samedi 6 juillet 2013

Hollande se moque-t-il de l'environnement ?

Le président de la république élu avec 4% de voix provenant d'EELV n'en finit pas de décevoir ses alliés écologistes du parlement et du gouvernement. Pas moins de trois ministres de l'Environnement en un an de mandat présidentiel, mais toujours aucun écologiste.


Thierry Martin et Delphine Batho le 3 juillet 2013
La dernière couleuvre qu'ont dû avaler les écolos, est le limogeage de la ministre de l'Environnement Delphine Batho pour avoir publiquement fait part de son désaccord sur la baisse du budget de son ministère de 7%. Cette coupe drastique correspond à une réduction d'effectif de plus d'un millier de postes. Une coupe sèche alors que dans le même temps, à titre d'exemple, celui du voisin d'en face, le ministère de l'Agriculture « ne baisse que » de 3%.

Ce renvoi n'est en réalité que le dernier d'une série de couacs qui font sérieusement douter de la conscience verte du gouvernement. Tout a commencé lorsque au lendemain de la présidentielle, Pascal Canfin et Cécile Duflot, les deux écologistes à entrer au gouvernement héritèrent de ministères tout autre que celui de l'Environnement. Ce dernier est laissé à Nicole Bricq qui, à son actif avait pour seule action connu en faveur de l'écologie, rédigé un rapport d'information sur la fiscalité environnementale. Elle surprendra tout son monde en prenant son rôle très à cœur en s'opposant à l'exploitation des hydrocarbures en eaux profondes au large de la Guyane française moins d'un mois plus tard !


Nicole Bricq mutée au commerce extérieur

Nicole Bricq et Delphine Batho le 22 juin 2012
Dans la foulée, Hollande l'assignera au ministère du commerce extérieur, sur l'insistance de… l'Union française des industries pétrolières et du Médef avait-on appris en lisant Le Monde.

Elle sera remplacée par Delphine Batho qui découvrit tout ou presque de l'écologie politique lors de sa nomination. Pour les écologistes, se fût une confirmation du peu de crédibilité qu'Hollande voulait accorder à ce ministère en charge de l'Energie, qui doit piloter la transition énergétique, la réduction de la part du nucléaire dans notre mix énergétique de 75 à 50% d'ici à 2020 ainsi que la fermeture de Fessenheim.


Qui est Thierry Martin, ministre de l'Environnement favorable au gavage ?

Sauf s'il est remercié avant terme, ce devrais donc être à Thierry Martin de piloter ses dossiers brûlants. Mais qui est ce député du Gers encore inconnu il y a une semaine, comme l'était d'ailleurs Bricq et Batho avant d'entrer au gouvernement ?

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il cultive les paradoxes. Farouche anti-ogm au côté de José Bové, c'est sans doute le premier ministre de l'environnement favorable au gavage des volailles dont sa région d'origine est une grosse productrice. Il est par ailleurs très proche du monde agricole puisque son département est le plus agricole de France.

François Hollande et Thierry Martin le 3 juillet 2013

Cette proximité de fait aurait d'ailleurs influencé l'écriture d'un rapport sur la ressource en eau qu'il a remis au ministère de... Delphine Batho, lequel l'a retoqué parce que dit-on, trop favorable aux agriculteurs. Un comble pour un futur ministre de l'environnement.

Au final, l'environnement est-elle une chose trop sérieuse pour la laisser aux mains de ceux qui la maîtrise le mieux ou bien, le gouvernement n'a t-il tout simplement pas le courage d'imposer le virage écologique promis lors de la campagne avec tout ce que cela implique d'investissements dans la croissance verte ?

En tout cas, Thierry Martin est attendu sur plusieurs dossiers essentiels. Ceux qui arriveront les plus rapidement sur son bureau sont, la future loi sur la transition énergétique et, dès la semaine prochaine, l’annonce par le Premier ministre d’investissements d’avenir pour la prochaine décennie. Mais aura t-il réellement son mot à dire dans les décisions qui seront prises ?