jeudi 13 août 2015

L'Australie est-elle le pays riche le moins écolo ?




La présentation du plan australien pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre confirme ce qu'on savait déjà. L'Australie est l'un des pays développés les moins écologiques qui soit. Plusieurs faits viennent étayer ce qui pourrait apparaître comme un jugement subjectif.

Le chef du gouvernement australien, Tony Abott a donc présenté en début de semaine un plan de réduction des émissions de CO2 du pays en vue de la COP 21 qui aura lieu dans notre pays en décembre prochain. La publication de cette feuille de route était très attendue par la communauté internationale puisque près d'une soixantaine de pays du globe ont déjà présenté leur projet pour limiter le réchauffement à 2° C.

Le chiffre annoncé par le Premier ministre conservateur Tony Abbott, de 26% à l'échéance 2030 (par rapport au triste record mondial de 2005), est jugé modeste comparé aux objectifs dévoilés par d'autres économies développées. Et ce malgré ce qu'en dit le principal intéressé qui a affirmé que ce plan : "[...] vaut mieux que celui du Japon, est presque identique à celui de la Nouvelle-Zélande, est un poil en dessous de celui du Canada et de l'Europe. Est semblable à celui des Etats-Unis, mais bien meilleur que celui de la Corée et bien sûr, incroyablement mieux que celui pris par la Chine". Voilà pour la communication de M. Abbott.


Une moyenne de réduction des émissions de 36% pour les pays développés



Il suffit pourtant de jeter un œil aux objectifs transmis à l'ONU par les différents pays que cite le Premier ministre australien pour en tirer les conclusion qui s'imposent. En réalité par rapport à 2005, les Etats-Unis ont présenté un plan de réduction de 41% pour 2030, l'Europe de 34%, le canada de 30% et le Japon malgré les fermetures de ses centrales nucléaires de 25%. Il apparaît même que pour les pays développés, la moyenne de réduction des émissions à l'échéance 2030, est de... 36%. Assez loin des objectifs du plan australien.

Pour tenter d'expliquer ce manque d'objectivité de M. Abott, les écologistes australiens estiment qu'il est "bloqué dans un schéma économique qui date du XIXème siècle" dixit Larrisa Water, une sénatrice du parti vert. Il faut dire que son gouvernement favorise régulièrement l'industrie houillère souvent considérée comme l'une des plus polluantes.

On se souvient que la semaine dernière, le projet d'exploitation d'une mine de charbon géante qui nécessitait l'installation d'un port au sein même de la Grande barrière de corail avait été mis en suspens par la Cour fédérale australienne pour absence de conformité. La Justice s'était ainsi opposée au gouvernement qui avait donné son feu vert l'année dernière.


Un port prévu à proximité de la Grande barrière de corail 


Le projet titanesque baptisé "Alpha Coal" prévoit l’exploitation d’une mine de charbon dans l’Etat du Queensland, mais aussi la construction de 190 kilomètres de chemin de fer pour acheminer la lignite, et l’extension d’un port de charbon à Abbot Point. Les bateau traverseraient ainsi la Grande barrière de corail, pour exporter 60 millions de tonnes de charbon par an, vers les terminaux de la compagnie indienne Adani, à l'origine du projet.


Manifestation contre la mine géante dans le Queensland
 
Mais le vent semble tourner en faveur des opposants à la mine puisque déjà en début d'année, plusieurs banques françaises dont la Société Générale, le Crédit Agricole et BNP Paribas s'étaient retirées du plan de financement sous la pression des Amis de la terre et d'Attac. L'abandon du projet n'est pourtant pas à l'ordre du jour puisque pour expliquer la suspension du Tribunal fédéral, le ministère de l'Environnement australien a simplement évoqué un "problème technique et administratif", qui ne "nécessitait pas de revoir la procédure dans son entier".

Un abandon n'est d'ailleurs pas envisagé par le parti conservateur de Tony Abbott qui depuis son arrivée au pouvoir en septembre 2013 a fait supprimer une taxe sur le carbone et un plan visant à mettre en place un marché nationale de crédits carbone.

Il semblerait pourtant que la population ne soutient plus son Premier ministre sur ces questions environnementales. En effet, selon un sondage réalisé la semaine dernière pour le groupe d'études Climate Institute, 63% des australiens demande plus d'actions contre le changement climatique. Signe que l'opinion publique évolue plus vite que les politiciens, c'est six points d'augmentation par rapport à 2014.