jeudi 12 mars 2015

Compte-rendu 31ème colloque Valeurs vertes




Le magazine Valeurs vertes bien connu des spécialistes de l'environnement organisait hier un colloque qui se tient deux fois par an dans une salle prêtée par le Sénat. Les sujets de cette session tournaient autour de "Nourrir la planète: La biodiversité garante de la sécurité alimentaire" et était placée sous le patronage d'Alain Berger, commissaire du pavillon français pour la future Exposition universelle de Milan dont les thèmes sont "Nourrir la planète, énergie pour la vie"

La teneur des débats a globalement été de bon niveau avec des intervenants reconnus dans leur domaine. Des universitaires, des patrons d'entreprises, des responsables d'ONG, du secteur public et même du géant BASF constituaient le corpus des intervenants durant la matinée de débats à laquelle j'ai eu le privilège d'assister. Le ton était cordial même lorsque les arguments des uns répondaient aux arguments des autres, ce qui est souhaitable quand on connait l'importance des enjeux débattus. La première des deux tables rondes abordait la Biodiversité garante de la sécurité alimentaire, tandis que la deuxième s'intéressait aux liens entre alimentation et environnement du point de vue de l'innovation. Elles étaient donc complémentaires.


 La Nature a besoin d'un temps long


On retiendra entre autre que 30% de la production alimentaire mondiale n'est pas consommée à cause du gaspillage selon le Commissaire du pavillon français de l'Exposition universelle de Milan, Alain Berger. Mais aussi qu'une gouvernance géostratégique est souhaitable car chaque territoire doit être optimisé selon ses capacités agricoles.

 Les solutions pour une meilleure préservation de la ressource existent pour le scientifique Bernard Chevassus-au-Louis mais le court terme est encore trop souvent privilégié par les politiciens alors que la Nature a besoin d'un temps plus long. Le coût serait pourtant moindre en ayant recours à l'action de la Nature. Il évoque alors l'exemple de systèmes hydriques prenant la forme de marécages pour remplacer certaines stations d'épuration. 

Pour Dominique Arrouays, président de l'association française pour l'Etude des sols, la préservation des sols est une priorité depuis qu'on sait que 20% des sols français sont menacés par l'érosion ou que les chinois jettent 10% de leurs récoltes de riz à cause d'une pollution des sols aux métaux lourds.

Michel Hignette, le directeur de l'Aquarium de la Porte dorée à Paris est lui intervenu pour rappeler la nécessité d'une réglementation au-delà des 200 miles nautiques qu'il évoque comme une véritable zone de non-droit "où l'on peut faire n'importe quoi". Et de rappeler qu'un milliard de personne n'ont de protéine animale qu'au travers des fruits de la mer.


Un agro-chimiste de mauvaise fois


Jean-Marc Petat, directeur du développement durable chez BASF a devancé les critiques vis à vis de son employeur en précisant qu'une étude (Agrican) avait conclue au nombre plus faible de cancers chez les agriculteurs que dans le reste de la population. Il s'est pourtant bien gardé de préciser que ces chiffres ne tenaient pas compte du biais dans le panel des agriculteurs, causé par une activité physique plus régulière, une alimentation moins transformée et un pourcentage de fumeurs moindre par rapport au reste de la population.

A quand une étude sur la santé des agriculteurs qui ferait le distinguo entre bio et conventionnel, pour enfin connaitre les effets des recours aux pesticides dans cette population spécifique ?

Dans la deuxième table ronde consacrée à l'innovation dans les domaines de l'alimentation et de l'environnement, on évoquera pèle-mêle la possibilité des insectes comme source de protéines en Occident ou la luzerne déshydratée pour sauver les malnutris des pays pauvres. Deux solutions qui semblent promises à un bel avenir.


Une ONG en accord avec le projet agro-écologique du gouvernement


La clôture de la matinée reviendra à Jean-Claude Bévillard, responsable du réseau agriculture à France Nature Environnement. Il reprend notamment le responsable de BASF sur certains de ces arguments et déclare que le projet agro-écologique du gouvernement tel qu'il est actuellement rédigé convient à FNE.

En revanche, il regrette qu'il y ait eu ces dernières années un délaissement de l'agronomie au bénéfice de la chimie car selon lui, "même à l'Inra il manque des agronomes, mais pas de chimistes".

Il termine en disant qu' "il faudrait que l'agriculture soit au service d'un projet social et pas le contraire". Des paroles pleines de bon sens !