mardi 2 juin 2015

Les pastilles écologiques "Crit'Air" peu utiles contre la pollution automobile



Ce matin, la ministre de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie Ségolène Royale a dévoilé son projet pour lutter contre la pollution automobile dans les villes. En fait de plan, il s'agit d'une incitation aux automobilistes à apposer sur leur pare-brise une pastille "Crit'Air" dont la couleur est définie en fonction de la norme de pollution "Euro" du véhicule. Ces normes correspondant plus ou moins à l'année de fabrication du véhicule, un gros 4x4 récent sera autorisé à rouler lors des pics de pollution alors qu'une smart qui a dix ans devra être remisée au garage. Une aberration écologique. Or le premier peut polluer jusqu'à 5 fois plus que le second.

Selon leur couleur qui va du bleu au gris, ces sept pastilles permettront de :

- Circuler dans les zones de circulation restreinte
- Bénéficier de tarifs de stationnement favorables
- Obtenir des conditions de circulation privilégiées (voies de bus, etc)

Le premier bémol à la mesure vient du refus de la fameuse "écologie punitive" qui a déjà conduit le gouvernement à supprimer l'Ecotaxe poids lourd pour un coût approchant le milliard d'euros. En effet, l'utilisation du dispositif pour limiter la pollution se fera au bon vouloir des maires de chaque ville.



Les gros 4x4 récents autorisés à rouler lors des pics de pollution


L'idée va pourtant plus loin que la décriée "vignette verte" mise en place sous Jospin en 1998, puisque le nombre de pastilles permet une véritable gradation. Mais avait-on réellement besoin de sept couleurs différentes, compliquant d'autant la tâche des forces de l'ordre ? Surtout que ces pastilles écologiques ne seront obligatoires que dans les villes qui l'exigerons (uniquement Paris à ce jour). Autant dire qu'hors de la Capitale, la mesure risque de faire un flop, d'autant que le dispositif en s'appuyant sur la "norme Euro" du véhicule est trop laxiste. Il permet à tous ceux qui ont une voiture suffisamment récente de passer entre les mailles du filet.

Ainsi le propriétaire d'un 4x4 Porsche Cayenne Turbo de 2011 n'aura rien à craindre lors d'un pic de pollution puisque sa pastille verte posée sur son pare-brise lui permettra de rouler en toute quiétude. Pourtant selon les données fournies par les constructeurs, il émet près de trois fois plus de dioxyde de carbone toxique qu'une Renault Clio modèle 2013 qui elle aussi, obtient... une pastille verte. En chiffre, cela représente une émission de 270 grammes de CO2/kilomètre parcouru contre 99 grammes/km selon le site La Revue Automobile

L'erreur du gouvernement, est donc de s'appuyer sur un dispositif de calcul trop permissif qui octroi la norme "Euro" à des véhicules fortement émetteurs de gaz à effet de serre et notamment de dioxyde de carbone. Une norme qu'il faudrait donc faire évoluer car inadaptée à un vrai projet visant à limiter la pollution de l'air.

En l'état le dispositif des pastilles écologiques est donc peu utile, voire contre-productif. Il est également socialement critiquable puisqu'il favorise les plus aisés, qui ont les moyens de posséder une voiture récente alors même que leurs véhicules pollueraient davantage. Au final le dispositif favorise davantage l'achat automobile qu'une réelle limitation de la pollution.


Vers un nécessaire durcissement de la norme Euro




Finalement, le seul point positif de la mesure est que la future norme Euro 6 qui sera obligatoire en septembre prochain durcira les seuils concernant le dioxyde d'azote.

Pour les très décriés véhicules diesel, la norme Euro 6 garantit ainsi des niveaux d'émissions d'oxyde d'azote de 80 milligrammes/km. C'est une vraie avancée par rapport à la norme Euro 5 puisqu'elle est plus basse de 100 mg. On l'a vu, ce n'est pas le cas des valeurs maximales de monoxyde de carbone(CO). Elles n'ont pas évolué depuis la norme Euro 4, mise en place en... 2006.