mercredi 24 février 2016

Pesticides néonicotinoïdes et pollinisateurs : quid de la Loi Biodiversité ?





Vous n'avez peut-être qu'une vague idée de ce qu'est un néonicotinoïde. Il s'agit d'un insecticide dont le mode opératoire varie de celui d'un phytosanitaire classique. En effet, un pesticide néonicotinoïde n'a pas besoin d'être pulvérisé sur la plante, ou les fruits que l'agriculteur veut traiter. Il s'applique directement sur les graines avant la mise en terre.  Il protège alors la plante des insectes tout au long de sa vie puisque le neurotoxique est alors présent dans toutes les parties qui la compose, jusque dans le pollen de ses fleurs. 

Si les néonicotinoïdes sont intéressant car ils permettent de limiter grandement la quantité de pesticide utilisé, ils s'avèrent, par leur mode d'action, particulièrement dangereux pour les pollinisateurs. Mais aussi pour tous les animaux qui se nourrissent de graines (insectes, oiseaux...).
Les néonicotinoïdes présentent surtout une toxicité très fortement supérieure à celle des insecticides classiques. Ainsi l’imidaclopride, l'un des cinq néonicotinoïdes toujours autorisé en France est 7.300 fois plus toxique à quantité égale que le très décrié DDT. Rappelons que les effets du DDT sur la faune, et notamment sur les oiseaux avaient été décrits en 1962 par la biologiste Rachel Carson dans son livre Printemps silencieux, considéré comme l'acte de naissance du mouvement écologiste



Le DDT est actuellement interdit dans la plupart des pays occidentaux. C'est également le souhait de nombreux scientifiques indépendants concernant les néonicotinoïdes.  Et quel plus beau symbole que de faire inscrire cette interdiction dans la loi ? C'est le combat de plusieurs députés écologistes parmi lesquels Delphine Batho, Gérard Bapt et Jean-Paul Chanteguet mobilisés pour inscrire leur interdiction dans le projet de Loi biodiversité actuellement en discussion entre l'Assemblée nationale et le Sénat. Introduit dans le texte initial à l'Assemblée, les amendements "néonicotinoïdes" ont malheureusement tous été supprimés lors de l'analyse du texte par les sénateurs. Il est depuis revenu devant l'Assemblée, et les députés vont tenter de réintroduire certaines dispositions en commission, avant le vote définitif par l'Assemblée. 


80% de notre alimentation dépend des pollinisateurs


Selon les spécialistes du dossier, graver l'interdiction dans le marbre de la Loi biodiversité ne sera pas facile. La préservation des pollinisateurs mobilise peu l'opinion publique, et le lobby agrochimiste est bien introduit au Parlement, comme Elise Lucet a pu le constater dans un récent Cash Investigation sur la pollution des phytosanitaires. Pourtant les enjeux du contrôle des pesticides sont énormes pour la population. En effet, pas moins de 80% de notre alimentation dépend des pollinisateurs. 

Selon une étude américaine de 2007, pas moins de 87% des céréales cultivées dans le monde ne peuvent être pollinisées que par des insectes pour produire du grain. Environ 1/3 de notre nourriture dépend des pollinisateurs. Une autre étude publiée en 2011, analysant l'interaction entre les plantes et les pollinisateurs, démontre que notre santé dépend de vitamines et de nutriments provenant de plantes entièrement ou partiellement dépendantes de ces derniers. Ainsi, les pollinisateurs sont à l'origine de 90% de nos besoins en vitamine C, de la quasi-totalité de nos besoins en antioxydants, en vitamine A, en calcium et en fluorure, et d'une grande partie de l'acide folique qui nous est nécessaire pour vivre en bonne santé.