lundi 24 juillet 2017

Du mercure toxique dans nos plombages dentaires



Après des dizaines d'années de négociation, la convention de Minamata interdisant l'utilisation de l'une des substances les plus toxiques pour l'homme va s'appliquer dans moins de deux mois. Pourtant, comme toutes les conventions des Nations Unies, elles n'engagent que ceux qui la respectent. Ce n'est pas le cas de la France.

L’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) exagère volontairement le trait dans un communiqué de presse envoyé aux journalistes : "Le monde a franchi une étape historique dans la lutte contre l'intoxication au mercure aujourd'hui, avec la ratification de l'Union européenne et sept de ses Etats membres (la Bulgarie, le Danemark, la Hongrie, Malte, les Pays-Bas, la Roumanie et la Suède) de la Convention de Minamata sur le mercure".

Pourtant, les spécialistes le savent, cette convention, dont la France est signataire depuis 2013, ne réglera pas le problème de la pollution provoquée par des siècles d'utilisation du mercure par l'homme. Ce métal liquide, interdit dans les thermomètres français depuis 1999, mais qui sous la pression des lobbys, est toujours utilisé jusque dans nos amalgames dentaires. Pourtant depuis 2007, le mercure est considéré par l'Organisation mondiale de la Santé comme l'une des dix substances les plus toxiques pour l'homme avec l'arsenic, le plomb ou l'amiante.

En effet, une intoxication lente ou aiguë au mercure peut engendrer des malformations fœtales, des troubles autistiques, des maladies neuro-dégénératives comme Alzheimer, Parkinson, ou la sclérose en plaques, des maladies mentales, mais aussi des troubles cardiovasculaires. Pour ajouter à sa toxicité, en raison de ses propriétés physiques particulières, le mercure ne se dégrade pas dans l'environnement. Il est ainsi toxique tant qu'il reste en contact avec des organismes vivants. Or il contamine le sol, l'air, les masses d'eau.

Dans l'environnement, le mercure se transforme en méthylmercure, sa forme la plus dangereuse. Celui-ci se retrouve de façon concentrée dans les aliments, notamment dans les produits de la mer. Il s'accumule alors dans les graisses des crustacés, des mollusques et principalement dans les poissons piscivores, qui se nourrissent d'autres poissons. Par un effet d'accumulation, les concentrations les plus fortes se retrouvent alors dans ceux situés au sommet de la chaîne alimentaire tel que le thon, la bonite, l'espadon ou le saumon....


Du mercure présent dans le charbon... et dans les amalgames dentaires


Avalé ou inhalé, le métal s’accumule dans l’organisme au niveau du cerveau, des glandes endocrines, du système cardio-vasculaire, traverse la barrière placentaire et se retrouve même dans le lait maternel. Afin de limiter les conséquences de ce scandale sanitaire peu médiatisé, la convention de l'ONU demande à tous les pays signataire qui s'engagent à interdire le mercure d'ici 2020 dans les thermomètres, les instruments médicaux, les batteries, les lampes fluocompactes, les crèmes et lotions cosmétiques. 

La convention fait en revanche, l'impasse sur son utilisation dans les mines d'or et dans le charbon des centrales électriques. Elle tolère toujours sa présence dans les vaccins et dans les amalgames dentaires. Ce dernier cas de figure semble le plus problématique alors que l'inertie de l'Europe et de la France à ce sujet sont sans doute liée à la puissance des lobbys, mais aussi au grand nombre de personnes directement concernées. Ces amalgames controversés, dont plusieurs pays du nord de l'Europe interdisent ou déremboursent progressivement la pose pour les plus jeunes et pour les femmes enceintes, sont peu remis en cause en France. Il est vrai que notre pays "consomme" à lui seul 1/3 du mercure dentaire utilisé en Europe, le préférant aux matériaux composites pour sa prétendue grande stabilité.

C'est ignorer que dans une publication scientifique, Marie Grosman, biologiste émérite et présidente de l'association Non au mercure dentaire s'inquiète qu'un chercheur suédois ait démontré qu’un seul "plombage" libérait en moyenne 15 microgrammes de mercure par jour, alors que l'OMS exige un seuil maximum de 1 microgramme de mercure pour que l'eau soit considérée comme potable.

