dimanche 26 janvier 2014

Utiliser les voitures électriques pour stocker l'énergie renouvelable



Se servir des batteries des véhicules électriques pour alimenter sa maison ou résoudre le problème de stockage de l'énergie renouvelable, est une idée qui fait son chemin. Découverte de ce projet de voitures intégrées au réseau électrique ou "vehicle to grid".

Suite à la catastrophe de Fukushima, les possesseurs japonais de la Nissan Leaf pouvaient acquérir une borne de recharge "réversible" qui permet non seulement de recharger une voitures électrique, mais surtout d'utiliser l’électricité contenue dans sa batterie pour alimenter une maison pendant trois jours. L'idée a germé dans la tête des ingénieurs nippons afin de pallier aux nombreuses coupures de courant post-Fukushima.

Devant l'urgence, le constructeur Nissan a construit une borne de recharge capable de mettre à profit les moments où il y avait du courant pour l'emmagasiner dans la grosse batterie d'une voiture électrique (environ 20 kWh), puis de s'en servir comme s'il s'agissait d'un simple groupe-électrogène lors de la prochaine coupure de courant.

En poussant plus loin le concept, on peut imaginer que cette solution puisse permettre de stocker le surplus d'énergie renouvelable produite par des panneaux solaires ou par une éolienne à l'échelle d'une maison lorsque la batterie dévolue sera pleine.

Evidemment, il faudrait que l'automobiliste puisse se servir de l’électricité de sa voiture sans risque de tomber en "panne d’électrons" le lendemain en allant au travail. Il suffira comme c’est déjà le cas du projet Nissan de paramétrer sa voiture pour conserver une charge suffisante en fonction du nombre de kilomètre à parcourir.

Nissan, Toyota et Mitsubishi parient sur le "vehicle to grid"


Ce projet pas si fou d'alimenter sa maison avec l'électricité de sa voiture, c'est celui de Nissan et de Toyota qui ont beaucoup investi dans leurs modèles électriques et hybrides. Le premier constructeur commercialise déjà sa borne baptisée «Leaf to Home» au prix de 3200 euros (installation comprise). Un prix très élevé mais qui pourrait être divisé de moitié en cas de production plus importante que la poignée d'exemplaires déjà vendus.

Quant à Toyota, il va tester son dispositif « Vehicle to home » en conditions réelles avant la fin de cette année. Il y ajoutera même un système qui permettra de se servir de la prise électrique de sa voiture pour alimenter toutes sortes d’appareils. Le constructeur Mitsubishi conclu le tryptique et à d’ors et déjà annoncé un projet en tout point semblable.

Mais tout reste à faire car, pour être viable, les différentes applications du «Vehicle to grid» ou V2G doit non seulement concerner un nombre de véhicules importants mais aussi nécessiter des infrastructures permettant de recharger sa voiture au bureau ou dans les parkings publics.

Absorber les surplus d'électricité et stocker l'énergie renouvelable


Dans un futur plus lointain quand un certain nombre de voitures électriques auront été mises en circulation, on peut même imaginer qu'EDF puisse utiliser ces véritables "batteries sur roues" pour emmagasiner les surplus d'électricité qui endommagent régulièrement son réseau. Il deviendrait également du même coup inutile à l'opérateur de rémunérer nos voisins européens pour absorber nos surproductions d'électricité.

En effet, il suffirait que 10% du parc automobile français (38 millions de véhicules) soit électrique pour y stocker 76 millions de kWh d’électricité provenant des énergies renouvelables (environ 20 kWh par véhicule). C’est plus de trois fois la production journalière d'un gros réacteur nucléaire de 900 mégawatt (21 millions de kWh).

Mieux, l'utilisation des voitures électriques pour stocker de l'électricité pourrait faire baisser les émissions globales de CO2 en permettant de stocker la production d’électricité issue des centrales solaires ou éoliennes.Cette gestion intelligente des flux électriques est appelée Smart Grid (réseau intelligent) par les scientifiques et les économistes qui la promeuvent à l'image de l'américain Jeremy Rifkin.

Ce visionnaire, considéré comme le spécialiste de la transition énergétique a récemment été chargé par le conseil régional du Nord-Pas-de-Calais de mettre en place ses idées à l'échelle de la région dans le cadre du projet Nord-Pas de Calais, la troisième révolution industriel est en marche. L'objectif affiché est de réduire la consommation énergétique de la collectivité de 60% et les rejets de polluants par quatre à l'horizon 2050.

L'opposition des pétroliers et des fournisseurs d'uranium


Dans le cas d’un triple partenariat entre, les fournisseurs d’électricité, les constructeurs automobile et l’Etat, les derniers freins s’opposant à une utilisation plus importante de l'énergie renouvelable seraient levés avec, à la clé une importante diminution des gaz à effet de serre. Simple sur le papier, le projet se heurtera forcément à des enjeux financiers considérables.

Les exploitants de combustible fossile craignent de voir filer la manne que constitue les voitures thermiques mais aussi les 15 centrales thermoélectriques de France qui  fonctionnent au pétrole ou au gaz. Idem pour ceux qui fournissent chaque année 1,6 millions de tonnes d'uranium enrichi aux 58 réacteurs nucléaires français.


Quelques sources de l'article : Mother Nature Work (anglais), Nissan (japonais), projet "Nord-Pas de Calais, la troisième révolution industriel est en marche", Toyota (anglais)