mardi 2 décembre 2014

Trente ans après le drame de l'usine de Bhopal

Usine Union Carbide de Bhopal en 2008  (L.Frediani)

Cela fait trente ans que les riverains de l'usine de pesticides souffrent de maux liés à la pire catastrophe écologique de l'histoire hors nucléaire. Le résumé du drame laisse sans voix : dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984, un conduit de l'usine de pesticides de Bhopal en Inde explose et libère 42 tonnes de vapeur de pesticide dans l'air. Un demi-million de personnes seront directement touchées par des émanations qui couvriront 25 km2.

Pas moins de 8000 personnes décèdent dans les jours qui suivent le drame. Combien depuis ? Aujourd'hui encore l'eau des nappes phréatiques de la zone est impropre à la consommation sur plusieurs dizaines de kilomètres autour des ruines de l'usine. Il n'y a d'ailleurs pas eu de tentatives de dépollution de la zone et les montagnes de déchets contaminés antérieurs à la catastrophe qui avaient été entreposées dans les marécages proches sont toujours là pour en attester.

Le résultat, c'est qu'à Bhopal, plusieurs descendants des survivants du drame ont développé des handicaps lourds et des maladies mortelles qui les tuent à petit feu. On ne compte plus les enfants morts-nées, ceux victimes de malformations, de troubles respiratoires, de cécité précoce ou de tumeurs cancéreuses.


Des composés chimiques qui ne se dégradent pas


Le responsable de l'usine, Union Carbide, devenu Dow Chemical se dégage de toutes responsabilités depuis qu'il a réglé la somme de 450 millions d'euros suite à un procès retentissant. Dans les faits, un peu moins de 600 000 victimes ont reçu en moyenne 400 euros, trop vite dépensé en frais médicaux, et sont restés sur place en attente d'un prochain versement qui n'est jamais venu.

Le reste, soit 210 millions d'euros ont notamment été utilisés pour aider à l'installation d'une économie médicale florissante autour du site contaminé. Aujourd'hui plusieurs ONG pensent qu'il faudrait évacuer définitivement la zone car certains composants toxiques des pesticides comme les fameux organochlorés mettent des centaines d'années à disparaître. Quant aux métaux lourds présent dans les nappes phréatiques à des taux dix fois supérieurs aux normes, ils ne se dégradent tout simplement pas.

En cette année du trentenaire du drame plusieurs manifestations et des gréves de la faim suivies ont abouti à ce que le gouvernement installe plusieurs points de raccordement d'eau potable et annonce qu'il versera une aide financière élargie aux enfants des rescapés qui portent les séquelles de la catastrophe. Les victimes espèrent que le gouvernement tiendra promesse une fois que les médias occidentaux auront quitté Bhopal.

Pour en savoir plus sur les causes et les suites de la catastrophe de Bhopal