mercredi 14 octobre 2015

Enquête : La restauration rapide ne recycle pas ses déchets




Les enseignes de restauration rapide communiquent beaucoup sur leurs actions en faveur de l'environnement. Pourtant dans l'imaginaire collectif, écologie et fast-foods font rarement bon ménage. Les enseignes McDonald's, Quick et Exki sont-ils les rois du greenwashing, ou font-ils réellement des efforts en termes de recyclage des déchets qu’ils génèrent ?


Les fast-foods, sources considérables de déchets


Que ce soit pour le service sur place, ou à emporter, les fast-foods utilisent des quantités très importantes de plastique, de carton plastifié, de papier et de canettes en aluminium qui, s'ils ne sont pas triés, finiront dans les fumées toxiques d'un incinérateur, ou enfouis dans une décharge. En faisant un tour par le site internet de McDonald's France on peut pourtant y lire que " plus de 80 % des emballages remis aux clients des restaurants sont recyclables ". Mais, quelle part de ces " recyclables " est effectivement recyclée ?

Nous avons posé cette question à l'enseigne, qui communique beaucoup autour du développement durable, ainsi qu’à KFC, à Quick, et à la chaine belge Exki, qui surfe à plein sur la vague du " green ". Et... nous n'avons pas reçu de réponse franche.

Si KFC n'a même pas pris la peine de répondre, nous avons reçu des réponses des autres enseignes, qui ont toutefois systématiquement contourné la question qui fâche, préférant évoquer leurs efforts sur la collecte des cartons de livraison et les huiles de friture, deux obligations imposées par la législation depuis de nombreuses années.

Mais les quantités de déchets recyclés par les enseignes de restauration rapide classiques sont-elles si faibles que cela ? Pour se faire une idée, il faut se remémorer les mots d'Éric Brac de la Perrière, directeur de l'entreprise de recyclage agrée Eco-emballages. Il évoquait fin 2013 lors de la signature d'un programme expérimental de recyclage d'emballages alimentaires avec une poignée de restaurant McDonald's que : " Le gisement potentiel de matières à recycler dans les restaurants peut contribuer à augmenter le taux de recyclage en France. " Il semblerait que le leader du marché national de la restauration rapide recycle si peu, qu'en se mettant à le faire, il pourrait alors faire augmenter le taux de recyclage au niveau national.

Les salades de Mc Donald's


Chez McDonald’s on recycle surtout le discours


Malgré toute la communication déployée par l’enseigne américaine, qui est aussi l'un des tout premiers annonceurs dans les médias français, l'évidence est sous nos yeux dans chacun de ses restaurants. Mis à part le plateau repas, tous nos déchets sans exception, partent dans la même poubelle : les serviettes en papier, l'emballage du burger, les sachets de sauces, le carton de frites, le gobelet, son couvercle et sa paille. Tout est jetable. Ainsi les bouteilles en plastique et les canettes en aluminium qui sont pourtant faciles à recycler, ne le sont qu'à titre expérimental dans des dizaines de restaurants sur près de 1400 en France.

Pourtant selon Delphine Smagghe, en charge pour McDonald’s du développement durable et des relations extérieures sur son blog dédié " Les déchets sont le premier sujet sur lequel nous nous sommes investis dès 1992 ". Près d'un quart de siècle plus tard, les poubelles des clients représentent toujours " 75 % des déchets d’un restaurant ", sans compter donc les déchets des clients emportant leurs repas à l’extérieur.

Déjà en 2008, Mme Smagghe évoquait l'idée que l’évolution de la clientèle conduirait " [...] à devoir nous interroger sur le lancement du tri sélectif en restaurant ". Un tri appliqué depuis plusieurs années dans tous les restaurants suisses et allemands du groupe, mais qui qui tarde à être instauré en France. Il faut dire que rien ne presse puisque les Français adorent McDonald's et l'instauration d'un recyclage représente un coût supplémentaire pour l'entreprise.

