samedi 20 décembre 2014

Les mangroves écosystème fragile et indispensable


ïlot de palétuviers, principal végétal composant les mangroves



Injustement mal-aimées et pourtant en grand danger, les mangroves sont proportionnellement à leur étendue, beaucoup plus utiles à la biodiversité que nos vénérées forêts. C'est en substance le message que tente de distiller les scientifiques spécialistes des mangroves alors que la récente catastrophe pétrolière dans la région des Sundarbans au Bangladesh se déroule dans l'indifférence quasi générale. Un message difficile à faire passer donc, tant ce milieu entre terre et mer reste mystérieux et difficilement accessible. 
La fonction la plus connue de la mangrove est de permettre la reproduction de nombreuses espèces animales. C'est loin d'être la seule.

Les mangroves préservent l'érosion des côtes en cassant la houle venue du large. Elles réduisent les effets des tempêtes, des cyclones ou encore des tsunamis en offrant en opposition un véritable mur végétal lorsqu'elles sont suffisamment denses. Elles limitent aussi l'érosion des plateaux en freinant le ravinement de leur terre vers la mer. Ce faisant, elles luttent contre l'envasement des côtes, nocif à la vie marine. Enfin, à surface égale, elles stockent deux fois plus de dioxyde de carbone (CO2) que les forêts.

Les racines des palétuviers protègent les petits poissons de leurs prédateurs


Les mangroves, un lieu de reproduction majeur pour la faune


Dans les mangroves, tandis que les oiseaux marins construisent leur nid dans les feuillages des palétuviers, les crabes et les jeunes poissons grandissent à l'abri de leurs racines jusqu'à ce qu'ils soient assez fort pour rejoindre les récifs coralliens. Toutes ces espèces profitent de la relative inaccessibilité qu’offre ce milieu situé entre terre et mer. C'est aussi le cas des crocodiles ou des tigres de mangrove, à l'origine de la mauvaise image véhiculée par cet habitat naturel dans de nombreux pays d'Asie. Pourtant, si tous les résidents des mangroves ne sont pas inoffensifs, tous sont utiles à la biodiversité. La vie dans une mangrove est ainsi plus dense et variée que celle d'une forêt.

Evidemment, il ne s'agit pas de privilégier la préservation de tel ou tel type de végétation au détriment d'une autre. Elles ont des rôles différents et sont souvent complémentaires à l'épanouissement de la vie. En revanche, il est grand temps de faire évoluer notre perception des mangroves compte tenu de leur rôle majeur, lequel est proportionnel au grand danger qui les guettent.


Envasement d'une mangrove


Un quart des mangroves ont disparu depuis 1980


Un document de synthèse du Conservatoire du littoral et de l'Initiative française pour les récifs coralliens (Ifrecor) a établi que depuis 1980, des surfaces équivalentes à 1/4 des mangroves présentent sur Terre ont disparu. Afin de disposer d'éléments d'analyse toujours plus précis pour comprendre le fonctionnement des mangroves, un projet innovant d'observation satellitaire du couvert végétal de celles de Guyane (70% des mangroves françaises) et de leurs proches massifs coralliens est actuellement en cours.

En effet ces deux écosystèmes sont intimement liés. Car tout comme les coraux qui les protègent de la houle et qu'en retour, elles préservent de l'envasement, les mangroves sont menacées par l'acidification des océans. Cette acidification essentiellement due aux quantités croissantes de CO2 émises depuis la révolution industrielle. Mais ce n'est pas leur seul péril.


La mangrove au deuxième plan freine l'érosion des plateaux et des montagnes proches


Les mangroves victimes de l'érosion des sols


La montée des eaux et la pollution de l'eau à proximité de certaines côtes provoquent un recul des mangroves. Ces deux éléments liés à une forte pression anthropique influent sur la reproduction des espèces marines qui (dé)peuplent la mangrove. Ce n'est pas tout, puisque dans cet écosystème où tout est lié, l'artificialisation des plateaux proche des côtes dû à l'agriculture intensive et au développement de l'habitat provoque un envasement qui étouffe les racines des palétuviers. L'aquaculture et l'extension des infrastructures maritimes n'est donc que la partie immergée des dangers qui menacent les mangroves. L'Homme a donc un rôle majeur à jouer dans la lutte pour leur préservation.

Reste à comprendre d'où vient ce désamour pour les mangroves. Selon les biologistes de ce milieu, il pourrait être lié à leur relative inaccessibilité, propice à toutes les fables, mais aussi à la quantité d'espèces désagréables (moustiques) ou prédatrices (tigres, crocodiles) qu'elles abritent. Car de ce point de vue, leur capacité à accueillir une large biodiversité est réellement impressionnante.

Souvent déconsidérées par la population métropolitaine, mais aussi locale de nos régions d'Outre-mer, notre pays est pourtant l'état européen qui présente le plus de surface de mangroves. Il se place néanmoins après les champions que sont l'Indonésie, l'Australie, le Brésil, le Nigéria et le Mexique. Mais les "forêts du littoral" français abritent tout de même près de la moitié des espèces évoluant dans les mangroves du monde.


La mangrove :

  • Offre un habitat et un lieu de reproduction à de nombreuses espèces
  • Préserve les côtes en cassant la houle
  • Limites les effets des phénomènes naturels violents
  • Limite l'érosion des plateaux 
  • Limite l'envasement des massifs coralliens
  • Stocke deux fois plus de COque la forêt

Pour aller plus loin, découvrez le projet privé de préservation des mangroves Livelihoods