samedi 9 février 2019

Comment mobiliser contre le dérèglement climatique ?


La peur du dérèglement climatique ne semble pas suffisamment dissuasive pour ceux qui, comme le "français moyen" ont une empreinte carbone trois fois supérieures à celle que nous pouvons nous permettre sur une planète qui compte 7 milliards d'habitants. Cette peur d'une évolution de plus en plus problématique de la situation, pourrait en revanche être persuasive pour les habitants des pays pauvres ayant encore "un peu de marge". Mais pour faire évoluer une personne rétive afin qu'elle prenne en compte le problème climatique, il faudrait lui permettre de s'identifier à l'une des victimes. 

C'est l'extrapolation que j'ai tiré d'un article "La peur est-elle persuasive ?" parue dans le Cerveau et Psycho de septembre 2016. Dans ce sujet de quatre pages, le chercheur Nicolas Guéguen explique que des personnes informées des ravages d'une mauvaise hygiène dentaire au moyen d'images terrifiantes s'étaient moins bien brossées les dents que les sujets informés de manière plus classique. Ceci s'expliquerait par le développement d'une résistance pour se protéger de l'effroi provoqué chez elles. 

Dans une autre expérience, des fumeurs et des non-fumeurs ont observé des images comme celles présentes sur les paquets de cigarettes. Ces images auraient un effet positif uniquement sur les non-fumeurs puisqu'elles les confortaient dans leur choix. Les autres ont "rationalisé" ces images en disant que c'était valable pour les très gros fumeurs ou ceux ne faisant pas de sport... bref pas pour eux.

Enfin, dans une dernière observation, des fumeurs devaient "jouer les malades", un médecin leur annonçant qu'ils étaient atteint d'un cancer du poumon tandis que des cobayes écoutaient la conversation, sans être informés de la mise en scène. Résultat: les personnes qui avaient participé au jeu de rôle avaient diminué leur consommation dans les mois qui suivirent contrairement aux fumeurs uniquement témoins des évènements. Il serait donc efficace d'impliquer (dans un rôle de victime ?) ceux que l'ont souhaitent voir évoluer.



mercredi 19 décembre 2018

Réponse courte à un climatosceptique

 
L'une de mes connaissances, très investi dans la vie sociale et politique de ma commune m'a récemment transféré une "chaîne de mails" dans laquelle un pseudoscientifique qui se présente comme "spécialiste des avalanches", remet en cause rien de moins que la responsabilité humaine du réchauffement climatique. Mon ami terminait son mail adressé à une trentaine de personnes par ces mots : "Ce document est troublant. Info ou fakenews ?"
Je me suis permis d'y apporter une réponse que je souhaitais la plus courte et efficace possible.
 
 
Bonjour N........,

Je voudrais à mon tour te poser une question, admettons que ce climatosceptique soit dans le vrai. Quel pourrait-être la raison qui pousse 97% des climatologues à falsifier leurs recherches depuis 40 ans tout en s'opposant à 99% des humains, qui ont tous un intérêt économique personnel à ignorer le résultat de ces dernières ? Ceci, qu'ils soient simple consommateur, vendeur de voitures, agent immobilier ou magnat du pétrole. La question de la reconnaissance DES crises écologiques (ne pas oublier celle de la biodiversité et la crise sanitaire) est indissociable du type de société que nous souhaitons : individualiste ou altruiste. 

