dimanche 20 avril 2014

La pêche et l'agriculture antillaises contaminées par le chlordécone





Le chlordécone est un insecticide utilisé dans les bananeraies des Antilles pour éliminer le charançon de la banane entre 1973 et 1993. Toxique pour l’Homme, des traces de chlordécone se retrouvent dans l’alimentation en provenance des grandes zones de culture de la banane aux Antilles.

Afin de connaitre ses effets sur l’organisme, une étude de l’Inserm baptisée « Ti-moun » a été conduite en Guadeloupe à partir de 2008 sur des milliers de mères et sur leurs bébés. Elle a ainsi établi une corrélation entre le taux de chlordécone dans le sang de la mère et des retards de développement psychomoteurs chez le bébé. L’étude a également conclu à une incidence entre ce taux de chlordécone et l'augmentation du nombre de naissances prématurées. Enfin, une autre étude antérieure, « Karuprostate » elle aussi de l’Inserm établissait quant-à-elle un lien entre le cancer de la prostate et l’exposition au chlordécone.

L’affaire du chlordécone cristallise les tensions aux Antilles car il est reproché à l’Etat d’avoir volontairement fermé les yeux sur le problème sanitaire face à la pression des planteurs. En effet, la dangerosité du chlordécone pour l’homme avait été signalée dès 1977 par plusieurs études françaises (Snégaroff, Kermarec). Pourtant le Ministère de l’agriculture ne l’interdira qu’en 1990 et, accordera même une dérogation de trois ans supplémentaires aux agriculteurs Antillais.

Les fruits et légumes hors-sol sont épargnés


Ségolène Royal devant des ignames et des madères (Gpe)
Des traces de chlordécone se retrouvent dans les zones de culture de la banane où il contamine les "racines" (patate douce, igname, madère…) très consommées aux Antilles et dans une moindre mesure, tous les autres légumes en contact direct avec le sol. Car c'est dans la terre que la molécule de Chlordécone se fixe. De nombreux légumes cultivés dans les zones touchées par la contamination ont ainsi été interdit de commercialisation. Des traces de chlordécone se retrouvent même dans la viande d'herbivores qui avalent un peu de terre lorsqu'ils broutent de l'herbe.

En revanche, la molécule épargne tous les fruits et légumes qui ne poussent pas au sol. Le chlordécone a surtout la particularité d’être très persistant et de mettre des centaines d’années avant de disparaître complètement. A cause du ravinement de l’eau de pluie, ces molécules ont progressivement migré vers les points d’eau, vers les rivières et jusque dans la vase des côtes et des mangroves. La commercialisation des produits de la mer a donc été interdite dans plusieurs communes.

Interdiction de la pêche sur certaines côtes de Guadeloupe et de Martinique


Source "Le Marin"

Ainsi en Guadeloupe, il est formellement interdit de pêcher ou de récolter des coquillages entre les zones de production bananière qui s'étendent entre les communes de Goyave et de Basse-Terre (500 premiers mètres de côte). Une zone de vigilance périphérique pour la pêche a également été décidée entre Basse-Terre et Bouillante. Elle interdit seulement certaines espèces fortement touchées comme la langouste, le cardinal et la palourde et préconise une consommation raisonnable d’autres espèces en provenance de cette zone. 

Ces espèces dont la consommation est « à limiter à deux fois par semaine » sont le tarpon grande écaille, le tilapia, le mulet blanc, la carangue, le cardinal, les crabes. Les espèces qui frayent dans les grandes eaux telles que le thon, la daurade ou le thazard ne sont pas touchées. A noter que l'île de la Grande-Terre où il n'y a aucun champs de banane en raison de son sol calcaire, n'est pas concernée par ces interdictions de pêche. 

En Martinique où les zones de culture de la banane sont plus vastes qu'en Guadeloupe, l'étendue des côtes touchées par l'interdiction de pêche est plus importante. Quant à la Guyane, le caractère peu intensif de ses exploitations bananières l'a préservé de l'épandage de ce pesticide.


Sources externes : 
Martinique 1ère
ConsoGlobe
Le Marin