, sans raison".

J'aurais pu lui répliquer que la peur -pas toujours justifiée- c'est plutôt le fonds de commerce de l'entreprise pour laquelle il travaille. Mais je serais passé à côté de l'essentiel, à savoir que cette personne refuse tout simplement de s'informer, alors que c'est le pré-requis à toute évolution. Car contrairement à ce que pensent de nombreux néophytes, l'écologie est un vaste champ d'étude scientifique. Selon la définition donnée par le Larousse, il s'agit de la "science qui étudie les relations des êtres vivants avec leur environnement, ainsi qu'avec les autres êtres vivants."

Derrière les informations relayées par le journaliste spécialisé en écologie que je suis, il y a donc systématiquement des études réalisées par des scientifiques, les plus indépendants possibles. En l'occurrence, le reportage que j'ai partagé, s'appui sur le travail de chercheurs hollandais et étasuniens. Rien que du solide, d'où mon entêtement à répondre aux attaques de notre assureur. Ceci, davantage pour ne pas laisser s'installer un certain "fatalisme écologique" chez les autres membres du groupe facebook de ma ville, que pour tenter de le convaincre. Car on le sait bien, il n'y a pas plus sourd que celui qui refuse d'entendre !



Voici la teneur de nos échanges, suite à mon post ci-dessous :


"Quand j'entends des gens dire qu'un terrain synthétique (à Bagnolet), ce serait mieux pour tout le monde! Regardez d'abord cet "Envoyé spécial" et après on en reparle.  (voir l'émission à partir de 00h34)."
Polluto-sceptique :
  • Nous avions un terrain vague transformé en terrain de foot rue Descartes pratiquement à la place de la piscine il était en mâchefer les matchs duraient toute la journée nous avions souvent les genoux en sang . J'ai 64 ans je suis en bonne santé. Si ça continue on finira dans des bulles en verre.
Mon assureur - qui n'a probablement pas regardé le reportage vu la rapidité de sa réponse - commence en me lançant un exemple personnel, qui se trouve être également un argument "très visuel". On s'imagine alors un gamin courant derrière un ballon sur un terrain pollué, puis un adulte en pleine forme physique. Les neuroscientifiques et les communicants connaissent la force de ce type de rhétorique dans un débat. Pour autant, l'impact d'un argument sur notre inconscient ne signifie pas qu'il soit juste.  

Ma réponse :
"Personne ne réagit pareil aux différentes pollutions. C'est comme si vous disiez que des anciens fumeurs n'ont pas de cancer alors qu'ils ont fumé dans leur jeunesse. Et puis, il y a une solution, revenir aux terrains en vrai gazon ! Sans plastique ajouté."

Polluto-sceptique : 
  • Je ne retiens pas la remarque sur la cigarette. Par contre sur le gazon pourquoi pas c'est une bonne solution mais l'addition ne sera pas la même au niveau entretien (eau, tonte, désherbage chimique, engrais chimique) Je dis simplement à force de vouloir surprotéger les personnes, le corps aura de plus en plus de difficultés à se défendre. C'est mon avis il ne faut pas voir le mal partout mais être vigilant.
On observe la fuite de notre commercial face à l'argument logique de la comparaison avec la cigarette. Il opère alors un glissement sur le coût économique supérieur d'un terrain engazonné, qu'il place symboliquement au-dessus de "l'argument santé". Il termine par l'argument selon lequel notre corps sera moins résistant à la pollution... si on ne s'expose pas volontairement à cette dernière. Et fait mine d'ignorer que même sans aller jusqu'à s'exposer sciemment, les pollutions chimiques sont déjà très présentes dans nos sociétés modernes.

Ma réponse :
"Objection, puis-je savoir pourquoi vous ne "retenez" pas l'argument cigarette ? Il n'y a pas là, de surprotection, quand on est informé on fait en conséquence. On est passé de terrains en gazon à des terrains en plastique sans réfléchir, mais surtout sans recul. Maintenant que nous avons le recul, on se doit de réfléchir."