Mais je reconnais à la décharge des vrais climatosceptiques (ceux qui ne désinforment pas pour le compte d'un lobby) qu'il est très difficile d'accepter le fait que nous soyons aussi "mal barré" malgré toutes nos connaissances, comme l'atteste partiellement le graphique de l'AFP ci-dessus. Car aucune des solutions possibles n'a encore obtenu de résultats probants pour des raisons qu'il serait trop long de détailler ici. C'est probablement pour cela que depuis 40 ans, les crises écologiques n'ont fait que s'accentuer et exercent une pression indirecte de plus en plus forte sur le devenir global de nos sociétés. Voici néanmoins quatre pistes principales qu'il est bien plus simple d'évoquer que de mettre en place (même pour les "écologistes"). A noter que selon moi, aucune ne sera intrinsèquement suffisante ni même tenable, si elle ne s'accompagne pas des trois autres : 
  • Réduire notre niveau de confort et notre consommation car chaque objet (ou service) produit, nécessite l'émission de gaz à effet de serre 
  • Réaliser une "transition écologique" dans tous les domaines de nos sociétés (qui dépasse le greenwashing actuel dénoncé notamment par Hulot)
  • Combattre le capitalisme qui pousse à accumuler plus de biens (ou d'argent) que nécessaire
  • Encourager la limitation de la croissance démographique, prioritairement celle des pays riches puisqu'ils émettent davantage de CO2/habitant.
J'espère ne pas t'avoir démoralisé face à l'ampleur de la tâche car nous n'avons tout simplement pas cette possibilité si l'on pense un tant soit peu à l'environnement dans lequel nous vivons et à celui dans lequel évoluerons nos descendants. 
Et comme tu sembles sérieusement t'intéresser à ce problème, sache que tu trouveras plus d'information sur mon site internet. Si tu n'a pas beaucoup de temps, je te conseille principalement la lecture de cet article. 


Bien à toi
 
 Michaux Jérémi

 
 
Pour info, je me suis aperçu a posteriori que le site internet du Monde s'était intéressé à cette fausse information. Voici le résultat de leur travail, beaucoup plus développé que le mien. 
N'hésitez pas à y jeter un œil si vous avez 10 minutes.

Bonus : Graphique rendant visible les impactes de nos actions individuelles sur le changement climatique

 

mardi 23 octobre 2018

Les principales menaces pour l'humanité : consommation, capitalisme et démographie


L'homme occidental s'est très récemment affranchi de nombreuses menaces : il ne craint plus ni les animaux sauvages, ni les grandes épidémies, ni même les famines qui ont longtemps freiné son expansion. Ses besoins vitaux ayant été satisfaits, il a cherché à en assouvir d'autres. La consommation et le capitalisme ont alors pris le relais. 

Selon le consensus scientifique, notre consommation, notre démographie et le capitalisme sont les principaux responsables de l'accélération de l'effondrement de la biodiversité (déforestation, pollution...) mais aussi du réchauffement climatique dont le point de départ est la révolution industrielle, débutée au XIXè siècle. Ces deux phénomènes d'origine humaine sont - toujours selon les scientifiques - responsables de plusieurs sécheresses, famines, guerres et déplacement de population.

Si la responsabilité de notre surconsommation et de notre démographie sont aisément compréhensible, notamment à cause des émissions de gaz à effet de serre (GES) qu'ils génèrent, c'est moins évident concernant le capitalisme. Cette notion peut être relativement abstraite notamment pour ce qui concerne son symbole le plus emblématique, les opérations boursières.

Selon la définition communément admise, le capitalisme est l'action d'amasser plus de capital que ce qui est nécessaire. Or si le capitalisme est souvent défendu par ses supporters comme faisant "partie de la nature humaine", l'empreinte carbone et la pollution superflue qu'il génère par rapport à nos besoins de bases sont nuisibles au reste de l'humanité. En effet, chaque euros de plus qui ira enrichir un capital nécessite l'émission d'une pollution en lien avec le fonctionnement de l'outil de travail, l'extraction de la matière première, le transport d'une marchandise, d'une personne... En cela, il constitue un individualisme qui s'oppose de fait à l'émergence de valeurs universalistes seules à même de permettre la résolution de problèmes globaux qui ne connaissent pas de frontière. 


