mercredi 10 janvier 2018

Climat : réduire notre consommation ou notre démographie?



Consommation et démographie, sont les deux principaux leviers pour réduire le dérèglement climatique. Ce sont en effet les principaux facteurs qui influent sur les gaz à effet de serre (GES). Pourtant, les remettre en cause constitue deux tabous de nos sociétés occidentales car il s'agit de piliers sur lesquels s’appuient nos sociétés occidentales. Car consommation et démographie ont plus ou moins accompagnés le développement de l'humanité depuis la nuit des temps en s'auto-stimulant.

Ainsi, le mot "croissance" lorsqu'il sous-tend une augmentation de la richesse économique est intimement liée à une hausse de notre consommation. Or c'est cette accumulation de richesse qui a peu à peu permis à nos ancêtres de se protéger des prédateurs animaux ou humains et des aléas de la nature. Ce faisant, l'humanité a pu prospérer sur toute la surface du globe contrairement à d'autres grands animaux qui se voyaient restreint à des zones géographiques spécifiques. Les humains se sont donc progressivement multipliés mais c'est à l'aube du 20ème siècle que la population américaine et dans une moindre mesure européenne, connait un véritable boom démographique. Il ne ralentit que ponctuellement lors des deux premières guerres mondiales puis durablement avec la généralisation du travail salarié des femmes et la pilule contraceptive : 

  • 125 millions d'habitants en 1700
  • 195 millions d'habitants en 1800 
  • puis 422 millions en 1900, soit plus d'1/4 de la population mondiale 
  • 508 millions d'habitants en 2015

Source INED

De nombreux facteurs sont en cause dans cette augmentation fulgurante de la population européenne et surtout américaine. Mais le plus important est sans doute l'industrialisation de l'occident suite à la découverte de la distillation du pétrole au milieu du 19ème siècle. En l'absence de relevé de température -les premiers datent de 1873- on ignore qu'en parallèle il y a une accélération rapide du réchauffement climatique. Les scientifiques sont aujourd'hui capables de documenter ce phénomène en étudiant chronologiquement les carottes sédimentaires et de glace datant de cette période. Des échantillons dans lesquels ils retrouvent également de plus en plus de carbone, principal gaz issu de la combustion du charbon et du pétrole, les deux véritables "carburants" du boom économique (et démographique) occidental. La courbe de la température globale et celle de la concentration de GES dans l'atmosphère sont ainsi intimement liées.



Ainsi au début du 20ème siècle, l'amélioration de la santé humaine et le confort matériel qui découlent du développement économique dans les pays développés, engendrent une explosion démographique sans précédent. S'appropriant de plus en plus de ressources et d'espaces naturels, l'homme nuit à l'équilibre global des écosystèmes dont il dépend. A tel point que de nombreux animaux emblématiques disparaissent brutalement au début du 20ème siècle. Un phénomène dramatique, qui s'est hélas accéléré selon les scientifique puisqu'en 2017, une centaine d'espèce de la flore et de la faune mondiale s'éteignent... chaque jour. Un rythme sans équivalent depuis la 5ème extinction de masse, qui a conduit à la disparition des dinosaures il y a 66 millions d’années.


Un quatari est... 500 fois plus responsable du dérèglement climatique qu'un malien


Selon les scientifiques, la question de la survie de l'humanité ne s'est jamais autant posée. Année après année, les climatologues alertent sur l'augmentation régulière du réchauffement climatique; les écologues sur l'effondrement de la biodiversité. Les principales causes de ces deux grandes catastrophes sont connues et scientifiquement documentées : il s'agit dans le premier cas de la hausse continue des émissions de gaz à effet de serre et dans le deuxième, de l'accaparement des espaces naturels par l'homme. Elles ont pour origine l'impact de notre mode de vie à l'occidental ainsi que l'importance de la population humaine.

