lundi 24 juin 2013

Une oasis dans le désert de Saint-Martin (article de 2009)

A Saint-Martin une association de rastas fait le bonheur de la population insulaire en leur permettant de manger local et bio.



Comme tous les dimanche matin on entend le bruit de motos faisant la course sur la route qui longe l’immense jardin potager où s’affairent des dizaines de personnes. Sans y prêter la moindre attention, certains taillent, d’autres arrosent, désherbent à la main ou récoltent des tomates, pommes-cannelles, choux-chines ou bouquets de persil. C’est à force de travail que depuis 2003 les rastas de « Solidarity » une congrégation qui compte majoritairement des habitants du ghetto de Sandy-Ground sont parvenus à tirer quelque-chose de cette terre aride. Sèche et de type « savane », seul deux ou trois tamariniers y poussaient il n’y a pas si longtemps.

Le lieu verdoyant cultive en effet les paradoxes sous ce soleil de plomb qu’adoucira seulement dans une dizaine d’année l’ombre de jeunes fruitiers pas encore arrivés à maturité. A 150 mètres, de l’autre côté de cet axe reliant les parties française et hollandaise de l'île, une immense villa seule sur sa colline semble veiller sur tout ce beau monde. Il s'agit de la maison du propriétaire du terrain, également l'un des hommes politiques les plus influents de l'île, Louis-Constant Flemming. Ce dernier l'a gracieusement laissé à la disposition de leur association à vie, à condition qu'il soit cultivé.
Villa de L.C Flemming propriétaire du terrain

Et, il l'est, de belle manière, sans engrais ni pesticide de telle sorte que le label bio pourrait bien être revendiqué si la production était industriel. Mais elle ne représente qu'une dizaine de kilos par jour. Pourtant, la population Saint-Martinoise est au rendez-vous car c'est le seul endroit de la minuscule île où l'on peut acheter toute sorte de légumes locaux. L'endroit est ouvert tous les jours, sauf le samedi car c'est le jour de réunion et de prière des membres de cette congrégation orthodoxe dans une semaine bien chargée.
A la fierté retrouvée des personnes qui y travaillent pour qui, se divisent en part égale le fruit de leur travail, s'ajoute donc celle des îliens qui disposent enfin de produit locaux à consommer dans leurs assiettes. Plus besoin d'importer de Saint-Thomas ou d'Anguille, les îles voisines car désormais leur autonomie commence sur ce terrain de la localité de Bellevue. Le lieu est tellement emblématique qu'il est visité par des "scolaires" au rythme de deux ou trois fois par mois dans le cadre de sorties en plein air.

Des puits pour l'eau d'irrigation

Néanmoins, la principale difficulté et non des moindre au niveau du jardin est celle de l'approvisionnement en eau douce sans aucune rivière ou source sur l’île qui puisse être mis à profit. Il y a bien deux usines de dessalement de l'eau de mer mais les quantités nécessaires, trois mètres cubes par jours augmenteraient le budget de la coopérative en raison du prix élevé du précieux liquide.
Jahbash le leader du mouvement explique la solution trouvée: «c'est grâce au fonctionnement d'un ingénieux système qui, par des puits forés, des canalisations et autres tranchées creusées par des stagiaires en terrassement inscrit au lycée professionnel du coin que la nature peut prospérer».


Sous la seule bâtisse du jardin, une femme sert des clients en poivrons et papayes qui ont l'air succulents et, que ces derniers choisissent en prenant tout leur temps. Celui-ci paraît d'ailleurs s'être arrêté au passage du portail de l'entrée sans que l'on s'en aperçoive. Le moment de partir approche pourtant et c'est à contrecœur que l'on quitte ses hôtes et leur jardin d'Eden. Non sans avoir fait quelques provisions pour la route.