Le capitalisme affame et tue

 


Pour mieux comprendre, prenons un exemple, isolons le volet alimentaire, qui a la particularité de répondre à un besoin vital. Ainsi, les scientifiques de l'agence de l'ONU chargée des questions d'alimentation, la FAO, affirment que la Terre pourrait nourrir les 10 milliards d'habitants qui peupleront notre planète en 2050. Cette prospective est toutefois obtenue sur la base d'une augmentation de la production mondiale de... 70%. Ceci alors même que l'agriculture est déjà l'une des principales responsables de l'effondrement de la biodiversité et des émissions de GES via les élevages, les engrais et pesticides conçus à partir du pétrole, ainsi qu'à cause de la déforestation qu'elle engendre.

De plus, cette marche forcée pour l'augmentation de la production agricole, ne résoudra pas certains problèmes alimentaires d'accès à la nourriture. Notamment celui de la spéculation boursière sur les matières premières. C'est pourtant l'une des causes principales d'importantes fluctuations des prix, qui peuvent conduire à des famines. Ce type de "trading" parmi les plus décriés, autorise des capitalistes appâtés par le gain, à financiariser des produits destinés à l'alimentation humaine.  

Le prix du kilo de blé ou de riz, aliment de base peuvent ainsi gonfler de + 300% à la suite d'un affolement boursier ou d'une opération coordonnée de financiers visant à manipuler les cours. Cette situation ubuesque qui entraine peu de conséquences en occident est à même de générer une hausse tragique de la mortalité dans un pays en développement. Ceci, pour qu'au passage, des intermédiaires entre l'agriculteur et le commerçant empochent une plus-value sans qu'il n'ait produit une action réelle sur la production, le transport ou le conditionnement de ces aliments comme expliqué dans la vidéo ci-dessous :

 
Ces inflations dramatiques dont les causes sont purement virtuelles, sont d'ailleurs souvent décorrélées de l'offre disponible pour un produit. Elles sont décriées par les ONG qui luttent contre la faim dans le monde et militent pour davantage de régulation en ce qui concerne les matières premières. Ceci afin d'éviter des hausses de prix irrationnelles qui mettent en péril la vie de millions de personnes.


Jérémi Michaux



Photo traders : droits réservés

mardi 28 août 2018

L'échec d'Hulot est surtout la victoire des lobbys



(Article rédigé avant la démission de Nicolas Hulot, mais pas forcément obsolète pour autant)

Depuis la fin des années 60, les scientifiques alertent sur le changement climatique et sur l'effondrement de la Vie sous l'effet des deux facteurs que sont notre consommation et notre démographie. Pourtant malgré le relais conséquent et régulier de ces informations notamment par les écologistes, la situation s'est dégradée. A la prise de conscience écologique post-soixante-huitarde, a suivi l'inconscience écologique des années 80-90.

Depuis l'an 2000 environ, le mouvement écologiste semble renaître de ses cendres à la faveur de l'apparition d'une nouvelle génération davantage concernée par l'avenir de l'humanité. Ces derniers se sentent d'ailleurs trahie par la timide transposition politique des alertes écologiques lancées par les scientifiques. L'action ou plutôt la non-action de Nicolas Hulot en est le symbole le plus criant.

Pourtant la nomination d'Hulot au Ministère de la transition écologique et solidaire a au moins eu une conséquence positive sur l'écologie : elle a permis de se rendre compte, que même un spécialiste du sujet ne peut rien contre un président qui érige la croissance en modèle. Il faut dire que jusqu'à présent, les différents gouvernements que nous avons eu depuis que ce ministère a été créé en 1971 avaient plutôt eu le cynisme de ne nommer que des non-spécialistes à ce poste hautement technique. Ainsi, les industriels ont très souvent vu leurs projets de "développement durable" adoubés par l'Etat et donc à même de recevoir des financements publics alors même qu'ils relevaient du greenwashing le plus cynique (diesel propre, réacteur nucléaire Super-Phénix, tri mécano-biologique des déchets, plan pesticides "Eco-phyto", agro-carburants et plus récemment hydrogène renouvelable ou compteur Linky...). On comprend enfin avec Hulot que cette technicité ne préserve aucunement de céder au puissant lobbying d'intérêts privés.

