mardi 20 février 2018

L'homme a créé des animaux génétiquement fragiles et dépendants



L'homme qui modifie le génome de la vache, du cochon ou de l'abeille domestique, a créé des espèces productives mais aussi plus fragiles et entièrement dépendantes de lui. Ceci alors que l'industrialisation de l'élevage génère une homogénéisation des races et fait disparaître de nombreuses variétés locales. 


Si on vous demande de dessiner un cochon, il est fort probable que vous esquissiez un porc tout rose et bien dodu, directement inspiré du fameux conte du 18ème siècle « Les trois petits cochons ». Pourtant, cette vision du cochon qui domine l'imaginaire collectif occidental n'a rien d'évidente. Cette race de cochon est le résultat de la domestication des premiers sangliers capturés en Europe au IVe millénaire avant J-C. Ces derniers ont ainsi progressivement évolué en fonction de leurs nouvelles conditions de vie (enclos, pâturage, alimentation...) et de la limitation du nombre de partenaires disponibles. 

Ainsi, le nom latin de l'espèce la plus courante de porc (Sus scrofa domesticus) signifie littéralement « sanglier domestique ». Le résultat de cette domestication, c'est que contrairement au sanglier, le cochon a progressivement perdu ses défenses, son museau s'est raccourci, sa gueule s'est élargie, son cerveau s'est réduit de 20%, la morphologie de son dos a changé, sa peau s'est assouplie et il a perdu ses poils.

Sangliers sauvages - Henk Monster 


Du sanglier sauvage, au cochon industriel


Les deux espèces demeurent pourtant génétiquement assez proche puisque les croisements seraient encore possible. Jusqu'à quand ? Car l'évolution des techniques de sélection ont considérablement modifié le patrimoine génétique du cochon afin qu'il corresponde aux impératifs de l'élevage intensif. La sélection artificielle (croisements) qui consiste à favoriser la reproduction des animaux les plus costauds est certes, pratiquée depuis plusieurs siècles. Mais les choses se sont réellement accélérées au 20ème siècle.

Les éleveurs industriels n'étaient plus les seuls responsables de l'évolution génétique de leurs animaux. C'est une tâche qu'ils déléguèrent aux laboratoires, qui possèdent une banque des semences de mâles sélectionnés. Dès les années 90, ils parviennent à décrypter certaines parties du génome. Les semences contenant des gènes non désirés sont écartées. On peut donc parler de sélection génétique, essentiellement basée sur des critères de rentabilité. Un gène ne sera conservé que s'il ne nuit pas à l'expression des gènes favorisant le rendement économique du laboratoire et de l'éleveur. Mais la nature est ainsi faite qu'en accentuant certaines qualités, les animaux en perdent d'autres.

Dans l'élevage porcin, il est fréquent que la semence de certains verrats serve à l'insémination de dizaines de milliers de truies. Le problème, c'est que la diminution de la diversité génétique qui en découle, facilite les épidémies. Les virus ont par exemple moins besoin de s'adapter pour contaminer des animaux qui sont génétiquement très proches. Ce manque de diversité est l'une des causes du recours fréquent aux antibiotiques dans les élevages industriels. 

Pour compenser cette fragilité des animaux, la productivité des truies sélectionnées a été augmentée, puisqu'elles portent en moyenne 12 porcelets, contre environ 7 marcassins pour une laie. Ces dernières pèsent en moyenne une centaine de kilos contre... plus de 300 kg pour les femelles "large white", race la plus répandue en France. Une évolution qui n'est pas prêt de s'arrêter puisque depuis les années 2010, c'est désormais l'intégralité du génome des principaux animaux d'élevage qui est décrypté en laboratoire.


A gauche un crane de sanglier, à droite de cochon domestique - Rassinger et Cammerer MWNH

Si vous souhaitez mieux comprendre le sujet de la sélection génétique, regardez cette vidéo de l'Institut du porc. (Attention toutefois au jargon car les "qualités maternelles" à sélectionner chez la truie, sont : sa production de lait, le nombre et la taille de ses porcelets).

Capture d'écran d'une vidéo de l'IFIP vers 05"00


Perte de biodiversité des élevages bovins et augmentation de la dépendance


La structuration de l'agriculture en filière industrielle durant le 20ème siècle a eu l'effet d'homogénéiser de plus en plus les espèces. A tel point qu'une seule race laitière, la "Prim'holstein" représente aujourd'hui... 66% du cheptel français. Des études américaines ont même démontré que toutes les "holstein" de la planète sont issues de seulement... deux taureaux nés en 1880. 

