vendredi 28 février 2014

Particules fines : Que fait l'Etat pour éviter les prochaines amendes de l'Europe ?


Paris le 12 décembre 2013
La France va devoir régler à l'Europe des amendes se comptant en centaine de millions d'euros pour des pics de pollution aux particules fines dans l'air de plusieurs villes. Le procès qui débutera cette année concerne des dépassement de seuil autorisé ayant eu lieu en 2011. Qu'est-ce qui a été fait depuis pour éviter que cela ne se reproduise ? 

Le jeudi 12 décembre dernier, un épais smog recouvrait Paris, dissimulant partiellement la Tour Eiffel. Le lendemain, on enregistrait un cinquième jour consécutifs d'alerte aux particules fines soit le plus grave épisode de pollution vécu en France depuis décembre 2007. Mais Paris n'était pas seule concerné, les Hautes-Pyrénées, Rhône-Alpes et l'Oise déclaraient aussi des pics de pollution au même moment.

Pour tenter d'améliorer la situation les mesures habituelles furent prises par les préfets des régions concernés. La baisse de la vitesse autorisée de 20 km/h sur tous les axes rapides ainsi que l'interdiction des feux de cheminée en foyer ouvert furent imposées en Île-de-France. Dérisoire quand on sait qu'un seul jour de dépassement du seuil d'alerte coûtera au moins 11 millions d'euros aux contribuables français qui devront bientôt s'acquitter de cette amende auprès de l'Europe.

Malgré ce gouffre financier annoncé, les mesures prises sont homéopathiques. On peut citer le récent abaissement de la vitesse sur le périphérique parisien de 80 à 70 km/h, le durcissement du malus écologique au niveau national et le maintien du bonus écologique aux véhicules électriques. Autant dire qu'il faut s'attendre à devoir régler de nouvelles amendes et à constater une augmentation des problèmes respiratoires.

Une amende à régler pour la pollution de l'air de 15 villes françaises


En 2011, la Savoie département très concerné par la pollution de l'air a connu une cinquantaine de jours où le seuil* a été dépassé. C'est bien davantage que le quota de 35 jours/an autorisés par l’Union européenne.

Une quinzaine de zone françaises de contrôle de l'air sont concernées par le paiement d'une amende fixée à 11 millions d'euros pour non-respect du seuil de pollution. A cette dernière, viendra sans doute s'ajouter une astreinte forfaitaire de 240.000 euros par jour de dépassement supplémentaire. Autant dire que la facture totale pourrait s’élever à plus de 100 millions d'euros, pour le contribuable car dans cette affaire, c'est l'Etat qui paiera.

Une somme importante qui aurait dû être employée pour limiter cette pollution qui coûterait entre 20 et 30 milliards d'euros à la sécurité sociale selon une étude non publiée du Ministère de l'environnement.

*Seuil de pollution aux particules fines PM 10 (taille inférieure à 10 microns) autorisé par l'U.E :  50 microgrammes/m3 d’air. A titre d'exemple, pour Airparif qui controle l'air en Île-de-France le seuil d'alerte est de 80 microgrammes/m3 d'air.

La pollution de l'air provoquerait 42.000 morts prématurés par an en France


S'il est vital à notre organisme, l'air que nous respirons peut aussi lui être toxique lorsqu'il est pollué et causer de multiples problèmes respiratoires tels que : bronchites chroniques, allergie, asthme... Une étude de la Commission européenne, datant de 2005, avançait que la pollution de l'air était responsable de 42.000 morts prématurées en France. Comme à son habitude, l'Organisation Mondiale de la Santé à été longue à prendre une décision sur le sujet mais a fini par reconnaître en 2013 l'air extérieur pollué comme "cancérigène certain"

Le pire dans cette affaire de dépassement des seuils autorisés en France, c'est que les premiers avertissements de l'Europe datent de 2008 et que depuis les gouvernements se sont "passés la patate chaude" sans qu'aucun n'ose prendre une décision courageuse, notamment sur la fiscalité avantageuse du diesel pour les particuliers.

Les principales causes de cette pollution de l'air  



Si les causes des pics de pollution aux particules fines sont multiples, selon Jerôme Clave le directeur d'Airparif interviewé par Le Monde.fr le 14 décembre dernier: "La première cause d'exposition de la population dans les grandes agglomérations est le trafic automobile. C'est donc là qu'il faut agir en restreignant l'usage de la voiture, en développant les transports en commun propres..."

Ce responsable de l'organisme public de contrôle de la qualité de l'air à Paris omet soigneusement de dire que le pourcentage élevé de véhicules diesels en France (+70% du parc) est la principale raison au fait que le secteur des transports produit autant de particules fines par rapport aux autres secteurs. Car les voitures à essence qui sont majoritaire dans tous les autres pays européen (sauf Belgique) n'en produisent quasiment pas. Cette autre spécificité française va donc nous coûter très chère.

Car selon une étude antérieure d'Airparif. Les véhicules diesels sont responsables de 90% des particules fines émises à Paris. A noter que ces véhicules diesels sont d'ailleurs interdits depuis de nombreuses années dans les villes de Milan, d'Athènes ou de Tokyo.

Les deux autres plus grands producteurs de particules fines en ville sont le chauffage domestique au fioul et l'industrie. A côté de ces secteurs clés, il existent des facteurs extérieurs sur lesquelles il est impossible d'influer et qui accentuent la durée des pics de pollutions:
  • Les grands épisodes de froid qui obligent à consommer plus de fioul domestique pour se chauffer (environ 2/3 des dépassements de seuils d'alerte en hiver)
  • Un temps sec qui "n'emprisonne" donc pas les particules fines dans l'humidité de l'air
  • Une absence de vent qui ne renouvelle pas l'air d'une zone polluée
  • La configuration en "cuvette" de certaines zones industrielles et de nombreuses villes qui favorisent la stagnation des particules en suspension dans l'air par manque de vent


Pour aller plus loin (déc 2013) : L'Europe dévoile ses propositions contre la pollution de l'air


Sources : Le Dauphiné, Le Monde, Respire, Reuters, AirParif, Quelle Automobile