Evidemment toutes les empreintes carbones ne sont pas identiques. Selon l'ONU, avec plus de 40 tonnes de CO2, un quatari génère 10 fois plus de dioxyde de carbone qu'un mexicain. Cela signifie théoriquement que ce dernier pourrait avoir une dizaine d'enfants sans que leur empreinte carbone n'atteigne celle d'un seul quatari. Un malien émet quant à lui... 500 fois moins de CO2 qu'un seul quatari, mais aussi 13 fois moins qu'un français. Et encore, ces chiffres officiels ne représentent que les émissions liées à la consommation d'énergie. De plus, ils ne prennent toujours pas en compte la pollution générée dans les pays en voie de développement pour fabriquer des biens consommés dans les pays développés. Ainsi, ce classement onusien favorise encore trop souvent les pays riches, gros importateurs. Ils y apparaissent selon une étude scientifique 23% moins responsables du dérèglement climatique qu'ils ne le sont réellement.

Malgré leurs nombreuses limites, les statistiques obtenues tordent déjà le cou aux clichés prétendant que l'importante démographie des pays pauvres a une influence prépondérante sur le climat. En réalité, cette incidence est minime en terme d'habitant, tant du point de vu des émissions polluantes que de la consommation d'espace naturel.

En revanche, ces pays pauvres sont les premiers à subir les conséquences du dérèglement climatique (aléas climatique, sécheresse, famine, guerre...) avec un effet domino en occident, dont une étude récente s'est faite l'écho. Des chercheurs américains ont en effet évalué l’impact sur le phénomène migratoire, de la température enregistrée dans les zones agricoles (pays de départ): «Lorsqu'elle dévie de l’optimum de 20 °C pour tendre vers des [moyennes] plus basses ou plus élevées, les demandes d’asile s’accentuent ». Le dérèglement climatique qui favorise la multiplication de températures extrêmes augmenterait donc le nombre de départs.



Consommer mieux ou réduire la population ?


L'équation climatique paraît simple : plus nous serons nombreux et moins chacun d'entres-nous pourra émettre de GES à cause de sa consommation (achats, voyages, chauffage...). La démographie des pays riches est donc une clef essentielle pour aborder la question climatique. Ceci reste vrai car même si un nombre critique d'habitants des pays riches décident de consommer moins afin de limiter leur empreinte carbone, cela pourrait être peu probant. Imaginons par exemple qu'ils décident de se chauffer raisonnablement, de manger moins de viande, de privilégier les transports en commun plutôt que la voiture... L'effet escompté pourrait être partiellement contrebalancé par des mécanismes de marché libéraux et mondialisé.

Cette diminution volontaire de la consommation des personnes sensibilisées et altruistes, pourrait provoquer -selon le principe de l'offre et de la demande- une baisse des prix du fioul, de la viande ou des automobiles. Cette chute des coûts pourrait paradoxalement pousser d'autres personnes opportunistes ou encore vivant dans des pays peu sensibilisés, à augmenter leur consommation. L'équation se compliquerait alors sérieusement et la question démographique reviendrait inévitablement sur la table. Or cette dernière présente exactement le même type de limite.

Exemple : suite à la politique de l'enfant unique (et au triomphe du capitalisme) les sinologues ont vu apparaître en Chine, le phénomène de couples qui augmentaient sensiblement leur consommation de biens et de services à cause des économies réalisées par le fait de n'avoir qu'un seul enfant. La consommation de ces couples a t-elle augmenté au point d'émettre autant de GES que s'ils avaient eu plusieurs enfants ? La question est posée ! En revanche, ils auraient probablement moins  consommé, s'ils avaient été davantage sensibilisés.

A la lueur de ces quelques réflexions, il semblerait qu'il n'y ait pas de solution miracle mais au moins déjà deux pistes principales que sont la réduction de la consommation et de la démographie (déjà bien avancée avec la contraception) et ceci, principalement dans les pays riches. Des solutions que les habitants des pays fortement émetteurs de GES/habitant doivent s'appliquer avec courage. Et ceci, malgré le consumérisme tant valorisé par tous ceux qui y trouvent un intérêt. Les solutions existent, pour les politiciens il est temps de regarder davantage du côté des ONG que des entreprises. Car si l'on en croit les climatologues, il y a urgence à agir pour diminuer les conséquences de plus en plus dramatiques du réchauffement du climat. La réduction de l'ampleur des inondations, des sécheresses et des guerres avec toutes leurs conséquences dramatiques, est à ce prix. C'est finalement très peu !

Jérémi Michaux