Ainsi, non seulement ces "super animaux" sont génétiquement proche mais au passage, ils sont aussi devenu fortement dépendant de l'homme pour leur survie. La plupart des vaches sélectionnées ne peuvent pas mettre bas sans que l'homme n'intervienne pour "tracter" les pattes du petit veau. Ce n'était pas le cas des bovins rustiques d'antan et encore moins de leur ancêtre, l'auroch sauvage européen, aujourd'hui disparu à force de domestication. 

Principalement en cause dans cette incapacité à vêler seule, l'étroitesse des voies génitales de ces vaches et la taille importantes des veaux. Pire, chez certaines races, la césarienne est même obligatoire. C'est le cas de la très controversée "blanc bleu belge", une race dont les mâles sont si impressionnants, que certains soupçonnent des modifications de leur génome en laboratoire, une pratique interdite sur les animaux en Europe. Peu présente en France, la race est utilisée pour produire de la viande conventionnelle, dans le Nord et en Belgique.

Selon Yves Beckers, professeur de zootechnie à l'Université de Liège, cité par la RTBF, il n'y aurait pas eu de manipulation génétique en laboratoire mais  : "Ce qui fait que le Blanc Bleu n'est pas bio c'est que [...] on est à 99% de césariennes. Or l'agriculture biologique n'accepte que 20% de césariennes."


Mâle dont la semence est destinée à la reproduction, et la viande à la consommation :



Heureusement, cette incapacité à mettre bas par des voies naturelles, n'est pas la règle puisque les éleveurs français de charolais y auraient recours pour "seulement" 4 % des vêlages, selon le ministère de l'agriculture. Enfin, cette homogénéisation des races, conséquence de l'harmonisation des techniques et des procédés de l'élevage industriel a conduit à l'extinction de nombreuses races locales de bœufs. Ces espèces disparues alors qu'elles étaient parfaitement adaptées à leur région sont notamment listées sur cette fiche de l'encyclopédie participative Wikipédia.


L'abeille à miel disparait de nos campagnes


Les apiculteurs, dessin de Brugel, 1568


Les gros animaux d'élevage ne sont pas les seuls à souffrir du développement de la domestication. C'est aussi le cas des abeilles à miel, déjà fortement impactées par les pesticides et par l'extension de l'agriculture mono-culturale, qui réduit considérablement leur choix de végétaux à butiner. Depuis des millénaires, les hommes avaient l'habitude de se servir directement dans les ruches découvertes en pleine nature. Ils les trouvaient non sans mal, dans les anfractuosités des arbres ou des falaises, à l'abri de l'appétit des prédateurs. Mais peu à peu, la domestication des abeilles a été organisée, contrôlée, rationalisée dans des troncs d'arbres coupés, des poteries ou des paniers en osiers. Aujourd’hui, c'est dans des ruches construites pour faciliter les interventions humaines et augmenter la productivité, que les abeilles évoluent.

Avec la modification de leurs conditions de vie, les abeilles à miel ont vu leur génome changer à tel point que dans les pays modernes, où l'apiculture est très développée, elles sont considérées comme des "abeilles domestiquées". C'est le cas en France où celles que les scientifiques appellent "abeilles sauvages" sont issues d'espèces ne produisant pas de miel. Cela vient du fait que les essaims d'abeilles à miel ne se retrouvent quasiment plus à l'état sauvage, sauf à s'être échappés d'une ruche d'apiculteur. Selon les spécialistes, ces abeilles domestiquées sont devenues si peu rustiques, qu'elles seraient incapables de "passer l'hiver" en pleine nature. Il faut dire que dans les ruches, les conditions de vie sont bien différentes :
  • Elles sont parfaitement à l'abri des intempéries et du froid
  • Des "amorces de cires" leurs sont fournies pour faciliter la réalisation des alvéoles qui abriteront la progéniture de la reine, ainsi que leurs réserves de miel et de pollen
  • Lorsqu'elles sont trop nombreuses, l'apiculteur facilite la division de l'essaim en provoquant la naissance d'une autre reine
  • Elles sont nourries avec du sucre, de l'automne jusqu'au printemps qui voit apparaître les premières fleurs à butiner. Modeste compensation pour le miel récupéré.
  • Les reines ont souvent les ailes partiellement coupées pour empêcher les essaimages naturels



Pour ne rien arranger, de véritables petits laboratoires à "produire" des reines et des essaims d'abeilles se développent depuis 70 ans afin de pallier à l'importante mortalité des abeilles. Le problème, c'est que comme une reine vie seulement trois ans, cela fait déjà 23 générations que la pratique se généralise. Chez l'abeille, l'évolution du génome est ainsi bien plus rapide que pour la vache ou le cochon. Enfin, les abeilles sélectionnées qui naissent dans ces élevages spécialisés  sont réputées productives et peu agressives, mais aussi plus fragiles que les abeilles locales, parfaitement adaptées au climat des différentes régions françaises. 