Un coût que le groupe Mc-Donald's France préfère sans doute investir dans le " verdissement " progressif des logos et des façades de ses restaurants en remplacement de la traditionnelle couleur rouge de la marque. Un exemple parfait de " greenwashing ".


Quick goûte peu à l'environnement


Quick, l'autre acteur majeur de la restauration rapide en France avec ses 380 restaurants n’apparaît pas plus performant que McDonald's côté recyclage. Selon la législation en vigueur, seuls les cartons de livraisons et l'huile de friture y sont recyclés.

En revanche, selon sa responsable de la communication Valérie Raynal : " Toutes les boîtes de burgers utilisés sont labellisées OK Compost depuis 2009 ". Il s'agit d'emballages fabriqués par le chimiste belge Vinçotte, qui commercialise toute une gamme de produits qui vont du bioplastique jusqu'au carton biodégradable. C'est ce dernier qu'utilise Quick pour une " parfaite biodégradabilité " de ses emballages. Ainsi le taux de biodégradabilité serait d’au moins 90% dans un délai maximum de 6 mois, et la toxicité des résidus serait très faible. 

Vérifications faites, ce logo est bien présent sur les boites des burgers de Quick. En revanche, la collecte des matières organiques, laquelle passe forcément par un tri en restaurant, n'est toujours pas déployée au niveau national. A l'image de McDonald's, le groupe Quick teste des solutions de tri en travaillant avec des spécialistes du recyclage et cherche une solution qui puisse "également s’appliquer aux déchets souillés par les sodas et les déchets de repas", plus difficilement recyclables.
Pour finir, les sacs à emporter, de l'enseigne sont réalisés à partir de matière première recyclée et de bois de forêts européennes. En revanche, contrairement à son premier concurrent, ces forêts ne sont pas forcément labellisées PEFC ou FSC, et ne sont donc pas nécessairement gérées de manière durable.


Carton "Ok compost" censé être facilement biodégradable

Exki s'active mollement sur le recyclage


Comparée à ses concurrentes de la restauration rapide classique, la chaine belge Exki fait figure de modèle. L'entreprise qui joue sur son image " green " présente quelques initiatives intéressantes concernant la gestion des déchets de ses clients. Dans tous les restaurants du groupe, les clients ont à leur disposition une poubelle pour le verre, et une autre pour le PMC : plastique, métaux, carton.
Et cela vaut mieux car, c'est à déplorer, à part les tasses à café en porcelaine, les couverts, les mugs et les assiettes en matières végétales, quasiment tous les produits vendus sont emballés et servis dans des contenants en plastique ou en carton plastifié. Même les sandwichs sont emballés dans un film plastique. Très loin de ce que l'on attend d'une enseigne écolo.

Néanmoins, pour limiter ce gaspillage, Exki tente d'inciter ses clients à se servir de leurs propres couverts et sacs en papier.  En effet, à chaque fois qu'un client passe en caisse sans prendre un couvert, un mug, ou encore un sac jetable il gagne un point de fidélité. Au bout de six passages, un café bio et équitable lui  est offert. Voilà pour la théorie, louable, car, vérification faite, pour augmenter la fréquentation, certains employés peu soucieux de l'écologie n’hésiteraient pas à tamponner leur carte à chaque passage en caisse.

Pour ce qui est de la collecte des déchets organiques, pas de bonne surprise malheureusement : elle est rarement instaurée dans les restaurants Exki. En revanche, si vous ne finissez pas votre repas, vous pouvez demander un " Doggy bag ", ce qui contribue à limiter la quantité de biodéchets des restaurants, mais au prix de l'utilisation d'un emballage supplémentaire. Justement, en ce qui concerne les déchets organiques, l'initiative la plus intéressante semble être la récupération du marc de café des restaurants bruxellois par la société Permafungi. Cette dernière en fait un substrat pour les kits de pousse de pleurotes bios qu'elle vend aux particuliers. On le voit avec Exki, réfléchir à des initiatives pour réduire les déchets est possible.


