lundi 24 mars 2014

Les militaires américains contaminés à Fukushima lèvent le voile sur leurs maux


Ne cherchez pas cette affaire dans les médias français ! Mis à part un article paru sur un blog de Rue 89 et un autre sur le site de FranceTV, c'est "silence radio" sur le cas des militaires américains contaminés à Fukushima. Pourquoi ? Probablement parce que se sont des militaires, et qu'en plus ils sont américains !

Pourtant, l'affaire n'a rien d'anecdotique. Pas moins de 71 marins ont déjà portés plainte contre l'opérateur Tepco suite à leur possible exposition à des radiation 30 fois supérieur à des taux "considérés comme sûr" comme évoqué dans un précédent article en janvier dernier.

Les marins utilisent l'eau dessalée, contaminée par la radioactivité de Fukushima


Immédiatement après la catastrophe de Fukushima, un porte-avion américain, le USS Ronald Reagan qui stationnait au Japon est immédiatement envoyé à Fukushima pour aider la population locale dans le cadre de l'opération Tomodachi (amitié). Il arrive sur le lieux le 12 mars 2011, au lendemain de la catastrophe.

Les 5.500 marins qui constituent l'équipage interviennent alors pour fournir nourriture, vêtements et aide logistique. Ils le font au détriments des règles les plus élémentaires de prudence puisque le porte-avion se trouve seulement à une dizaine de kilomètres de Fukushima. Pire, les marins, comme à leur habitude utilisent l'eau de mer dessalée grâce aux dispositifs internes. Ils utilisent l'eau pour cuisiner, se doucher, ainsi que pour tous leurs autres besoins. Cette situation durera dix heures avant que le bateau ne soit repositionné plus au large et que des mesures supplémentaires soient prises.

Pourquoi un temps si long ? Est-ce parce que les militaires ne faisaient pas de mesure de radioactivité en temps réel ou bien est-ce parce que Tepco ne leur avaient pas communiqué l'ampleur de la contamination. C'est tout l'enjeux du procès. La dizaine d'heures passé à proximité de la centrale éventré ont sans doute suffit à fortement contaminer l'équipage. De retour de mission des marins sont victimes de maladies rares pour des personnes aussi jeunes : Leucémies, dégénérescence du nerf optique, cancer de la thyroïde, des appareils génitaux et du cerveau.

Une plainte contre Tepco plutôt que contre la Navy 


L'USS Reagan a proximité des côtes japonaises

Les militaires décident alors de se constituer en association et de porter plainte contre Tepco. Le quatrième plus important opérateur nucléaire mondial est sans nul doute plus facile à mettre en cause que la toute-puissante Navy. Cette dernière, qui a relayé l'affaire sur son site internet officielle, mais nie toute exposition des marins à des niveaux de contamination supérieurs aux normes.

Selon les plaignants -dont la majorité travaillent toujours pour la Navy- leur employeurs ne serait pas nécessairement en cause. Le principal responsable serait Tepco car il n'aurait pas pris la mesure du risque en n'avertissant pas les militaires du risques pour eux qui étaient stationné sous le vent potentiellement radioactif venant de la centrale. On se souvient que l'opérateur avait mis plusieurs jours avant de communiquer sur l'ampleur de la contamination et notamment sur le fait que le cœur du réacteur avait fondu et que des éléments radioactifs avait été projetés à l'extérieur de la centrale.

Ainsi l'avocat des plaignants Paul Garner déclarait en décembre dernier : "Ils [Tepco] savaient la gravité de ce qui se passait, parce qu'ils étaient au courant de l'ampleur des rejets radioactifs dans l'environnement. Le tsunami avait emporté de nombreuses particules radioactives à la mer et, le porte-avion Reagan était stationné dans le ressac de ces eaux contaminés."

Des témoignages édifiants pour que le tribunal ne classe pas l'affaire


Les intérêts dans cette affaire sont si importants que malgré le nombre de plaignants et la nature de leurs dossiers médicaux, il y existe un risque qu'elle soit classée sans suite. Ce fût d'ailleurs le cas une première fois en novembre 2013. Les marins ont fait appel en janvier dernier et attendent toujours la décision du tribunal. Mais pour alerter l'opinion publique, ils ont pris l'initiative de publier leurs témoignages. Entres-autres, celui du lieutenant Steve Simmons qui affirme qu'avant Fukushima, il était en pleine forme. 