Les abeilles locales sont ainsi victimes de l'industrialisation de l'agriculture et de la facilité qui consiste à acheter des reines sélectionnées. Elles sont désormais en voie de disparition. Surtout qu'il est quasiment impossible de limiter l'hybridation des abeilles sélectionnées, avec les abeilles locales. En effet, des mâles sélectionnés parviennent à féconder les reines locales lors de leur "vol nuptial". C'est pour toutes ces raisons que les membres de la Fédération européenne des conservatoires d'abeilles noires (Fedcan) ont adopté en 2015, une charte visant à créer des zones exemptes d'abeilles sélectionnées, mais aussi à réduire l'intervention humaine, laquelle contribue à la domestication. L'objectif est de préserver les races locales, également appelées "abeilles noires", car souvent plus poilues que les abeilles sélectionnées. 

Aujourd'hui toutes les formes d'élevage semblent être plus ou moins touchées par une accélération de la domestication causée par la sélection génétique en laboratoire. Les limites à cette industrialisation du vivant sont-elles franchies lorsque ces animaux ne sont plus capables d'évoluer dans leur environnement naturel sans l'intervention de l'homme ? La question est posée. 


Michaux Jérémi


mardi 6 février 2018

Après le procès de l'amiante, celui du chlordécone ?



Les antillais seraient toujours aussi contaminés par le chlordécone, un pesticide interdit en 1993 mais qui restera présent pendant des centaines d'années dans les sols, les rivières et les fonds marins. Face à la situation sanitaire critique, des voix s'élèvent pour réclamer un procès où l'État, les scientifiques et le lobby des exportateurs de bananes, assumeraient leur part de responsabilité liée à l'utilisation de ce pesticide interdit aux États-Unis... dès 1976.

Récemment la pollution du chlordécone aux Antilles est revenue sur le devant de la scène car contrairement à ce que l'on pouvait espérer avec le temps, la situation ne s'est pas améliorée. Elle se serait même détériorée puisque les quantités de résidus maximum autorisées dans la viande ont récemment été fortement augmentées. Les seuils maximum autorisés de 20 microgrammes par kilo ont ainsi été multipliés par cinq pour la viande de bœuf et par dix pour celle de volaille.

Cet ajustement important a été autorisé  par le ministre de l'agriculture, au mépris de la position des scientifiques de l'Anses, résumée par cette phrase : "Pour les populations surexposées, l’Agence considère plus pertinent d’agir par des recommandations de consommation plutôt que par un abaissement des LMR" (limites maximales de résidus). De son côté, le ministère donne comme explication la prétendue nécessité d'appliquer une surprenante directive européenne de 2013. Mais on le sait, les directives européennes ne sont pas toujours appliquées. Et accuser l'Europe est parfois bien pratique quand on cherche à se dédouaner d'une décision aussi controversée.

La mesure a plus certainement été prise afin d'ajuster les contrôles vétérinaires à la réalité de ce pesticide très persistant, qui s'accumulerait de plus en plus dans les sols des pâturages et des fermes d'élevage souvent situées en aval des bassins versants. Les scientifiques évoquent ainsi le chiffre ahurissant de... 700 ans avant que la moitié des quantités de molécules présentes dans les sols ne soient dégradées (demi-vie). Heureusement, le chlordécone n'est pas assimilée par les plantes et reste au niveau des racines. En revanche, il s'accumule dans la matière organique des sols au point de contaminer les productions poussant en terre, mais aussi à proximité immédiate (par les poussières). Ainsi salades et carottes, mais aussi tomates ou aubergines sont plus ou moins contaminées, sur de vastes zones de Martinique et de Guadeloupe. La Guyane est quant-à-elle préservée en raison de l'absence de culture intensive de la banane.



Naissance prématurée, retard de développement et cancer à cause du chlordécone


On l'a vu, les végétaux ne sont pas les seuls aliments concernés par la contamination puisque le chlordécone se retrouve dans les micro-organismes en contact avec la terre, la vase des rivières etc.  Ainsi, les animaux qui se nourrissent au contact de ces milieux sont eux-aussi progressivement contaminés, tout comme les langoustes ou les poissons frayant à proximité des côtes entourant les bassins versants des régions bannières. L'interdiction de la pêche dans ces zones est d'ailleurs toujours en vigueur depuis 2009.

