mardi 7 janvier 2014

Les militaires américains contaminés à Fukushima auront-ils droit à un procès ?


Nous sommes trois jours après la catastrophe japonaise. Le porte-avion USS Ronald Reagan est envoyé dans la région de Fukushima pour aider les Japonais débordés par l'ampleur des besoins humanitaires. Les marins américains interviennent tous les jours à terre, et ne rentrent sur leur navire qu'à la nuit tombée. Ils prennent régulièrement leurs pastilles d'iode pour saturer leur thyroïde dans le but de réduire la quantité d'iode radioactif issu de la centrale nucléaire qui viendrait s'y fixer.

Malheureusement, conséquence de la triple catastrophes japonaise, l'eau potable manque cruellement, particulièrement dans la région de Fukushima où est stationné le navire. Et puis, il n'y a pas de raison particulière de se méfier du système de dessalement de l'eau de mer du porte-avion nucléaire.

Comme à leur habitude lors des missions en mer, les militaires utilisent l'eau dessalée pour tous leurs besoins quotidien (boire, se doucher, s'alimenter). Pourtant, durant les mois qui suivent la fin de leur mission, plusieurs militaires sont victimes de graves problèmes de santé. Leucémies, saignements, cancer de la thyroïde, des appareils génitaux et du cerveau, dégénérescence du nerf optique.

Les militaires attaquent Tepco mais pas la Navy


De nombreux militaires se plaignent de maux qui rappellent ceux des catastrophes nucléaires. Les marins constatent que plusieurs autres personnes souffrent de maux mystérieux. Suffisamment nombreux, ils décident de mener une action de groupe contre Tepco, l'opérateur de la centrale, à défaut de s'attaquer à la toute-puissante Navy, pour laquelle la majorité des 71 plaignants travaillent toujours.

Pour défendre leur cause, ils choisissent des avocats spécialistes du droit de l'environnement, Charles Bonner et Paul Garner. Ce dernier déclarait récemment au Navy Times, le magazine de la Navy : "Les gens de Tepco savaient ce qui se passait". Il poursuit alors : "Ils savaient la gravité de ce qui se passait, parce qu'ils étaient au courant de l'ampleur des rejets radioactifs dans l'environnement. Le tsunami avait emporté de nombreuses particules radioactives à la mer et, le porte-avion Reagan était stationné dans le ressac de ces eaux contaminés."

Très vite, la volonté des 71 militaires se heurte à un souci d'en finir avec l'affaire. Le sujet est sensible, aussi bien pour l'armée américaine que pour Tepco. Pourtant le pire semble avoir été évité. Les centaines de milliers de litres d'eau potentiellement radioactive produites par le navire quotidiennement n'auraient pas été distribués aux civils japonais contrairement à ce qui avait été fait lors de la mission du porte-avion USS Carl Vinson après le tremblement de terre à Haïti en 2010. Est-ce par mesure de précaution ou parce que la Navy connaissait le risque ?


Plus de 300 fois le niveau maximal de radiation mesuré 


La situation est si explosive, que les militaires qui n'attaquent pourtant que Tepco craignent que l'affaire soit classée sans suite comme cela avait été décidé en novembre dernier par un juge fédéral de Californie pour "manque de preuves".

Un officier spécialiste des questions de contamination, Mike Sebourn dit pourtant avoir mesuré sur le porte-avion un taux de radioactivité dans l'air, 300 fois supérieur à un niveau "considéré comme sûr". Il est par ailleurs inimaginables que des mesures de radioactivité de l'eau dessalée n'aient pas été réalisées durant le temps de stationnement du bateau à proximité de Fukushima.

Les avocats des militaires ont fait appel hier. On devrait donc en savoir plus sur cette affaire dans les mois qui viennent.


Pour aller plus loin sur cette affaire des marins de l'USS Ronald Reagan :
http://nypost.com/2013/12/22/70-navy-sailors-left-sickened-by-radiation-after-japan-rescue/

Sources : New-York Post, Navy Times, Wikipédia, Environnement News Service, Rue 89