mardi 9 décembre 2014

Pourquoi Paris veut bannir les voitures diesels en 2020 ?



Anne Hidalgo récemment élue maire de Paris le sait. Sa volonté de bannir les voitures diesels de la capitale se heurtera à une fantastique levée de boucliers qui pourrait bien tuer l'initiative dans l’œuf. La réussite de l'objectif qu'elle a annoncé dimanche dans un entretien au JDD nécessitera une détermination à la hauteur des enjeux sanitaires et économiques colossaux.

En effet, les maladies associées aux liés aux particules fines émises par les véhicules diesels sont légions : allergies, asthme, tumeurs, complications pulmonaires et maladies cardiovasculaires  représenteraient un coût pour la sécurité sociale estimé entre 20 à 30 milliards d'euros par une étude jamais publiée du Ministère de l'environnement.

Ce n'est pas tout car des centaines de millions d'euros d'amendes sont exigées par l'Europe à plusieurs villes françaises -dont Paris- pour plusieurs non respect des seuils maximum de particules fines dans l'air. Il y a deux semaines une étude concluait que lors du pic de pollution du 13 décembre 2013, résider ou travailler à Paris équivalait à se trouver avec 8 fumeurs dans une pièce de 20 m2.

Malgré ces évidences, le projet de la municipalité PS de Paris demandera un courage politique hors-norme pour aboutir à des mesures un tant soit peu efficaces. Car avec un ratio de 8 voitures diesels sur 10 vendues, la France est de loin le pays le plus diéséliste au monde et il faudrait une véritable révolution pour que cela change. Car à l'urgence sanitaire et économique, répond un autre discours social et économique qui a la force du nombre et les moyens de l'argent.

On entend fréquemment les arguments économiques des constructeurs français, qui se sont plus que tout autre spécialisés dans le diesel. On entend aussi souvent "les classes les plus défavorisés seront les premières concernés, elles qui ne peuvent pas si facilement changer de voiture". De fait, défavorisées, elles le seront de plus en plus à cause du coût autrement plus prohibitif des soins médicaux qui augmentera encore si rien ne change dans les grandes villes. Et puis le surcoût de l'achat d'un diesel par rapport à une essence ne se justifie que pour les gros rouleurs, et encore, grâce à des avantages fiscaux de plus en plus discutés.


Le diesel et la France, une histoire d'avantages fiscaux


Le qualité de l'air, médiocre de plusieurs villes françaises en incombe surtout aux gouvernements successifs, qui ne sont jamais revenu sur la baisse de taxe sur le diesel voulue en 1980 par Valéry Giscard d'Estaing. Une mesure qui à l'époque était conçu pour favoriser tous ceux qui utilisaient déjà un véhicule diesel, notamment pour leur activité professionnelle. En effet, les diesels sont puissants à bas régime (engins de force ou de transport) et consomment légèrement moins de carburant que les voitures à essences, plus abordable. Les voitures diesels avaient donc la faveur des professionnels qui les voyaient comme un outil de travail, qui s'ils nécessitaient un investissement plus important, pouvait se rentabiliser en roulant beaucoup.

Le problème c'est que sans discernement entre professionnel et particulier au prix à la pompe, la mesure à eu un tel succès que les seconds ont peu à peu opté pour des voitures diesels. Ceci alors même que le surcoût à l'achat d'un diesel comme voiture particulière ne se justifie que pour les gros rouleurs.

C'est ainsi que le pourcentage de voitures diesel à plus que doublé en quelques années au détriment de millions de citadins. Une étude de la Commission européenne, datant de 2005, avançait que la pollution de l'air était responsable chaque année de 42.000 morts prématurés rien qu'en France. Combien sont à attribuer au diesel ?


L'Etat soutiendra-t-il Paris contre le diesel ?


Jusqu'à présent aucun gouvernement français n'avait pu s'attaquer au diesel dont le caractère cancérogène des particules fines émises fait pourtant consensus parmi les scientifiques depuis les années 2000. Pourtant les choses bougent depuis que la très frileuse Organisation Mondiale de la Santé a reconnu les particules fines issu des diesels comme "cancérogènes certains". A chaque nouveau pic de pollution, les langues se délient. Les municipalités et l'Etat évoquent de plus en plus distinctement le problème du diesel. Manuel Valls déclarait même à l’occasion de la dernière Conférence environnementale : " Le moteur diesel longtemps privilégié, cela a été une erreur".

Pourtant c'est toujours le cas et les mesures se font attendre dans notre pays qui demeure un marché stratégique pour les constructeurs de voitures diesels. La faute à une fiscalité paradoxalement plus faible sur le diesel que sur l'essence. En effet, le litre de gazole est moins taxé d'environ 20 centimes que celui de l'essence. Mais ce n'est pas son seul avantage fiscal. Depuis 2007 et le Grenelle de l'environnement, le système du "bonus/malus" à l'achat neuf, qui se base sur les émissions de COfavorise les diesels. En effet, à puissance égale, ils rejettent un peu moins de dioxyde de carbone que les voitures essences qui seront donc plus fortement taxées. Ce CO2 qui, s'il accentue l'effet de serre, est en revanche moins nocif pour notre santé que les fameuses particules fines.


Les diesels responsables de 90% des particules fines émises à Paris


Pas moins de deux avantages fiscaux pour le diesel et des pics de pollution médiatiques qui se multiplient, il fallait agir pour la très touristique ville de Paris. Le bannissement des diesels en 2020 peut paraître radical mais c'est la méthode choisie par Athènes, Milan ou Tokyo, et peut-être bientôt par Londres et Paris ? 

Et même si les nombreux camions de livraison tous diesels qui desservent Paris chaque jours seront sans doute exemptés du projet qui sera discuté au conseil municipal en février prochain, le pourcentage de voitures particulières diesels en circulation dans la capitale dépasse les 75% et constitue une source de pollution majeure.

Contrairement au message que les constructeurs de diesels voudraient faire passer, le chauffage au fuel, les usines franciliennes et même les autres véhicules sont des responsables mineurs de la pollution aux particules fines de la capitale. En effet, les diesels produiraient 90% des particules fines émises à Paris selon une étude de 2011 de l'institut régional AirParif

Mais ce n'est pas tout car à ces particules fines nocives, s'ajoute le dioxyde d'azote (NO2), un gaz toxique dont l'Europe commence à encadrer les rejets au travers de la dernière norme Euro 6 entrée en vigueur en septembre dernier. Ce gaz qui est responsable entre autre de complications pulmonaires et augmente l'acidité des pluies est peu présent dans les émissions des véhicules à essence contrairement à celles des diesels.

Outre la réduction de ces deux polluants dans l'air, la diminution progressive du nombre de voitures diesel en circulation à Paris présenterait un dernier avantage auquel on ne pense pas souvent, celui d'espacer les coûteux ravalement de façade des bâtiment publiques et privés.


Bref récapitulatif:

Diesel
Avantages: émet moins de CO2, carburant moins cher, consomme moins
Inconvénients: émet davantage de particules fines et de NO2, plus cher à l'achat  

Essence
Avantages: émet moins de particules fines et de NO2, moins cher à l'achat
Inconvénients: carburant plus cher, consomme plus, émet plus de CO2,


Pour aller plus loin : 
Paris commence à bannir les bus diesels
L'influence des voitures diesels sur la pollution de l'air