Ainsi, contrairement à ce qu'on était en droit d'espérer d'un homme qui incarne la figure de l'écologiste pour le grand-public, les actions d'Hulot ont démontré que l'on peut avoir le niveau de connaissances et le soutien populaire nécessaire, mais échouer à imposer des solutions qui brident le monde des affaires. Ainsi, Hulot ne fait pas mieux que ses prédécesseurs qui, à leur décharge étaient loin d'avoir sa popularité. Ce "capital sympathie" d'Hulot, fond pourtant comme neige au soleil et dégouline sur l'image déjà bien écornée des écologistes aux yeux du grand-public. La population française ne cherche pas à s'informer sérieusement sur le changement climatique, ni sur l'effondrement de la biodiversité. Quant à l'écologie, qui - rappelons le - est d'abord la science qui étudie les relations entre tous les êtres vivants mais aussi l'influence de l'environnement sur leur évolution, elle n'est toujours pas une matière enseignée par l’Éducation nationale.

Pour autant le mouvement écologiste qui a toujours eu peu de prise sur les institutions, ne peut pas se passer de la possibilité d'être entendue par une population, souvent moins soumise à l'influence des lobbys industriels que les politiciens. Or la crédibilité d'Hulot est mis à mal par son soutien incompréhensible à ce qui semble être le quinquennat le plus libérale de la Vème République. Ceci, malgré les arbitrages qu'il perd au sein même des questions dont il a la charge, quand ce n'est pas son train de vie de millionnaire ou les zones sombres de sa vie privée qui fait les gros titres des médias de masse.

 

Encore quatre ans de Macron 

 

Le mandat d'Hulot semble hélas parti pour durer au vu des énormes couleuvres qu'il a déjà accepté d'avaler durant cette première année qui s'achève. Il a déjà contribué à affaiblir l'image de l'écologie politique encore davantage qu'elle ne l'était après l'affaire Baupin, la trahison Pompili-De Rugy-Placé et enfin la débâcle législative de 2017.

La bonne nouvelle c'est que cette catastrophe pour l'écologie qu'est la participation d'Hulot à la politique de Macron permettra peut-être à certain de comprendre que la situation ne s'est pas améliorée depuis les années 70 et qu'il est peut-être temps de faire évoluer l'angle d'attaque.

Est-ce le moment pour les leaders écologistes d'envisager d'autres pistes que la nécessaire - mais très peu populaire - décroissance économique. Par exemple celle tabou de la démographie occidentale. Rappelons que si tous les humains consommaient comme les français, il faudrait près de trois planètes pour subvenir aux besoins de tous. A défaut d'envisager d'autres pistes que celle de l'après mai 68, on s'expose sans doute à obtenir les mêmes résultats.

mercredi 11 juillet 2018

L'hydrogène n'est (toujours) pas une énergie propre


Nicolas Hulot annonçait le mois dernier un « plan de déploiement de l’hydrogène pour la transition énergétique » qui coûtera pas moins de 100 millions d'euros d'argent public. Sa réalisation doit permettre à l'industrie française d'asseoir sa position de leader mondial de la production de cette ressource énergétique. Pourtant le ministre n'est pas censé ignoré que 96% de l'hydrogène est toujours obtenu à partir de ressources énergétiques sales telles que le charbon et le méthane. En effet, ce gaz qui s'enflamme spontanément au contact de l'air n'existe pas à l'état naturel. Bien que sa combustion n'émette que de l'eau, sa production elle, engendre une pollution bien réelle.

Selon un rapport explosif de l'Agence nationale de la maîtrise de l'énergie et de l'environnement (Ademe), datant d'avril 2018, la pollution due à la seule consommation française d'hydrogène représente "7,5% des émissions de gaz à effet de serre de l’ensemble du secteur industriel national". Pire, la pollution générée par la production française approcherait le quart des rejets carbonés de l'industrie française. Un volume astronomique pour un vecteur énergétique dont 93% de la production est encore confinée à une utilisation industrielle. Assez loin de l'image "green" véhiculée par les médias acquis à la communication du lobby de l'hydrogène piloté par le géant français Air liquide et ses 20 milliards d'euros de chiffre d'affaire.

