mercredi 4 février 2015

La voiture électrique et la pollution de l'air


Une somme sonnante et trébuchante de 10 000 euros offerte aux possesseurs d'un véhicule diesel qui s'en sépareront pour une voiture électrique. Une vignette verte, sérigraphiée avec plus ou moins d'étoiles selon la pollution émise par un véhicule. Et un crédit d’impôt s'élevant à 30% du prix total pour les particuliers qui souhaiteraient s'équiper d'une borne de recharge électrique.

Voici donc les principales réponses du gouvernement aux épisodes nationaux de pollution du mois de novembre dernier et à la récente étude scientifique qui concluait que lors du pic de pollution du 12 décembre 2013, se trouver à Paris revenait à évoluer en compagnie de huit fumeurs dans une pièce de 20 m2.

Devant ces chiffres, on comprend mieux la persistance des maladies respiratoires dénoncées par les médecins et par les instituts de veille sanitaire. Selon une étude de la Commission européenne datant de 2005, la pollution de l'air serait responsable en France de 42.000 morts chaque année. Selon une autre étude non publiée du Ministère de l'environnement, elle coûterait annuellement entre 20 et 30 milliards d'euros à la sécurité sociale. A cela, s'ajoute le fait que l'Europe est actuellement en procès contre la France pour plusieurs non respect des seuils autorisés de particules fines.

Autant dire que les mesures du gouvernement étaient très attendues. En les analysant, on s'aperçoit qu'elles ne concernent pas directement la pollution de l'air mais sont entièrement tournées vers le développement de la voiture électrique.


Le gouvernement au chevet de la voiture électrique


La première chose qui saute aux yeux c'est que la taxation du diesel n'est même pas évoquée. Pourtant les mesures prises seront moins efficace du point de vue sanitaire et sans doute plus coûteuses aux contribuables qu'une taxation du diesel au même taux que l'essence. En revanche, l'incitation financière à l'achat de voitures électriques pour l'abandon d'un diesel (10 000 euros) va permettre d'augmenter les ventes de ces voitures qui ne dépassent pas 1% du total des immatriculations, et ce malgré les investissements considérables, notamment du groupe Renault-Nissan. Cette incitation complète le dispositif qui offrait déjà la somme de 6 300 euros aux acquéreurs d'une voiture électrique sans condition de remplacement.

Concernant la mise en place d'une vignette verte avec plus ou moins d'étoiles, on peut se questionner sur la lisibilité de l'information, notamment pour les forces de l'ordre. Un code couleur allant du vert au rouge ne serait-il pas plus simple ?

D'autres mesures moins médiatiques ont été décidées par le gouvernement. Parmi elles, il y a la signalisation des aires de rechargement par des panneaux spécifiques, ou bien la circulation des véhicules propres autorisée sur les voies de bus, ainsi que le stationnement résidentiel gratuit. A noter que ces deux dernières mesures devront obtenir l'aval des collectivités. En tout cas, c'est déjà le cas de la maire de Paris, Anne Hidalgo puisque ces mesures faisaient partie de son projet pour limiter la pollution dans la Capitale présenté la semaine dernière.


Paris s'attaque enfin à la pollution de l'air


Paris est la ville de France la plus touchée par les pics de pollution. Pourtant, seules des mesures cosmétiques ont jusqu'à présent été prises par les différentes municipalités qui s'y sont succèdées. Il s'agissait davantage de limiter l'ampleur des pics de pollution que de les éviter. Ainsi en cas de forte pollution, le stationnement résidentiel devenait gratuit. En effet, les pouvoirs publics espéraient que cela favoriserait la prise des transports publics par les automobilistes.

L'autre mesure phare est la circulation des voitures ayant un numéro de plaque d'immatriculation pair ou impair selon le jour. Cette dernière mesure, pourtant efficace est extrêmement rare car les préfets s'y opposent régulièrement, privilégiant la limitation des activités physiques notamment dans les écoles en attendant que la situation ne s'améliore grâce à la météo. 

Il est vrai que le vent à la particularité de disperser les particules fines et que la pluie possède celle de les fixer au sol. Pourtant en l'absence de ces deux éléments durant plusieurs jours, Paris devient systématiquement irrespirable, et ce quel que soit la saison. Preuve s'il en faut que le chauffage au fioul ou au gaz représente une part minime de la pollution présente dans l'air de la Capitale. 

On s'en doute, les mesures souhaitées par la ville de Paris, et qui seront débattue aux conseils municipaux des 9 et 10 février prochain sont beaucoup plus ambitieuses que celles du gouvernement. Ainsi Anne Hidalgo souhaite mettre en œuvre les premières restrictions basées sur les normes de pollution "Euro" dès juillet prochain. Celles-ci toucheront les poids lourds, bus et autocar présentant une seule étoile (véhicules antérieurs à octobre 2001) avec une interdiction de circulation tous les jours de 8h jusqu'à 20h. 

Les particuliers ne devraient pas être concernés avant juillet 2016, date à laquelle les véhicules possédant une seule étoile (d'avant 1997) seront interdits. Les véhicules concernés (deux roues compris) pourront toutefois continuer à circuler le week-end. A partir de 2017, les véhicules des autres classes seront progressivement interdits. Ce calendrier futur reste néanmoins à préciser.

Les différentes classes des véhicules en fonction des normes de pollution "Euro"