Polluto-sceptique :
  • Êtes vous sûr qu'il n'y ait eu aucune réflexion. Je suis persuadé que vous avez un téléphone portable. J'en ai un, avez vous pensez au moment de l'acheter aux méfaits de cet appareil ? Avec le recul que vous avez maintenant sur ce genre d'appareil. Qu'avez vous fait du votre ? Si nous sommes surprotégés, nous finirons dans des bulles en verre
Acculé, il tente alors le tout pour le tout en déviant de nouveau vers un autre sujet (utilisation du portable), sur lequel il espère me coincer, car c'est un objet tellement courant que si je n'en ai pas, j'apparais comme un marginal et si j'en ai un alors je suis un démagogue. Puis nouvelle tentative d'imposer - par la répétition - l'argument visuel de la "bulle de verre".

Ma réponse :
"Vous changez de sujet, mais puisque vous êtes curieux, sachez que je limite l'utilisation du portable et j'utilise souvent le kit piéton, dont je vous rappelle qu'il est obligatoire pour tous les appareils (destinés à l'Europe). C'est sans doute pour une bonne raison. Mais je souhaite quand même vous entendre sur "l'objection cigarette. Et puis je vous rappelle que nous ne somme pas "surprotégés" (en terme d'écologie) par rapport à nos grands-parents puisque notre environnement est de plus en plus pollué. Renseignez-vous mieux !"

Polluto-sceptique :
  • Vous êtes l'écolo dans toute sa splendeur celui qui détient la vérité, qui émet des avis sur tout mais qui ne change rien. Respecter la planète ok à 1000% faire attention à notre santé ok mais être sans cesse sur le qui vive et toujours tout critiqué non je ne suis pas d'accord. Aujourd'hui on nous dit que les petites billes noires des terrains synthétiques sont cancérigènes car elles émanent de pneus recyclés. Avant de faire ce constat qui est peut être vrai pour les terrains synthétiques, mais quid des ouvriers qui passent leur vie professionnelle à fabriquer les pneus?
Visiblement excédé par mes arguments, il s'attaque alors à tous les écologistes, en leur reprochant de s'exprimer sur le sujet qu'ils connaissent le mieux, mais sans parvenir à changer la société (ceci alors que lui-même refuse de s'informer). Il poursuit en affirmant de manière assez schizophrène, le contraire de ce qu'il fait, en proclamant son amour de... la planète et de la santé humaine. Il achève sa tentative de démolition en fuyant de nouveau et en affirmant que même si la pollution des terrains synthétiques était avérée, ce n'était pas bien grave comparé à ce que respire les ouvriers qui fabriquent des pneus. Il y a pire, donc ça va !

Ma réponse :
"Ils portent des protections, qui sont d'ailleurs obligatoire n'est-ce pas ? Il y a sans doute une raison. Mais de toute façon, il n'y a pas plus sourd que celui qui refuse d'entendre !"


Je vous épargne ici, les noms d'oiseaux en arrêtant la retranscription de cet échange qui révèle déjà certaines informations sur notre auteur : Il ne veut pas s'informer et refuse d'admettre ses torts même quand ils sont démontrés par une argumentation logique. Il préfère alors changer de sujet plutôt que de reconnaître que son pré-requis de départ selon lequel, petit il a joué sur un terrain pollué et n'est pas malade, n'a rien de scientifique. Il s'enfonce alors de plus en plus dans une stratégie de fuite face à la réalité. Un choix qui semble être celui des personnes davantage enclines à partager un certain fatalisme plutôt qu'une information indépendante, préalable à l'amélioration de leurs conditions de vie. Et oui, cela demande un petit effort.

Et puis zut, je viens de m'apercevoir que j'avais oublié d'aborder l'argument du coût économique des maladies pulmonaires chroniques pour la société (asthme, allergies...) ! Si vous en voyez d'autres....


Michaux Jérémi et "Pollutosceptique"



Pour savoir comment pensent (ou plutôt ne pensent pas) les anti-écolo, lisez cet article édifiant de Psychologie magazine, avec de grandes tirades simplistes, de la très médiatique Sylvie Brunel, de Laurent Larcher et de plusieurs pro-capitalistes qui refusent de voir que notre maison commune brule.

Photo 1 :  individu testant un dispositif de "rolling coal" destiné à émettre le plus de pollution possible by LB7 Mickey
Photo 2 : Trump dans un camion by Jim Watson