Source 2014 : Connaissance des énergies

L'Ademe qui oriente et pilote le déploiement des programmes de transport et énergétiques français en tire d'ailleurs la conclusion qui s'impose : "Sur les impacts du changement climatique et épuisements des ressources naturelles, la mobilité hydrogène n’a d’intérêt que si l’hydrogène est produit à partir de sources d’énergies renouvelables." Or ce "verdissement" de la production plafonne au moins depuis 2014 à seulement 4% du total.


Convertir l'électricité en hydrogène engendre d'importantes pertes


Il est en effet possible de produire de l'hydrogène de manière un peu plus durable grâce à l'électrolyse de l'eau, une technique inventée il y a plus de 200 ans. Elle consiste a séparer les atomes de l'eau (H2O) en dioxygène et dihydrogène (H2) au moyen d'un puissant courant électrique. Anticipant la polémique d'être accusé de subventionner une énergie sales, les concepteurs du plan ont donc fixé un "objectif que 10% de l’hydrogène industriel soit issu de cette technologie en 2023 et entre 20% et 40% d’ici à 2028." Outre le flou artistique entourant cette deuxième échéance, il est a signalé que même en supputant que ces objectifs soient scrupuleusement  respectés, ils reflètent un criant manque d'ambition... ou une certaine réalité.

Car si l'électrolyse de l'eau - qui permet d'obtenir un "hydrogène propre" lorsque que l'énergie utilisée est renouvelable - n'a que très rarement dépassé le stade expérimental, c'est qu'elle est très peu efficiente par rapport à d'autres technologies de stockage de l'électricité.



Toujours selon l'Ademe, le rendement de la conversion de l’électricité et de l'eau, en hydrogène pressurisé est seulement "de l’ordre de 20 à 30%, contre plus de 80% pour le stockage de l'électricité directement dans des batteries électriques". Un gap si important qu'il est apparu nécessaire aux spécialistes de l'agence d'expliciter les conclusions de ce résultat : "le recours à l’hydrogène se justifie, techniquement et économiquement, lorsqu’il permet d’apporter un service supplémentaire, qui ne peut être rendu par des batteries seules." Difficile d'être plus clair sans s'attirer les foudres de l'influent lobby, mais selon les experts, le stockage de l'électricité renouvelable sous forme d'hydrogène serait à réserver à des applications de niche pour lesquelles l'utilisation de batteries est impossible.

Il faut comprendre qu'une voiture fonctionnant avec de l'hydrogène obtenu par électrolyse nécessiterait trois fois plus d'énergie primaire pour parcourir la même distance que son équivalent à batterie. Finalement, le seul véritable avantage de la voiture à hydrogène face à la voiture à batterie électrique est la rapidité avec laquelle il est possible de faire le plein. L'équivalent de celui nécessaire au remplissage d'une voiture thermique. C'est finalement peu pour justifier un tel investissement d'argent public. 


Michaux Jérémi


Autour de la thématique du #greenwashing :  Les fausses bonnes idées écologiques

Illustrations : droits réservés

mardi 12 juin 2018

L'interdiction des néonicotinoïdes ne concerne pas les traitements des animaux



Une fois n'est pas coutume, la société civile a remporté une victoire décisive. Malgré l'opposition officielle du précédent gouvernement et de l'actuel ministre de l'agriculture, les insecticides néonicotinoïdes seront finalement interdits le 1er septembre prochain. Ce bannissement est inscrit dans la "Loi biodiversité" votée par l'Assemblée nationale en juillet 2016. Un aboutissement heureux à deux décennies de mobilisation des scientifiques, des ONG et de politiciens avisés, qui est également une première mondiale.

