mercredi 30 août 2017

Le grand bétonnage de Paris continue




Paris doit-il devenir une mégalopole à l'image de Sao-Paulo, de Tokyo ou de Los Angeles ? Dans ces villes, l'urbanisation s'étend sans discontinuer sur des dizaines de kilomètres autour du centre historique. Et il pourrait bien en être de même pour Paris, puisque c'est la voie que semblent avoir choisi les pouvoirs publics et les collectivités qui soutiennent le projet du Grand Paris.

Un projet dont l'un des seuls avantages sera de créer une agglomération "multipolaires", en construisant des liaisons ferroviaires qui contourneront Paris. Des villes comme Versailles ou Clichy deviendront plus attractives, car reliée entre elles par des trains qui ne passeront pas par la Capitale. Cette bonne idée qui va apporter une décentralisation salvatrice doit, selon ses promoteurs, réduire le nombre de voyageurs dans les transports en commun parisien (il n'en sera rien comme nous le verrons plus loin). La capitale ne sera en revanche plus autant hégémonique dans l'offre d'emplois au niveau régional. Voilà pour les avantages. Les désavantages du Grand Paris sont en revanche très nombreux.



La bétonnisation de la région Île-de-France va s'accentuer


Ce sont pas moins de 68 nouvelles gares et 200 km de nouvelles lignes ferroviaires qui sont prévues dans le projet initial. Mais cette "bétonnisation" n'est que le sommet immergé de l'iceberg puisque autour de chaque nouvelle station, une densification est attendue. C'est la règle à proximité de toute nouvelle gare ferroviaire inaugurée en région parisienne.

Demandez aux habitants de Romainville, en première couronne comment leur ville s'est densifiée depuis que les travaux de prolongation de la ligne 11 du métro ont été actée. Cela fait 30 ans que l'on parle aux romainvillois de ce projet, qui se concrétisera avant 2020. Cela fait donc trente ans que les uns après les autres, des pavillons de Romainville sont rachetés, par des promoteurs immobiliers. 

Or, quand ces derniers rachètent à prix d'or une dizaine de pavillons mitoyens, ce n'est pas pour les remplacer par d'autres pavillons fussent-ils de standings. Leur intérêt économique est d'ériger un immeuble comportant le plus de logements possibles. Ceci se fait invariablement au détriment de la qualité de vie du quartier, car on ne vit pas de la même manière dans un pavillon avec un jardin, et dans un immeuble, même très bien conçu.




L'autre problème que pose le projet du Grand Paris, c'est l'augmentation de la population dans des zones où les infrastructures sont limitées. Car quand la population d'un lieu augmente les espaces de vie tels que les parcs ou les jardins pour enfants doivent suivre. Cette problématique est logiquement dévolue à la collectivité puisqu'on n'a encore jamais vu un promoteur racheter des pavillons pour en faire un square.

De ces deux corollaires de la bétonnisation en Île-de-France découle toute une série de problématiques à long terme.
  • Disparition des dernières terres cultivables
  • Disparition du lien social lié à l'augmentation de la densité de population
  • Diminution de la biodiversité
  • Mort programmée des petits commerces remplacés par des enseignes internationales

On aura alors reproduit le style de vie urbain, dans des villes de banlieues qui, il y a cinquante ans étaient encore recouvertes de champs, lesquels alimentaient Paris en produits frais cultivés localement. Des villes, qui s'urbaniseront et dont la population augmentera en proportion, la région augmentant son attractivité. Comment dès lors, espérer revenir un jour en arrière puisque l'Île-de-France ne peut pas continuer à s'étendre à l'infini ?

On comprend aisément qu'une terre "bétonnée" est une terre irrémédiablement perdue puisque les collectivité n'auront jamais les moyens de détruire des immeubles pour en faire des parcs ou des champs. Ce constat d'échec en Île-de-France est évidemment causé par l'absence de vision de certains politiciens, mais aussi par le manque d'engagement de la population.

Malheureusement pour les franciliens, les choses ne vont pas vraiment s'améliorer puisque depuis le 1er janvier 2016, la maîtrise du Plan Local d'Urbanisme (le fameux PLU) n'est plus du ressort des maires, mais des intercommunalités. Les citoyens auront donc encore moins d'influence sur les projets immobiliers de densification d'un environnement dont ils seront les premiers à vivre les bouleversements. La seule possibilité de contestation qui leur restera alors, sera celle de déménager. A la recherche d'une qualité de vie en voie de disparition.