jeudi 11 juin 2015

Qui profite du réchauffement climatique ?




Tout le monde semble s'accorder sur l'importance de lutter contre le réchauffement climatique. Ce phénomène d'origine anthropique, déjà bien entamé, sera responsable d'un fort dérèglement climatique si la moyenne des températures dépasse de +2°C celle de l'ère pré-industrielle.

Pourtant, bien que les épisodes extrêmes et les complications, qui en résultent, touchent d'ors et déjà chaque pays du globe, on constate que tous ne se sentent pas aussi concernés qu'ils le devraient. La principale raison de ce plus faible engagement est probablement culturelle. C'est le cas de l'Amérique du nord, très attachée à un libéralisme économique qui voit les efforts à fournir pour ne pas dépasser le seuil fatidique comme autant d'entraves aux libertés individuelles et collectives. Cet individualisme forcené ne pouvait qu'aboutir à la création de lobbys climato-sceptiques financés par les puissances économiques qui ont le plus à perdre.

On peut aussi observer la volonté de développement frénétique d'Etats comme la Chine, l'Inde ou le Brésil qui estiment qu'au regard de leur population importante, ils émettent beaucoup moins de gaz à effets de serre qu'un occidental. On le sait, les exemples expliquant ou justifiant l'inaction sont légion. Pourtant d'autres causes -encore moins avouables- pour le maintien d'un statu-quo mortifère pour les plus exposés existent auxquelles on ne pense pas forcément. Contrairement à ce que l'on imagine, certains états, entreprises, ou groupes constitués comptent bien tirer profit du réchauffement climatique. 


Les routes maritimes du réchauffement climatique


Tous les pays ne sont pas touchés de la même manière par les dérèglements climatiques qui résultent du réchauffement climatique. On sait que la montée des eaux, menace directement plusieurs petites îles à travers le monde, et accentue l'érosion des côtes Atlantique de la France. Cette hausse du niveau de la mer est non seulement provoquée par la dilatation de l'eau des océans qui augmente avec la hausse des températures, mais aussi par la fonte des glaces. Or ce dernier point est loin de déranger tous les états.

En effet, grâce au réchauffement climatique la Russie a depuis 2010 lancée l'exploitation commerciale de "sa" route maritime qui permet de relier l'Europe du Nord, à l'est de l'Asie. Autrefois impraticable en dehors des mois "d'été", le passage est désormais possible durant une grande partie de l'année.

En utilisant cette alternative à la Méditerranée et au Canal de Suez, les armateurs gagnent ainsi plusieurs semaines de navigation. En échange, la Russie fait payer un droit de passage auquel il faut ajouter la location des indispensables brises glaces à moteur nucléaire qui ouvrent la voie aux navires. Rentable pour l’affréteur, l'opération l'est aussi pour la Russie puisque à raison de 5 à 10 euros la tonne, le coût total pour les plus gros navires dépassent le millions d'euros. Mais la Fédération de Russie n'est pas le seul pays à vouloir profiter du réchauffement climatique. Le Canada possède aussi un passage nord-ouest qui évite chaque année à une poignée de navire le passage par le canal de Panama.


Trajet Angleterre-Japon par la route maritime nord-est ou par le Canal de Suez


Avec le réchauffement, l'Arctique devient le nouveau Far West


C'est aussi le réchauffement climatique qui permet d'envisager l'exploitation de gisements d'hydrocarbure à proximité des pôles Nord et Sud. En l'absence d'une législation internationale réellement contraignante, on voit ainsi se multiplier les projets de forages dans des régions cruciales pour la reproduction de nombreuses espèces marines. Cet enjeu a récemment mobilisé plusieurs ONG, dont Greenpeace, dans le but de bloquer dans le port de Seattle une plate-forme pétrolière de Shell en route pour l'Arctique.

Dans cette course à l'exploitation de nouveaux champs pétrolifères, les Etats-Unis, la Russie et le Canada sont les nations les plus actives. Actuellement, ce n'est pas tant les difficultés techniques inhérentes aux forages en milieu extrême que le prix bas des hydrocarbures sur le marché mondial qui freine les velléités d'investissement. Dans une moindre mesure, les avertissements des scientifiques et la mobilisation de la société civile fait également réfléchir les compagnies pétrolières. L'image dégradée de la société BP suite aux fuites de la plate-forme Deep Water Horizon dans le golfe du Mexique est la hantise des industriels.