Une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule, le gouvernement a récemment annoncé que les néonicotinoïdes "cachés" seront également interdits en septembre prochain. Ces insecticides tel le sulfoxaflor dont la composition moléculaire est suffisamment proche des néonicotinoïdes pour être reconnus comme tels n'avaient pourtant pas été classés dans ce groupe par leurs fabricants. Étrangement ce sont toujours ces derniers qui décident de la "famille" à laquelle appartient leur produits. Le risque étant que certains produits puissent ainsi éviter une interdiction générale. Se fût donc peine perdue en ce qui concerne la France, où la société civile s'est véritablement appropriée le sujet. Mais cette stratégie a fonctionné au niveau européen puisque seuls les trois néonicotinoïdes les plus utilisés seront finalement proscrits dans les autres pays du continent. 

Ce qui est sûr, c'est que l'interdiction française arrive à propos puisqu'une énième étude scientifique vient de démontrer l'impact de l'intoxication des oiseaux par les molécules néonicotinoïdes contenues dans les insectes qu'ils consomment. Pour mieux comprendre se qui distingue ces produits, des autres insecticides, il faut savoir qu'ils ont la spécificité de pouvoir être absorbés par la plante et de circuler à travers sa sève dans les différentes parties de cette dernière (racine, feuille, pollen, nectar...). Cette particularité leur confère une efficacité redoutable.

Ainsi, les insectes qui se risquent à consommer la plante traitée subissent une intoxication qui peut mener à une paralysie de leur système nerveux central entraînant une mort inévitable. D'une très forte toxicité - jusqu'à 8.000 fois celle du tristement célèbre DDT - les néonicotinoïdes sont également très persistants. Ils peuvent mettre plusieurs années à se dégrader dans le sol ou dans l'eau. La demi-vie de l'imidaclopride - durée nécessaire à la diminution de sa toxicité de moitié - peut atteindre 1230 jours, soit plus de trois ans.



Les néonicotinoïdes pourront continuer à être utilisés sur les animaux


Pourtant, malgré l'évidence et les bonnes intentions, l'interdiction prochaine n'aura pas tout-à-fait l'ampleur attendue sur la biodiversité. En effet, aussi ambigu que cela puisse paraître, les néonicotinoïdes continueront à être utilisés en toute légalité pour traiter les animaux d'élevages, mais aussi les animaux domestiques. En effet, l'amendement de la Loi biodiversité définitivement votée en juillet 2016 par l'Assemblée nationale est explicite :

"L'utilisation de produits phytopharmaceutiques contenant une ou des substances actives de la famille des néonicotinoïdes et de semences traitées avec ces produits est interdite à compter du 1er septembre 2018."
Or quand on a quelques notions de droit et que l'on connait un peu le secteur agricole, cette phrase ne manque pas d'attirer l’œil. Elle évoque: "l'utilisation de produits PHYTOpharmaceutique". C'est-à-dire, de pesticide destinés à protéger les plantes - dans le jargon de l'agrochimie - car "phyto" signifie "végétal" en grec ancien. Et comme en droit, le diable se cache bien souvent dans les détails, cela signifie que l'utilisation de ces substances pour traiter... les animaux, n'est pas concernée par l'interdiction.

Car des pesticides néonicotinoïdes reconnus - ou des insecticides disposant d'une composition moléculaire proche - sont utilisés par les éleveurs pour traiter leurs installations comme se fut le cas dans le scandale des œufs contaminés au fipronil et à l'amitraze. Ainsi des "néonics" tels que le thiaméthoxam et l’acétamipride sont usité pour éradiquer tiques et autres parasites dans les dizaines de milliers d'élevages français. Or les études scientifiques indépendantes documentent abondamment les ravages que leur toxicité extrême fait peser sur les insectes non ciblés et sur la chaîne alimentaire.