Huit mois plus tard, il commence à souffrir d'inexplicables problèmes de santé. Il déclare au site internet "Democracy Now !" qui a réalisé l'interview vidéo (plus bas) de plusieurs protagonistes de l'affaire:

"Un jour en conduisant pour aller au travail, je me suis évanoui et ma voiture a fini sur le trottoir. Avec le temps, je me suis senti de plus en plus mal à tel point que je pensais avoir une grippe car j'avais de la fièvre. J'ai alors perdu une dizaine de kilos, puis commencé à éprouver des sueurs nocturnes, des troubles du sommeil. J'ai été hospitalisé trois fois mais les médecins militaires ont toujours rejetés mes préoccupations au sujet d'un empoisonnement aux radionucléides."

En Avril 2012, ses jambes ne le portent plus alors qu'il est hospitalisé pour une inflammation des ganglions lymphatiques rarissime à son âge. Les médecins mettront alors à sa disposition un fauteuil roulant qu'il ne quittera bientôt plus. A trente cinq ans, il sera mis à la "retraite pour raison médicale" en avril prochain. Il peut s'avérer chanceux par rapport aux autres plaignants qui souffrent des mêmes maux mais n'ont pas assez d'années de services pour "espérer" être mis à la retraite.


Interrogé par les journalistes de Democracy Now, l'avocat des plaignants Charles Bonner lis des extraits de quelques dépositions effectuées par ses clients.

Mathew Bradley:
"J'ai une maladie dégénérative de la colonne vertébrale alors que je n'ai pas d'antécédents familiaux ni subit d'accident. Depuis Fukushima, j'ai quelques problèmes de digestion et des douleurs à l'estomac."

Lindsey Cooper :
"En ce moment, j'ai beaucoup de problèmes de poids et des problèmes de thyroïde. Financièrement, je ne peux pas me permettre d'aller dans un hôpital non militaire et faire les examens nécessaires pour en connaitre la cause comme d'autres ont pût le faire."

Un autre marin de 32 ans qui désire garder l'anonymat affirme que:
"Pendant l'opération Tomodachi, j'ai commencé à avoir des migraines, des cycles menstruels irréguliers. Après, j'ai dû avoir recours à des opérations du genou, du sein et de la jambe pour enlever des excroissances" 

Mais ce n'est pas tout, car la radioactivité modifie durablement la structure du génome humain. Elle peut toucher la descendance d'une personne qu'elle ait été contaminée par de la matière radioactive ou irradiée par des ondes radioactives.

Ainsi la femme d'un marin, écrit dans sa déclaration à la cour:
"Mon mari a été exposé à des particules de rayonnement alors qu'il était affecté à la septième flotte sur le USS Ronald Reagan qui participait à l'opération Tomodachi en Mars 2011. A la suite de cette exposition, notre fils, qui est né le 14 Novembre 2012, a été diagnostiqué à huit mois avec le cancer du cerveau et de la colonne vertébrale "

Le dernier exemple donné par l'avocat est celui d'un marin de 22 ans a qui les médecins ont diagnostiqué une leucémie et qui a perdu la vue. Il écrit dans sa déclaration à la cour:

«À mon retour de l'opération Tomodachi, j'ai commencé à perdre la vue. J'ai perdu toute vision de mon œil gauche et en partie celle de mon œil droit. Je suis incapable de lire les panneaux publicitaires dans la rue, et je ne suis plus capable de conduire. Avant, j'avais 10/10 à chaque œil. Et, je ne connais aucun membre de ma famille qui a eu une leucémie."

Comble de l'ironie pour cette opération Tomodachi (amitié), le porte-avion USS Ronald Reagan se serait vu recevoir un refus du Japon d'accoster dans ses ports en raison d'une contamination trop importante. Il est actuellement stationné à San Francisco... avec son équipage.


Sources externes:
Democracy Now
Blog Rue 89
Navy
France TV