vendredi 7 février 2014

Les aberrations environnementales des Jeux olympiques de Sotchi

quelques heures de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'hiver de Sochi, quel est le bilan écologique de ce projet contesté ?



En début de semaine, la justice russe a arrêté Evgueni Vitichko, l'un des derniers écologistes qui osait encore informer sur l'impact environnemental des Jeux. Il vient d'être condamné à plusieurs jours de prison pour avoir... injurié un passant. Il ne pourra donc pas se défendre à son procès en appel, pour lequel il risque trois ans de camp.

En effet, en décembre dernier, Evgueni qui est membre de l'association de défense de l'environnement du Caucase nord, avait été condamné pour avoir endommagé la clôture de la résidence du gouverneur de la région, parce qu'elle empiétait sur le domaine d'une forêt municipale. Pour certains, la raison principale de cet acharnement contre l'écologiste est ailleurs. L'association d'Evgueni s'apprête à publier un rapport accablant sur l'aspect écologique des Jeux olympiques de Sotchi.

Un projet pas très vert malgré la pression des associations


Malgré la création d'un parc ornithologique dans la vallée de Sotchi, la réintroduction médiatique du léopard perse et les engagements autour de la réserve de biosphère du Caucase, qui ont permis de verdir le projet, les ombres sont nombreuses au tableau de l'empreinte écologique de ces olympiades.

Selon les ONG, la réserve naturelle créée ne correspondrait qu'à 10% de la zone "artificialisée" pour les Jeux, la rivière Mzymta qui traverse la vallée de l'un des deux sites olympiques est durablement polluée. En effet, conséquence de la construction rapide des installations, ses effluents sont parsemés de décharges sauvages où s'amoncellent les déchets industriels du chantier comme on peut le voir dans cette vidéo du Petit Journal de Canal plus. Certains poissons consommés localement seraient désormais impropres à l'alimentation humaine.

Sotchi la station balnéaire qui s'ouvre sur la mer Noire


Pour le "rayonnement international" de la Russie voulu par Vladimir Poutine, pas moins de 7 ponts, douze tunnels, et quatre stations de ski sont sorties de terre en quelques années. Au total, plus de 370 km de routes auraient été construites, ainsi que 200 km de voies ferrées. Des stades qui ne serviront que pour les Jeux ont été créés notamment le stade Fisht, de 40.000 places, deux arènes de hockey, un stade pour le patinage de vitesse et un autre pour le patinage artistique.

Mais ces installations surdimensionnées pour une ville de 400.000 habitants sont anecdotiques comparé au fait que les stations de ski de Sotchi ne sont quasiment jamais suffisamment enneigées pour la pratique... du ski.


En effet, à l'origine, Sotchi est une station balnéaire de la mer Noire qui offre un climat estival l'été et où les températures hivernales ont du mal à descendre en dessous de zéro degré. Pour limiter la fonte inévitable du maigre manteau neigeux, les organisateurs ont recouvert les deux sites de 500.000 m3 de neige artificielle.

Cela n'enlève rien au fait que les canons à neiges seront priés de fonctionner à plein régime durant toute la durée des Jeux pour limiter la fonte autour à 40%. Pas vraiment (éco)logique mais le projet russe pour Sotchi dépasse celui des Jeux Olympiques. Il est avant tout une tentative de sécuriser le Caucase comme expliqué dans la vidéo du Monde.fr (voir plus bas).

Au final ces Jeux auront coûté 37 milliards de dollars soit 20 de plus que ceux déjà monumentaux de 2008 en Chine. Pour ce prix, le public aurait été en droit d'attendre les Jeux les plus écologiques de l'histoire.

JO de sotchi: Comprendre la situation dans le Caucase en 3 minutes avec Le Monde.fr


Sources : Actu EnvironnementComité olympique russeReporterre, WWF