En effet, les différentes molécules appartenant au groupe des néonicotinoïdes sont solubles dans l'eau. Elles peuvent donc être consommées par des animaux s'abreuvant dans une flaque d'eau située à proximité d'un élevage. Mais ce n'est pas tout puisque ces pesticides sont également utilisés par les désinsectiseurs professionnels en raison de leurs caractéristiques systémiques qui fait qu'un insecte touché contamine ses congénères par simple contact. Les désinsectiseurs s'en servent souvent pour éradiquer une termitière, une fourmilière ou une colonie de blattes.

Enfin, les particuliers ne sont pas en reste, eux qui utilisent des colliers anti-puces pour animaux de compagnie ou des gouttes à mettre derrière la tête de son chat ou de son chien pour un effet choc qui dure plusieurs mois. Or ces produits sont souvent composés d'imidaclopride, l'un des néonicotinoïdes les plus courants. L'un de ceux que l'on retrouve le plus fréquemment dans... les cheveux des enfants.


Michaux Jérémi



(Photos : droits réservés)

mercredi 30 mai 2018

Pesticides : Où en est le procès du chlordécone ?



Bientôt douze ans que la Justice française étudie les plaintes des victimes exigeant le procès des responsables de la contamination des Antilles au chlordécone. Une contamination persistante qui, selon les scientifique, pourrait durer jusqu'à 700 ans. Sans la tenue d'un procès hautement symbolique, le problème des responsabilités dans cette affaire d'Etat restera posé. Et ce, avec toutes les conséquences que cela implique sur la société antillaise et ce bien après le décès... des protagonistes scientifiques, étatiques et locaux.

En effet, les victimes, déjà nombreuses, ne manqueront pas en Guadeloupe et en Martinique dans les siècles à venir. Ainsi à l'image du "procès de l'amiante", les responsabilités doivent être établi pour les victimes qui ont porté plainte dès 2006. Car malgré l'opacité du dossier, il apparaît par exemple dans un rapport publié en 2010 que la Commission d'étude de l'emploi des toxiques en agriculture aurait finalement autorisé le pesticide en 1976 alors même qu'elle avait bloqué sa mise sur le marché en 1968 et en 1969. Cette commission qui comprenait des "producteurs de pesticides et des représentants agricoles" l'aurait fait grâce à "deux membres influents" qu'il appartient à la justice d'identifier.

Le ministère de l'agriculture n'est pas en reste, lui qui, sous la pressions de plusieurs planteurs et dirigeants agricoles locaux, a autorisé leur utilisation dans les bananeraies jusqu'en 1993. Dans le cadre d'une véritable démocratie, ils devraient être à même d'assumer leur responsabilité dans cette affaire. Car l'interdiction du pesticide par les États-Unis dès... 1976 aurait dû les alerter et les inciter à refuser les premières dérogations de 1982, suite à l'interdiction française d'utiliser le pesticide sur toutes les autres cultures hormis les bananeraies.



La Justice veut-elle éviter un "procès chlordécone" ?


Tel un serpent de mer aux conséquences troubles sur le climat social aux Antilles, le scandale chlordécone est récemment remonté à la surface à la faveur d'un couac européano-gouvernemental, qui autorisait une augmentation des taux maximum de ce pesticide dans la viande. A la suite de l'émoi suscité au sein de l'opinion publique par cette décision, la Justice annonçait en février la reprise de l'instruction afin d'identifier les responsables de la contamination. Quatre mois plus tard, l'émotion retombant, les avocats des parties civiles sont de nouveau sans nouvelle de la juge Brigitte Jolivet, magistrate au pôle santé du Tribunal de Grande Instance de Paris:

Est-ce à dire qu'elle n'a pas réussi à identifier des responsables ? Peu probable puisque plusieurs d'entres-eux sont pourtant clairement confondus par des rapports publics et par des investigations journalistiques autour du sujet. En attendant que la Justice fasse preuve de courage dans cette instruction hautement sensible, les antillais exigent toujours la tenue d'un procès. Et cette revendication sera portée tant qu'il y aura des victimes. La catharsis collective, préalable à l'apaisement d'un climat social explosif autour de la question ne saurait attendre.


Michaux Jérémi


Illustrations : droits réservés