vendredi 17 janvier 2014

Le Chlordécone et les bébés prématurés aux Antilles



Le chlordécone, cet insecticide utilisé dans les champs de bananes aux Antilles jusqu'en 1993 provoque des naissances prématurés. C'est la conclusion d'une longue étude menée par l'Inserm de 2005 à 2007 sur les grossesses d'un milliers de femmes guadeloupéennes. Leur taux de Chlordécone dans le sang était systématiquement analysé durant le dernier trimestre de leur grossesse ainsi que le jour de l'accouchement.

Les scientifiques ont alors comparé ces taux avec le pourcentage de naissance prématurée et ont constaté que "l'exposition maternelle au chlordécone a été retrouvée associée de manière significative à une durée raccourcie de grossesse ainsi qu'à un risque augmenté de prématurité".

Un insecticide pourtant interdit aux Etats-Unis depuis 1976


Autant dire que l'affaire est grave et vient confirmer le scandale sanitaire de l'utilisation de ce pesticide aux Antilles durant des décennies, alors qu'il avait été interdit aux Etats-Unis dès 1976. Pire, alors que la Métropole l'interdisait enfin en 1990, l'Etat autorisait une dérogation de trois ans supplémentaires aux Antilles. Trois ans qui auront vu s'accumuler le poison dans la terre, dans les cours d'eau et même dans les fonds marins d'1/10ème de la surface de l'île, où sont concentrés les champs de bananes.

Quand on connait la persistance -centenaire- de ce poison qui se retrouve jusque dans la chair des poissons, on comprend mieux l'irresponsabilité de cette dérogation accordée par l'Etat sous la pression des grands propriétaires terriens. Les Antilles vont maintenant devoir apprendre à vivre avec cette contamination sur plusieurs générations.


Aujourd'hui, c'est toutes une partie de la production des agriculteurs qui est impropre à la consommation dans les zones rurales incriminées. Les légumes, et les racines très consommées localement mais aussi les œufs y sont interdit de consommation. Pourtant des études ont encore récemment conclu qu'il n'y avait pas de risque à consommer des bananes -quasi seul produit d'exportation de l'île- car elles ne seraient pas en contact avec les sols contaminés...


Du chlordécone jusque dans le lait maternel


Cette étude sur le lien entre grossesse et chlordécone vient s'ajouter à une autre de l'Inserm qui avait déjà alerté du danger de la situation en 2012 en établissant un lien entre, taux de chlordécone dans le sang des nourrissons et retard du développement psychomoteur. Avec un moindre intérêt visuel pour la nouveauté, une réduction de la vitesse d'acquisition de la mémoire visuelle et une capacité de concentration plus faible.

L'institut de veille sanitaire souhaite désormais en priorité "la mise en place de moyens d’informations destinés aux femmes enceintes portant sur les types d’aliments à éviter pendant leurs grossesses". Car aussi étonnant que cela puisse paraître et, alors que le chlordécone se retrouve jusque dans le lait maternel, rien n'est officiellement fait pour expliquer aux futures mères le danger de certaines filières alimentaires pour elles, et pour leurs fœtus.



Sources: Le Monde, Inserm, Outre-mer 1èreMinistère de l'environnement