dimanche 9 octobre 2016

Le problème de la disparition de l'abeille nous interroge



On a tous en tête la célèbre phrase d'Albert Einstein sur la disparition des abeilles et les "quatre ans" qu'il nous resterait à vivre à partir de ce point de non-retour. Bien que l'éminent scientifique allemand n'était pas écologue, il avait déjà compris il y a près de 100 ans que notre survie était intimement liée à ces minuscules pollinisateurs.

Il faut dire que les abeilles, qu'elles soient sauvages ou domestiques réalisent selon l'Inra près de 80 % de la fécondation des fleurs qui pourront alors devenir fruits et légumes. L'Institut national de la recherche agronomique estime que 10% seulement des végétaux sont "principalement pollinisés" par le vent. Il s'agit surtout de céréales. Ainsi, dans les rares régions du monde où les abeilles ont totalement disparues à cause de l'usage massif de pesticides, les agriculteurs doivent polliniser la majorité des cultures à la main.


Alors que pas moins d'une centaine d'espèces animales disparaissent chaque jour et que les scientifiques évoquent de plus en plus, une sixième extinction qui serait déjà en cours, la disparition définitive de l'abeille n'est plus considérée comme impossible. D'ailleurs ces dernières années la mortalité des colonies se situait autour de 30% de perte. Un taux qui ne permet pas de renouveler les populations et oblige les apiculteurs à racheter régulièrement de jeunes reines pour tenter de sauver la colonie. La catastrophe que représente déjà l'effondrement de la diversité génétique des abeilles sur le continent européen doit nous alerter. D'ailleurs, l'abeille noire Apis melifera melifera endémique d'Europe de l'ouest a déjà disparue d'Allemagne. Selon la Fédération européenne des conservatoires de l'abeille noire (Fedcan), elle est en voie d'extinction en France.



Les pesticides principaux responsables du déclin des abeilles


Pour la communauté scientifique indépendante, ce déclin massif des abeilles est principalement lié à la généralisation massive d'insecticides plus efficaces et toxiques au cours des années 90. Ces derniers portent le nom de "néonicotinoïdes" car ils s'attaquent au récepteur nicotinique des insectes jusqu'à provoquer leur mort. Ces pesticides sont d'ailleurs dit "systémiques", c'est-à-dire qu'ils sont transportés par la sève des végétaux à travers toute la plante et se retrouvent dans le nectar et le pollen des fleurs.

Devant l'ampleur du problème qu'ils posent, et la mobilisation massive de la société civile, leur interdiction à partir de 2018 a été inscrite dans la dernière version de la loi Biodiversité validée par l'Assemblée nationale en juillet dernier. Le gouvernement y était pourtant fortement opposé puisque, fait rarissime, le ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll avait personnellement adressé un courrier à chaque député, lui demandant de ne pas voter cet amendement interdisant les néonicotinoïdes.

Sentant le vent tourner au cours des six mois de "navettes parlementaires" qui ont précédés le vote définitif de la loi, le Ministère de l'Environnement s'était au dernier moment rallié aux ONG, et à l'Assemblée nationale, alors que le Sénat continuait à soutenir les agriculteurs fermement opposés à la réforme. En fin de compte, les députés qui étaient à l'origine de l'amendement d'interdiction devaient avoir le dernier mot de ces discussions parlementaires. Le décret d'application de la loi doit maintenant être publié.

B.Pompili et S.Royale finalement en faveur de l'interdiction reçoivent la pétition de plusieurs ONG


Les néonicotinoïdes cachés resteront autorisés


Cette étape remportée par la société civile, on pourrait croire que les abeilles vont rapidement reprendre du "poil de la bête". Il n'en sera rien car selon des scientifiques indépendants, d'autres insecticides qui auraient parfaitement pu être classés dans la catégorie des néonicotinoïdes en raison de leur action sur le récepteur nicotinique des insectes ne l'ont pas été. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il faut savoir que ce sont les agrochimistes qui réalisent les tests préalables à la mise sur le marché de leurs produits.

Les autorités sanitaires, française (Anses) ou européenne valident les demandes d'autorisation de leurs produits présentées par les multinationales, lesquelles ont déjà décidé du classement de ces derniers dans telle ou telle catégorie. Ainsi les "néonicotinoïdes cachés", le Flupyradifurone et le Sulfoxaflore ne seront pas concernés par l'interdiction comme le rappelait très justement l'ONG Pollinis après le vote de la loi. Un non-sens car les premières études sur ces insecticides révèlent une très forte toxicité pour les abeilles.

Mais l'impact des insecticides n'est pas toujours direct. C'est la raison pour laquelle les agrochimistes affirment que leurs produits ne sont pas la seule cause du déclin des abeilles. Pourtant des études de plus en plus nombreuses démontrent que les abeilles qui ne sont pas tuées par les insecticides sont affaiblie par leur toxicité, ce qui les rend plus sensibles aux parasites naturels de la ruche, comme le varroa, ou aux maladies telle la loque américaine. 


On voit bien la proximité moléculaire des "néonicotinoïdes cachés" avec les néonics officiels