mardi 11 mars 2014

Fukushima: trois ans après la catastrophe nucléaire


Cela fait trois ans aujourd'hui que la catastrophe "inenvisageable" a eu lieu. Trois ans que 90.000 déplacés sont logés dans des préfabriqués de moins de 20 m2. Trois ans qu'à cause des prétendues certitudes de l'industrie du nucléaire, le Japon panse ses plaies.

Malgré la crise de l'information, certains journaux continuent d'envoyer des reporters à Fukushima pour témoigner de l'après catastrophe. C'est le cas du Monde, dont voici le lien vers un article qui évoque le statut des réfugiés mais aussi la préparation du repeuplement des zones les plus faiblement contaminées. En immersion dans les villes fantômes de la région, on ressent le désarroi des victimes.

On y apprend que les forêts qui composent 70% du territoire de ce territoire ne seront pas dépolluées. Cela implique que ni la faune, ni la flore de ces vastes espaces ne devront être consommé durant les 100 voire les 1000 prochaines années eu égard au temps nécessaire estimé pour la disparition de cette radioactivité artificiel. Dès lors, comment s'étonner de la certitude que ces particules radioactives migreront un jour ou l'autre dans les cours d'eau et dans les nappes phréatiques de la région.

50 fois plus de cancers de la thyroïde chez les enfants de Fukushima


Tout aussi inquiétant mais beaucoup plus urgent, la préfecture de Fukushima a annoncé en février dernier que les cas de cancers de la thyroïde chez 254.000 enfants de la région atteignaient le chiffre de 26. A titre indicatif, le taux de cancer de la thyroïde chez l'enfant au niveau mondial est normalement de 2 cas pour un million. Soit 51 fois moins que chez ceux qui ont été exposés à Fukushima.

Il faut savoir que ce cancer n'est pas bénin mais que son traitement est efficace dans 90% des cas. Il implique l’ablation de la thyroïde lors d'une intervention chirurgicale. Cette ablation impose par la suite de prendre tous les jours un médicament qui remplacera la production naturelle des hormones thyroïdiennes qui régulent l'activité de plusieurs organe du corps.

Aucun réacteur nucléaire en service actuellement au Japon


Devant ces quelques exemples et bien d'autres complications d'ordre psychologique qu'à entraîné la catastrophe et le déplacement des populations, il était irrationnel que le Japon n'évolue pas. Fukushima a ainsi durablement changé le rapport des japonais au nucléaire :

  • 76% des japonais souhaitent un arrêt définitif de tous les réacteurs du pays selon un récent sondage de la NHK auprès de 3.600 personnes.
  • Aucun des 50 réacteurs de l'archipel nippon ne fonctionne plus aujourd'hui, mais rien n'interdit leur remise en route par les préfets malgré la mobilisation toujours forte des manifestants

Voilà donc pour ce rapide retour sur les lieux de la catastrophe trois ans après. La deuxième question qui nous intéresse est bien évidemment, où en est-on en France ?

Carte des installations nucléaires françaises (source officiel Irsn)

En France, trois ans après la catastrophe nucléaire de Fukushima


Dans le pays le plus nucléarisé au monde, les lignes ont très peu évolué depuis Fukushima et la population victime de sa méconnaissance (savamment entretenue) du nucléaire refuse toujours de reconnaître que cette industrie fait courir un risque disproportionné par rapport aux bienfaits qu'elle apporte. Et ce sans évoquer le stockage des déchets. Mais comparé à d'autres peuples tel que les japonais ou les allemands, les français sont très peu mobilisés contre le nucléaire. Le peu de transparence autour du sujet en est l'une des cause.

Un bon indice de la désinformation sur les questions du nucléaire pourrait être ce chiffre que j'ai pu lire récemment à l'exposition "La radioactivité, de Homer à Hoppenheimer" au Palais de la Découverte à Paris :

"0,0002 becquerels": dose de radiation que l'on reçoit si l'on se trouve à proximité d'une centrale nucléaire. Bien évidemment, ce chiffre était mis en parallèle avec des radiations bien plus importante comme celle émise par... un artichaut, 300 Bq, ou par du lait, 80 Bq.

A elle seule, cette phrase inscrite au cœur d'une exposition -principalement destinée aux enfants- cristallise l'ampleur de la désinformation nucléaire dans notre pays. Car elle dissimule le fait que pour ce qui est des réacteurs vieillissants ou mal conçu, des fissures laissant passer des radiations apparaissent fréquemment sur les enceintes de confinement comme le précisait il y a moins d'un mois le responsable de la sûreté nucléaire française lors d'une enquête parlementaire.

De même ce discours officiel passe sous silence le fait que les opérateurs sont autorisés à des rejets radioactif controlés sous forme de vapeur ou d'effluent dans l'environnement d'une centrale comme on le voit dans le tableau ci-dessous réalisé par la Société Française d'Energie Nucléaire (Sfen) :



Ces rejets radioactifs sont peut-être l'une des raison qui ont conduit au fait qu'une étude de l'Inserm ait conclue en 2011 à un nombre de leucémie deux fois plus important chez les enfants ayant grandi dans un rayon de 5 km autour d'une centrale nucléaire.

Elle répondait d'ailleurs à une étude allemande baptisée "KiKK" qui établissait en 2008 une augmentation du risque de cancers et de leucémies de 60 à 117 % pour les enfants de moins de 5 ans vivant à moins de 5 km d'une centrale. Les leucémies chez les jeunes enfants sont parmi les manifestations les plus visibles d'une exposition à la radioactivité. Depuis, aucune disposition d'élargissement de la zone de sécurité autour des centrales n'a été prévue par les pouvoirs publics.

Micro-trottoir sur le nucléaire réalisé le 13 mars 2014 dans le 15ème arrondissement de Paris (aucun témoignage n'a été supprimé):



Pour aller plus loin sur Fukushima:
Les militaires américains contaminés à Fukushima auront-ils droit à un procès ?


Sources: Libération, Le mondeL'express, Sfen, Greenpeace