jeudi 20 février 2014

Le responsable de la sûreté nucléaire auditionné (extraits choisis)


En France, un organisme public est chargé de la sécurité des installations nucléaires. C'est l'ASN pour Autorité de sûreté du nucléaire. Son président a été auditionné à l'Assemblée nationale le jeudi 13 février dernier. Voici quelques extraits choisis pour plus de transparence sur le nucléaire.

L'intitulé précis de la Commission d'enquête qui l'a convoqué était :"Coût de la filière nucléaire" mais l'essentiel des questions ont porté sur les problèmes de sécurité des centrales nucléaires. Les réponses formulées teintées de "langue de bois" révèlent toutefois des problèmes récurrents, voire des non-sens parfois méconnus. A l'image de la présence d'une nappe phréatique à seulement 2 mètres en dessous de la centrale de Fessenheim, la plus vieille de France.

J'ai téléchargé l'extrait vidéo sur ma chaîne YouTube, mais il est également visible jusqu'au 20 décembre 2014 sur le site de l'Assemblée nationale.




Le président de l'ASN Pierre-Franck Chevet répond aux membres de la Commission (extraits):


Sûreté globale des installations nucléaires 

"L'année dernière [...] sur 700 événements significatifs pour la sûreté [...] plus de la moitié sont relatifs à des non-qualité de maintenance". (00:11:45) 

"C'est bien à EDF de proposer une organisation qui fasse que les compétences soient transmises en qualité et en quantité de manière à ce qu'ils retrouvent une pleine maîtrise de ses travaux d'arrêt de tranche parce que pour le moment ils semblent débordés par les travaux qu'ils ont eux-mêmes décidé". (00:26:40)


Problèmes de maintenance des centrales nucléaires 

"La non-qualité de maintenance représente 30% des problèmes durant les arrêts de tranche (arrêt d'un réacteur). Ils sont pour moitié lié à des problèmes côté EDF, d'organisation et autres, et pour moitié à des problèmes de réalisation des gestes par les sous-traitants". (00:30:40)

"On a identifié lors des visites de sûreté des défauts dans la cuve du réacteur numéro 1 du Tricastin [...] ils sont plus importants qu'ailleurs. Le sujet du vieillissement de ce réacteur se posera donc différemment qu'ailleurs" (00:58:00)

"Un certain nombre de centrales de 1300 mW en bord de Loire, typiquement Belleville ont eu au moment de la fabrication, des problèmes au niveau de la qualité des enceintes. Celles-là auront peut-être un traitement et une réponse différenciée sur le sujet de la prolongation oui ou non". (00:58:50)


Centrale de Fessenheim

"A Fessenheim si le réacteur entrait en fusion le chorium traverserait le radier [..] sur les autres réacteurs le chorium traverserait également. Les travaux qui ont été fait à Fessenheim visaient à mettre la centrale en conformité avec le reste du parc mais il ne s'agit pas d'un récupérateur qui bloquerait le chorum pour l'infini, c'est simplement un retardateur" (01:05:10)

A la question du rapporteur de la Commission sur le risque à Fessenheim que la cuve du réacteur soit seulement deux mètres au-dessus d'une nappe phréatique le Président de l'autorité de sûreté réponds : "Fessenheim n'est pas la seule à avoir une nappe assez proche. Civaux à coup sûr a une nappe proche de la surface, il doit y en avoir d'autres, je n'ai pas la liste en tête" (01:07:20)


Les moyens humains de l'ASN

"On a des besoins de moyens humains, même si je sais que ce n'est pas dans l'air du temps. Je suis désolé mais on a des dossiers sur lesquels je n'ai pas la capacité pour l'instant de les mener à leur terme" (01:08:10)



Sécurité de l'EPR

Concernant l'EPR, on a devant nous un mur de charge [...] et pour l'instant, je n'ai pas d'idée sur la manière dont on pourrait le franchir avec les moyens dont nous disposons". (01:09:20)


Moyens de sanctions contre les opérateurs du nucléaire

Le président de l'ASN confirme qu'il a deux moyens de pressions pour forcer les opérateurs à faire des travaux. Celui de stopper l'exploitation d'une installation non conforme, mais précise que cela n'est valable "que pour les cas atomiques". (01:10:40)

"A l'autre extrémité du spectre il y a les mises en demeure [...] qui, si elles ne sont pas respectées, on dresse un procès verbal transmis à la justice, laquelle suit son cours. C'est de l'action quotidienne et les effets ne sont pas toujours très rapides". (01:12:55)

Pierre-Franck Chevet juge les deux outils de sanction inadaptés entre une mise en demeure longue et non-contraignante et une fermeture forcée qui n’est possible qu'en cas d'accident nucléaire. Il propose donc de sanctionner où cela fait mal, c'est-à-dire au porte-monnaie et propose des astreintes journalières pour des défauts de conformité.
"Tant que vous n'êtes pas en conformité avec les travaux demandés, vous payez une amende tous les jours ce qui crée une incitation à se remettre en conformité. C'est d'autant plus nécessaire dans la situation économique où nous sommes qui force à repousser un certains nombre d'investissements nécessaires" (01:11:10)


Débat sur le nucléaire:

"Plus un sujet est difficile et plus il faut ouvrir le débat [...] je n'ai pas d'autre méthode de travail possible que d'ouvrir à la société civile avec ses partis pris, ou ses orientations, mais qu'il faut respecter" (01:18:00) 


Rappel: Le réacteur n°1 de Fessenheim fermera en 2019 et le n°2 en 2021

Sources: site des vidéos de l'Assemblée nationale