Chez Exki les emballages sont un problème

La restauration a pourtant l'obligation de trier ses biodéchets


Les chaînes de restauration rapide, McDonald's en tête, sont à l'origine d'expérimentations locales très médiatisées. C'est le cas de l'instauration en 2012 de la collecte des déchets organiques dans 17 restaurants de la région toulousaine.

Les enseignes développent également des procédés durables appliqués à une échelle nationale. Toutes ces initiatives réduisent effectivement l'impact de leurs clients sur l'environnement : Réduction de tous les emballages, utilisation d'ampoules à LED pour l'éclairage, installation d'urinoirs automatiques, séchage des mains avec de l'air chaud plutôt qu'avec du papier.
Néanmoins, le soupçon de greenwashing persiste, car la communication sur les engagements environnementaux porte bien souvent sur des initiatives relevant soit d'un souci d’économies, soit d’obligations légales, plutôt que d’investissements écologiques nécessitant un effort financier. 

Aujourd’hui, mis à part pour les cartons d'emballage et les huiles de friture, les restaurateurs n'appliquent pas l'obligation de trier les biodéchets produits par leurs clients comme le prévoyait la loi sur l’environnement dite Grenelle 2 qui précisait que " les personnes qui produisent ou détiennent une quantité importante de déchets composés majoritairement de biodéchets sont tenues d’en assurer le tri à la source en vue de leur valorisation organique ". Une circulaire a pourtant fixée les modalités d’application depuis janvier 2012, et donne aux restaurateurs l'échéance finale de 2016 pour mettre le tri, la collecte et la valorisation de leurs biodéchets en œuvre. Le problème c'est que les seuils progressifs prévus avant cette date, ne semblent pas avoir été appliqués. 

La loi précise en effet qu'au 1er janvier 2015, tous les restaurants jetant plus de 20 tonnes de biodéchets par an doivent les intégrer à une filière de valorisation. Or, cette quantité correspond à environ 500 couverts/ jour selon l'entreprise de gestion des déchets Véolia. Un chiffre que dépassent la majorité des fast-foods, puisque à titre d'exemple, les 1.400 restaurants français de Mc Donald's vendent 1.8 millions de repas chaque jour. La moyenne journalière de plats pour chaque restaurant est donc de près de 1.300. Or, selon le service presse de Mc Donald's France seule "une centaine de restaurants" appliqueraient le tri des biodéchets.

Evidemment, dans la restauration rapide, de nombreux repas ne sont pas consommés sur place, et les déchets générés ne sont donc pas tous du ressort des enseignes. Nous avons donc souhaité connaître  le ratio entre les repas " pris sur place ", par rapport à ceux " à emporter ". Et nous nous sommes trouvés face à un étonnant refus de communication des enseignes sur cette question. De plus, étonnement pour un très bon communicant comme Mc Donald's, les articles sur le sujet trouvés  sur internet n'évoquent pas des "centaines de restaurants" proposant un tri des biodéchets comme précisé par le service communication de l'enseigne, mais plutôt quelques dizaines de restaurants pilotes. L'enseigne aurait donc plutôt tendance à ne pas se presser pour appliquer la législation en vigueur, sur le tri des déchets organiques.

Quand à Quick, leur service presse évoque la recherche de solutions en partenariat avec le tout puissant SNARR (Syndicat National de l’Alimentation et de la Restauration Rapide). Pourtant, dès l'année prochaine, tous les restaurants rejetant plus de 10 tonnes de biodéchets (environ 200 couverts/jours) devront instaurer le dispositif. Au final, quasiment tous les fast-foods seront concernés par le nouveau seuil. Le déploiement pour les enseignes de la restauration rapide risque donc de se faire dans une grande précipitation, ou avec un retard important.