vendredi 13 janvier 2017

Pourquoi il faut protéger les abeilles... de l'agriculture conventionnelle





Vous l'ignorez sans doute, mais depuis une trentaine d'années, une bataille impitoyable se déroule entre l'agriculture conventionnelle et les apiculteurs autour de l'abeille. On connait très bien l'insecte emblématique grâce au miel qu'il produit, ce que l'on sait moins, c'est qu'il est hautement nécessaire à la bonne pollinisation des cultures, dont la valeur pour l'homme se situe entre 2,3 à 5,3 milliards d’euros par an, selon une étude du ministère de l'Environnement. Ces deux actions bénéfiques à l'homme devraient lui permettre de couler des jours heureux. L'abeille a pourtant tout à craindre car son existence même est une épine dans le pied des très influentes multinationales de la chimie telles que Monsanto, qui pourrait bientôt être rachetée par son concurrent Bayer pour près de 60 milliards d'euros.  

En effet, l'abeille est fortement menacée par de nombreux pesticides tel que l'ont démontré un nombre impressionnants d'études indépendantes sur la question. Un travail remarquable et nécessaire car de leur côté, l'industrie influence les législateurs et publie des études selon lesquelles, un insecte comme l'abeille ne serait pas intoxiqué par des substances pourtant destinés à éradiquer les insectes. Un comble ! 

Une mortalité moyenne très élevée depuis la généralisation des néonicotinoïdes


Ainsi en l'absence de mesures courageuses prise par l'Etat, l'apiculture française subit de plein fouet les effets des pesticides. Ceci à tel point que la mortalité des abeilles est passée de 5% à une moyenne de 30% suite à la généralisation durant les années 90 d'une famille d'insecticide très toxique pour les abeilles, les néonicotinoïdes. Ces derniers sont d'ailleurs surnommés "tueurs d'abeilles" et se retrouvent aussi bien dans la majorité des semences agricoles, que dans les sachets de graines que nous achetons à la jardinerie, ou sur les colliers anti-puce que nous achetons pour nos animaux domestiques. 

Au bout de 20 ans de lutte acharnée entre les agrochimistes appuyés par le monde agricole conventionnel et les apiculteurs soutenus par les scientifiques et par les ONG, les députés ont finalement voté l'interdiction des néonicotinoïdes en France à partir de 2018. Ils l'ont fait malgré l'opposition des puissants syndicats agricoles, mais aussi du ministre de l'agriculture (et de l'apiculture) Stéphane Le Foll qui avait eu la bonne idée d'adresser un lettre à chaque député pour leur demander de ne pas voter cette interdiction. En vain !

L'agrochimie opposée à l'essor du bio


Mais le combat pour le maintien d'une apiculture viable en France est loin d'être terminé puisque des molécules aux effets étrangement similaires aux néonicotinoïdes commencent déjà à les remplacer comme l'a démontré l'ONG Pollinis. Une spirale infernale des pesticides qui fait que les molécules interdites après des années de mobilisation sont régulièrement remplacées par d'autres tout aussi toxiques, et ce depuis l'industrialisation de l'agriculture après la seconde guerre mondiale.

Mis à part l'apiculture, l'autre mouvement qui menace l'agrochimie, c'est l'essor du bio qui n'utilise pas de produits issus de la chimie de synthèse. La croissance annuelle à deux chiffres du bio en France laisse augurer des lendemains difficiles pour BASF, Bayer, Monsanto ou Syngenta. A moins qu'ils ne se reconvertissent massivement dans les biopesticides (élevages de coccinelles pour éliminer les pucerons, voire culture de micro-organismes infectant les ravageurs des cultures). Il ne manquerait plus que ces derniers soient génétiquement modifiés et dûment brevetés pour que l'empire de la chimie ne retombe dans ses travers. Gageons qu'ils s’attellent déjà à modifier la législation en ce sens. Des moustiques génétiquement modifiés pour être stériles sont déjà régulièrement relâchés au Brésil dans le but de faire chuter leur population.