vendredi 5 juin 2015

Pourquoi le grand public se moque-t-il de l'environnement ?



C'est peu de dire que comme plusieurs de mes collègues journalistes "green" j'ai été stupéfait par les résultats d'un récent sondage réalisé par la société de conseil en développement durable Greenflex et par l'Ademe. Les chiffres obtenus auprès de 3500 personnes interrogées montrent que les français se sentent de moins en moins concernés par l'écologie. Paradoxalement, il me semble qu'on en parle de plus en plus dans les médias, notamment au travers de la 21ème Conférence mondiale sur le climat qui se déroulera à Paris en décembre prochain.

Malgré cette échéance cruciale, près de 24 % des Français affirment ne pas se sentir intéressés par les problématiques environnementales contre 15% il y a un an. Le nombre de personnes prêtes à consentir des sacrifices dans leur vie de tous les jours pour la protection de l’environnement a lui aussi diminué, passant de 41 à 44,5% l’année dernière, alors même qu'il atteignait 57% en 2010. Qu'il est loin le temps où la très grande majorité des Français pensaient que l'on n'en faisait pas assez pour l'environnement (68%) selon un sondage de 2011 pour France Info et 20 Minutes !

Il faut dire que la crise économique entamée en 2008 continue de frapper de plein fouet les plus pauvres et les classes moyennes, les obligeant à revoir leurs priorités. Evidemment, la crise à bon dos, mais ce n'est pas la seule raison qui a entraîné cette désaffection du grand-public pour l'écologie. Les enjeux écologiques de plus en plus cruciaux méritent qu'on se pose réellement la question. Voici quelques pistes :


Infographie de la société Greenflex


  • Qualité de l'information généraliste : 
Pour certains, le problème ne viendrait pas de "combien on parle de l'écologie", mais de la manière dont on en parle dans les médias de masse. Les journalistes généralistes et les politiciens ont-ils un minimum de bagage scientifique afin d'appréhender une information environnementale de plus en plus technique ?  Il pourrait y avoir un problème d'éducation aux sciences pour ces relayeurs d'informations.

    • Proportion grandissante d'urbains (77% en 2010 selon l'Insee) : 
    Dans un monde de plus en plus urbanisé, avons-nous encore ce lien pourtant vital avec notre environnement ? Ne sommes nous pas trop déconnecté du cycle de la Nature, nous qui ignorons que les tomates françaises vendues en plein cœur de l'hiver sont forcément cultivées "sous lampe", ce qui nécessite beaucoup d'énergie. Le maintien d'un minimum de connaissance de la Nature, ce qui permettrait l'appréhension de sa complexité, est-il compatible avec nos vies urbaines ?

    • Égocentrisme : 
    Changer ses habitudes demande des efforts que l'on réalise d'autant plus facilement que l'on est impacté dans notre quotidien. Or les atteintes à l'environnement affectent rarement directement nos vies, en dehors d'épisodes très localisés, comme les pics de pollution. Il est d'ailleurs intéressant de constater que les régions et les villes les plus concernées par des atteintes à l'environnement, sont souvent celles où le parti EELV a un ancrage fort.


    EELV avait alors obtenu son record à une élection, soit 16% des suffrages exprimés


    •  Opposition du monde économique :
    Il n'a échappé à personne que les attaques les plus virulentes contre l'écologie viennent souvent de groupes de pression disposant d'importants moyens médiatiques, politiques et financiers. La principale raison est simple : la préservation de l'environnement pour tous est rarement compatible avec la préservation des intérêts économiques particuliers. Or, ces groupes de pression divers sont à l'origine d'une grande partie des informations (voire de la désinformation) que nous recevons quotidiennement. La partie visible de cet iceberg étant évidemment les différentes formes de publicité.

    Le nombre de personnes travaillant en France dans des secteurs générant une importante pollution peut également être un frein inconscient à la diffusion de l'écologie. Selon la célèbre phrase de l'écrivain Upton Sinclair : "Il est difficile de faire comprendre quelque chose à un homme lorsque son salaire dépend précisément du fait qu'il ne la comprenne pas." 

    • Information écologique souvent négatives :
    Et parce que pour participer à une évolution, il faut aussi pouvoir évoluer soi-même, l'introspection est nécessaire aux acteurs de l'environnement. Le reproche est valable pour tous les médias sociaux en général, mais il est vrai que l'information écologique souffre d'une absence de positivité qui nuit à sa diffusion. Ne relais t-on pas plus facilement une bonne nouvelle qu'une mauvaise. Et pourtant les bonnes nouvelles écologiques sont nombreuses. Certes évoluer sera difficile, mais qui a dit que changer le monde était facile.