mercredi 17 décembre 2014

Ce bruit qui nous casse les oreilles




Le premier effet d'un bruit excessif est de faire monter la pression sanguine de celui qui le perçoit. Ce stress répété plusieurs fois dans une même journée influe sur l'humeur et la santé d'une personne, mais aussi sur la concentration et la productivité d'un salarié qui évolue dans un environnement bruyant. Car pour être entendu, une personne doit parler 15 décibels plus fort que le niveau ambiant. Le bruit est donc lui même générateur de bruit.

Ce problème du bruit a jusqu'à présent été peu traité puisque dans un sondage Ifop datant d'octobre dernier, pas moins de 82% des français se disent "préoccupés par les nuisances sonores". Les sondés estiment que les deux sources de bruits majeures sont le voisinage (38%) et la circulation routière (37%).

L'autre enseignement de ce sondage est que les nuisances sonores qui provoquent une gêne pour les français lorsqu'ils sont à leur domicile ont surtout lieu de jour (48%), et deux fois moins souvent durant la nuit (24%). Les autres sondés estiment que l'heure de la journée n'avait pas d'influence sur ces bruits gênants. Pour finir, l'Ifop a cherché à connaitre l'antériorité de ces nuisances et à constaté que l’ancienneté de la gêne n’a pas d’influence sur l’intensité de la contrariété. Autrement dit, on ne s'habituerait pas au bruit.


Une faible prise en compte du bruit par l'Etat


Le bruit est devenu l'une des priorité du 3ème Plan national santé environnement qui s'étalera jusqu'en 2020. Cette prise en compte récente doit beaucoup à la mise en demeure émise par la Comission européenne contre la France en mai 2013. Les deux principales réclamations de la réglementation européenne sont l'établissement de cartes d'exposition aux bruits et l'adoption de plans d'action de réduction. Car s'il est invisible, les dangers du bruits sont bien présents.

L'Anses française et l'Organisation Mondiale de la Santé se rejoignent pour dire qu'une exposition prolongée au bruit provoque fatigue, stress, anxiété, troubles de l’attention, insomnies, hypertension et troubles cardiovasculaires. Gilles Pargneaux, rapporteur au nom de la commission des transports et du tourisme au Parlement européen estime même que 2% des crises cardiaques en Europe étaient dues à un niveau sonore excessif. Selon lui, le bruit du transport ferroviaire et routier est à l'origine de 200 000 cas de maladies cardio-vasculaires chaque année.

La faute à la recrudescence du bruit dans nos sociétés modernes. Motos, klaxons, voitures, métros, trains, avions, chantiers, voisinage. Le bruit est partout. Il est difficilement quantifiable et les mesures pour s'en prémunir se bornent à des conseils de bon usage et de savoir vivre. Il est vrai que certains bruits, notamment de voisinage peuvent être réduit par un peu de bon sens.

Mais d'autres bruits comme ceux de chantier peuvent surtout être diminués par l'innovation, en concevant par exemple des outils qui réduisent les bruits. C'est le cas du représentant de Saint-Gobain (en costume marron sur la photo) qui a reçu un Décibel d'argent la semaine dernière pour la fabrication d'un disque de découpe pour disqueuse qui diminuerait de 15 décibels le bruit émis.


Remises des prix des Décibels d'or 2014 (catégorie objets)

Les véhicules surpuissants et leurs dérogations pour émettre du bruit


On évoque souvent et à juste titre le bruit au travail afin de protéger les ouvriers qui évoluent sur un chantier ou dans une usine. Une multitude de lois existent pour encadrer strictement le seuil à ne pas dépasser, mais aussi la durée d'expositions et les protections à adopter. Pourtant la production de bruit hors de ce cadre professionnel est bien moins encadré. L'exemple de la circulation routière est explicite. Selon une étude parue il y a quelques années, une moto bruyante qui traverse Paris de nuit, sans respecter les limitations de vitesse pourrait réveiller 250 000 personnes. Le cas des deux roues est symptomatique car ils semblent cristalliser les tensions.

Prenons l'exemple des motos dont la puissance sonore dépasserait largement le seuil de 80 dB au-delà duquel le bruit émis est un danger qui augmente avec le temps d'exposition. C'est souvent le cas des rutilantes Harley Davidson américaines ou des hyper-sportives japonaises et italiennes. Ces motos produisent un niveau sonore dangereux pour les riverains d'axes routiers et pour les professionnels de la route.

Selon de nombreux motards, ce bruit intense notamment en phase d'accélération et à pleine vitesse leur permet d'améliorer leur sécurité en signalant leur présence aux autres usagers de la route. C'est souvent vrai, pourtant il suffit que l'automobiliste écoute de la musique ou soit au téléphone pour que son attention soit détournée des bruits environnants. Le motard pourrait alors se croire entendu, alors qu'il ne l'est pas. Et pour se signaler aux automobilistes, tous les motards ont déjà l'obligation d'allumer leur feux de croisement durant la journée.

Contrôle du bruit d'une moto au sonomètre

D'autres accessoires conçus pour "débrider" les motos tels que les pots d'échappement libres ou "full power" sont installés illégalement par des motards peu respectueux de la loi. En phase d'accélération ou à pleine vitesse, ces motos débridées émettent fréquemment plus de 100 décibels. Pourtant le code de la route fixe bien à "plus ou moins" 80 dB le volume sonore maximal pour un régime moteur indiqué sur la carte grise. Mais étonnamment, tout comme pour les voitures hyper-sportives, il y a des passe-droits pour le volume sonore des motos puissantes.

La Ducati 899 Panigale est par exemple homologuée avec une mention sur sa carte grise à 107 décibels au régime de 5 000 tours/minute. A noter que le niveau sonore maximal autorisé sur circuit par la Fédération Française de Moto est de 102 dB, et que comme toutes les "hyper-sportives", d'origine cette moto peut atteindre les 10 000 tr/mn, donc produire encore plus de bruit à haut régime. L'administration est également bienveillante avec les Harley-Davidson et autre customs dont certains modèles sont homologués à 97 décibels.

Pour faire respecter les niveaux sonores inscris sur la carte grise d'un véhicule, des contrôles (rares) sont organisé par les forces de l'ordre avec sonomètre et compte tour. Ces derniers ont même la possibilité de verbaliser un motard ou un automobiliste trop bruyant à partir de leur seule appréciation (encore plus rare).  A noter que l’échappement doit toujours être homologué, porter le sigle CE et un numéro d’homologation. Mis à part les exceptions pour les motos les plus puissantes, le bruit dégagé ne doit pas dépasser :
  • 75 décibels jusqu’à 80 cm3 
  • 79 décibels jusqu’à 175 cm3 
  • 80 décibels au-delà de 175 cm3 
En cas de bruit excessif, les amendes sont de 68 € et n’entraînent aucun retrait de point. Il y a en revanche l'obligation de représenter le véhicule pour un nouveau contrôle quelques jours plus tard.



Bon à savoir (volume moyen) :

Ambulance : 112 dB
Marteau-piqueur : 110 dB
Concert : 105 dB
Klaxon : 90 dB
Moto : 90 dB
Cantine : 80 dB
Voiture : 70 dB
Aspirateur : 70 dB
Marché : 65 dB
Nature : 45 dB