vendredi 22 mai 2015

Les fausses bonnes idées écologiques



  • Immerger des pneus de voiture en mer pour reconstruire des récifs détruits     


La semaine dernière a vu une initiative assez étonnante qui a consisté pour l’Agence des aires marines protégées à récupérer des milliers de pneus usagés qui avaient été immergés dans les années 80 entre Cannes et Antibes. A l'époque, ces déchets y avaient été jetés car les collectivités ne savaient pas trop où les mettre en l'absence d'une filière de recyclage efficace.

L'"idée" des scientifiques qui s'étaient portés caution du projet était que les amas de pneus reliés par des câbles de métal constitueraient un habitat parfait pour la faune et la flore sous-marine, qui ne devaient pas tarder pas à les coloniser. La réalité, c'est que la greffe n'a jamais pris et que, la corrosion aidant, les câbles de métal ont cédé. Les pneus ont alors commencé à dériver au grès des courants, en écrasant les herbiers sous-marins dont se nourrissent les poissons. C'est encore le cas actuellement.

De fausses bonnes idées comme celle-là, notre pays en produit régulièrement. Elles ont toutes la particularité de déresponsabiliser ceux qui y croient, tout en servant les intérêts de ceux, mieux informés qui voudraient nous faire détourner le regard des problèmes de santé et d'environnement. Voici quelques-uns des meilleurs exemples de greenwashing :


  • Le nucléaire ne limite pas le réchauffement climatique car il émet du carbone                                                         

La première fausse bonne idée écolo peut paraître évidente, mais dans un pays où la production d'électricité est à 80% nucléaire, il est bon de le rappeler. Car l'affirmation que l'énergie nucléaire dangereuse, coûteuse et génératrice de déchets est néanmoins positive car "décarbonnée" est tenace chez ses partisans. Pourtant les 60 000 tonnes de combustible nucléaire nécessaire annuellement pour faire fonctionner les 58 réacteurs français sont obtenus au prix d'un processus d'extraction et de concentration par centrifugation extrêmement énergivore, et donc émetteur de grandes quantités de CO2.

Les chiffres de l'industrie nucléaire tournent autour de la dizaine de grammes de CO2 par kilowatt/heure alors que ceux de plusieurs études indépendantes vont de 50 à plus de 100 grammes/kWh. La différence importante entres ces deux chiffres vient principalement du fait que la coûteuse gestion des déchets radioactifs prévue pour durer des centaines d'années n'est jamais intégrée aux calculs des producteurs d'énergie nucléaire. Quant à l'énergie éolienne, recyclage compris, son empreinte écologique s'établit à environ 15 g de CO2/kWh. Le bilan du solaire est lui, plus élevé d'une dizaine de gramme.


  • L'hydrogène n'est pas une énergie propre


Que n'as-t-on pas entendu sur l'hydrogène ? "Carburant d'avenir, propre, qui ne rejette que de l'eau". La réalité semble tout autre, et les enjeux pour les industriels qui le produisent immenses. Ils ambitionneraient ni plus, ni moins que de remplacer tous les carburants traditionnels, par de l'hydrogène. D'où les quelques omissions qui émanent de leur discours, notamment sur la prétendue absence d'émissions polluantes de ce carburant. En effet, 96 % de l'hydrogène utilisé actuellement, est produit à partir d'hydrocarbures (gaz et pétrole) selon des méthodes qui émettent davantage de CO2 que la production d'essence et de diesel. 

Il est toutefois possible de produire de l'hydrogène (H1) à partir d'eau (H2O) et d'électricité d'origine renouvelable, mais le coût de cette méthode est tel que cette production est réservée aux rares applications industrielles qui nécessitent un très haut degré de pureté. Actuellement le seul intérêt de l'hydrogène pour le transport est donc de permettre aux urbains de mieux respirer en délocalisant la pollution à l'extérieur des villes.


  • Le stockage géologique du CO2 n'est pas la solution miracle à l'effet de serre


La méthode qui consiste à injecter le CO2 que l'on produit dans notre sous-sol, ceci afin qu'il ne se retrouve pas dans l'atmosphère est une initiative dont on parle de plus en plus. Prometteuse pour certains, la solution permettrait de limiter le réchauffement climatique. Toutefois, d'autres spécialistes estiment à contrario que les émissions supplémentaires de polluants générées pour capter, compresser, transporter, et enfin injecter le COsous forme de gaz liquide réduiraient d'un tiers les bénéfices écologiques de la méthode.

Le coût de cette dernière est également en cause. Selon l'Ademe : la technique serait "coûteuse et énergivore". Pour l'agence de l'énergie française, elle ne doit donc pas supplanter les leviers efficaces que sont la réduction de la consommation énergétique et le développement des énergies renouvelables. Or, c'est bien ce détournement des financements green au détriment des premiers cités qui est reproché au stockage géologique.

Le troisième point d'achoppement entre ceux qui y sont favorables (professionnels du forage) et ceux qui y sont défavorables (ONG écologistes) touche à la sécurité du stockage. En effet, le COest un gaz hautement toxique en cas de fuite puisqu'il suffit qu'il représente 10% de l'air respiré pour provoquer la mort par asphyxie en moins de dix minutes. Les sites choisis pour le stockage géologique devraient ainsi être situés loin des lieux de production et nécessiter un transport par camion-citerne.

Pour finir, la séquestration géologique du CO2 ne concernerait que les très gros émetteurs tels que les aciéries, les cimenteries ou les centrales thermiques. Compte tenu du coût élevé, il serait inenvisageable de capter les émissions des plus émetteurs plus petits. C'est aussi le cas pour le chauffage centrale des bâtiments, ou pour les transports individuels et collectifs.

  • Le compost issu des stations de recyclage TMB est inutilisable pour l'agriculture
L'une des nouvelles pistes des industriels pour faciliter le recyclage de nos montagnes de déchets est celle de construire des équipements qui trieraient nos poubelles à notre place. Ils sont communément appelés TMB (Tri Mécano Biologique). Sous ce vocable dévoyé, -que les industriels n'emploient plus pour désigner leurs installations- se cache l'idée que des machines automatisées (et quelques opérateurs de tri) pourraient réaliser un tri suffisamment efficient de nos poubelles (non triées) pour qu'en sortie de processus, la mise en décharge ou l'incinération soit minime. Certaines installations se vantent même d'en extraire les déchets organiques, pour la réalisation d'un compost "utilisable en agriculture". 

Or, il n'en est rien concernant cette dernière information puisque l'immense majorité de la matière compostée produite est polluées par des petits bout de plastiques ou de métaux qui n'ont pas été détecté par les procédés ultra-modernes mis en oeuvre. Actuellement, évoquer la production de compost issu des usine TMB à tout du greenwashing puisqu'il donne une image green à ces usines, alors même que les agriculteurs ne peuvent pas les épandre sur leurs champs en raison d'un niveau de pollution rendant leur utilisation interdite. La matière produite est généralement utilisée en remblais pour la construction ou enfouie en décharge.  

Ces installations de TMB sont souvent critiquées par les associations spécialistes du recyclage telle que Zéro Waste... mais aussi par l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) qui leurs refuse ses subventions s'ils comportent un volet "retour au sol de composts ou de digestats".