Ainsi, 90% des porteurs d'amalgame au mercure présentent cinq fois la recommandation pour l’eau potable dans la salive de mastication. Or comme de nombreuses substances toxiques, le mercure se fixe dans les corps gras et notamment dans le cerveau. Ainsi, selon une étude de 2006, les porteurs de nombreux amalgames ont en moyenne dix fois plus de mercure dans le cerveau que ceux qui en ont peu.

Le reportage ci-dessous tiré du documentaire de France 5, Alerte au mercure démontre que le mercure dentaire se diffuse dans la bouche des porteurs d'amalgames :


Retour sur une interdiction inévitable... mais qui dure


1999: Interdiction de vendre des thermomètres au mercure en France
La France emboîte le pas à plusieurs pays précurseurs tels que le Danemark, la Suède, mais aussi la Norvège et la Suisse qui ne font pas partie de l'U.E. Les consommateurs désireux de se débarrasser de leur thermomètre, peuvent les rapporter à leur pharmacien, mais aucune filière de retraitement n'est réellement mise en place.

2006 : Promesse d'interdire l'utilisation du mercure dans les mines d'or
Léon Bertrand, le ministre délégué au Tourisme, décide de s’attaquer au problème de la pollution au mercure en Guyane française. Il affirme qu’il souhaite obtenir «l’interdiction totale de l’utilisation du mercure sur les chantiers miniers en Guyane». Devant la puissance du lobby minier, la promesse est restée lettre morte.

2007: l'OMS déclare le mercure comme "extrêmement préoccupant pour la santé publique"

Les Etats qui doivent légiférer sur le mercure ne se pressent pas compte tenu de son utilisation massive. Sa présence dans les amalgames dentaires et dans le charbon brûlé par les centrales électriques est emblématiques de notre dépendance à cette substance toxique.

2008: Les exportations de mercure par les pays de l'U.E sont interdites (pas les importations)
Les ministres européens votent pour interdire les exportations de mercure à partir de 2011. La nouvelle législation prévoit également un stockage du mercure non utilisé à la même date. En revanche, les demandes du Parlement européen d’interdire également les importations de mercure ont été rejetées par les Etats.

2009: Le mercure enfin interdit dans les thermomètres
Les thermomètres domestiques et médicaux, baromètres, tensiomètres et manomètres sont concernés par cette interdiction emblématique. 

2013 : Proposition de Loi au Sénat visant à interdire les plombages dentaires
La proposition n'ayant pas rassemblé suffisamment de parlementaires, n'est pas soumise au vote. L'amalgame dentaire est un mélange de mercure (environ 50%) et d'autres métaux: argent, étain, cuivre. La France est la championne européenne du secteur, puisqu’elle absorbe à elle seule le tiers du mercure dentaire du continent, soit 17 tonnes par an. Les deux tiers des «plombages» posés  en 2013 contenaient toujours du mercure.

2016 : L'Europe interdit enfin les amalgames dentaires pour les enfants, les femmes enceintes et les mères allaitantes
Ainsi, à compter du 1er juillet 2018, il deviendra interdit de poser des amalgames dentaires dans la bouche des enfants de moins de 15 ans, ainsi que dans celle des femmes enceintes et allaitantes. La Commission européenne a déclaré qu'elle souhaitait une interdiction du mercure dentaire d'ici... 2030.

2017: chaque année, 4500 tonnes de mercure sont rejetées par l'industrie et l'agriculture dans l'environnement
Les principales sources de pollution au mercure sont les usines à charbon, mais aussi l'épandage de fongicides, l'incinération des déchets ou le recyclage des voitures.

La Convention de Minamata, organisée par l'ONU tient son nom de la plus importante intoxication au mercure de l’histoire, qui s’est produite à Minamata au Japon. Suite au rejet réguliers des eaux usées d'une usine dans la baie de Minamata au début des années 30, les populations de la région consommant du poisson et des crustacés souffrent d'intoxications aiguës. Les symptômes les plus visibles sont des convulsions, des psychoses, des pertes de connaissance qui peuvent aller jusqu'au coma et à la mort. 

Une courte histoire du mercure résumée en vidéo :


Pour aller plus loin, une interview de Marie Grosman présidente de l'association Non au mercure dentaire et vice-présidente pour l’Europe de l’Alliance mondiale pour une dentisterie sans mercure: lien