Afin de connaitre les effets de la molécule sur l’homme, une étude de l’Inserm baptisée « Ti-moun » avait été conduite en Guadeloupe à partir de 2008 sur des milliers de mères et sur leur bébé. Elle a permis d'établir une corrélation entre le taux de chlordécone dans le sang de la mère et des retards de développement psychomoteurs chez le bébé. L’étude a également conclu à une incidence entre ce taux de chlordécone et l'augmentation du nombre de naissances prématurées. Enfin, une étude antérieure, « Karuprostate » menée en Guadeloupe, établissait quant-à-elle un lien entre le cancer de la prostate, très présent aux Antilles et l’exposition au chlordécone. Les études ne manquent donc pas contrairement aux affirmations récentes de la ministre de la Santé, qui est - à l'image du gouvernement - opposée au projet d'un fonds d'indemnisation des victimes des pesticides porté par deux sénateurs PS. Une ministre qui, lorsqu'elle était directrice de l’Institut national contre le cancer a retiré sans justification, les financements à l'étude "Madiprostate" qui devait confirmer en Martinique, les résultats édifiants obtenus sur l'île sœur.


Evolution de la contamination des sols en chlordécone (2007-2016) :

Données de 2016
Données de 2007


Méfiance des consommateurs vis à vis des productions locales


Mais revenons aux Antilles, la situation sanitaire causée par l'agro-industrie de la banane conventionnelle n'impacte par seulement la santé de la population, elle contribue aussi à détruire la production maraîchère et vivrière locale. Ainsi les poules élevées en batterie et les bœufs qui grandissent "hors-sol" ne seraient pas soumis à la contamination par la terre, particulièrement si les animaux consomment des aliments importés.

Un paradoxe qui contribue à déprécier les rares productions locales - qui ne soient pas de la canne et de la banane - et pousse les antillais à s'en détourner. Ce refus d'acheter aux nombreux petits agriculteurs hors-filière -donc non-contrôlés- est d'ailleurs l'une des propositions phares des scientifiques de l'Anses dans un rapport paru en novembre dernier, qui confirme le maintien de la contamination. L'autre proposition est le maintien des LMR, aujourd'hui remis en cause par le gouvernement. En réponse, la société antillaise s'est émue de ce scandale, des collectifs ont été montés sur les deux îles et une pétition lancée il y a un mois recueille déjà 30.000 signatures (soit près de 4% de la population des deux îles). 



Bientôt un procès du chlordécone... comme il y a eu un procès de l'amiante ?


Le chlordécone, est doublement emblématique aux Antilles car il symbolise une trahison de l'État qui interdit par décret, une première fois la molécule en 1982... mais préserve son utilisation dans les bananeraies. Le gouvernement français a ensuite de nouveau cédé au très influent lobby de la banane en autorisant successivement plusieurs dérogations à l'interdiction totale de la molécule intervenue en 1990. Des dérogations qui s'étaleront sur trois ans, afin... écouler les stocks. 

La molécule est aussi le symbole d'une société post-esclavagiste, où les principaux producteurs de bananes sont aussi les descendants des anciens esclavagistes, les fameux "békés". Une société qui n'oublie pas qu'à la deuxième abolition de l'esclavage en 1848, ce sont les esclavagistes qui ont été indemnisés par la France et non pas les esclaves. Une société qui réclame périodiquement ce procès de l'esclavage comme les juifs ont exigé celui de Nuremberg. Dans cette société antillaise morcelée, la persistance centenaire du chlordécone est donc un problème qui dépasse le seul cadre sanitaire et agricole. Si aucun procès ne se tient, les tensions réapparaîtront dans 10 ans, dans 20 ans...

Ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé de crever l’abcès puisque pas moins de trois plaintes sont déposées contre X entre.... 2006 et 2007 pour tenter de déterminer les responsabilités de ce désastre sanitaire : deux en Martinique et une en Guadeloupe. Elle n'ont pourtant jamais abouti. Pourtant il semblerait que la Justice devant le tollé provoqué par l'augmentation des LMR et par la sortie du dernier rapport de l'Anses ait décidé de se pencher sérieusement sur le dossier. Les trois plaintes qui se trouvent désormais chez le même juge d’instruction au tribunal de grande instance de Paris vont sans doute être instruites. Volonté de faire la lumière sur cette affaire ou communication distillées afin de calmer provisoirement les esprits ?

Les avocats des associations plaignantes ont été convoquées la semaine dernière pour leur expliquer que des gendarmes ont pour mission d'identifier les responsables ministériels, les importateurs, les lobbyistes et les planteurs qui ont pu utiliser le chlordécone après l'interdiction de 1993. Mais imagine-t-on un procès de l'amiante qui soit circonscrit à la période d'après l'interdiction de 1997 et fasse fi des décennies d'empoisonnement et de mensonges étatiques et industriels sur le sujet ? Les prochaines semaines nous diront si l'État souhaitent permettre l'apaisement, ou si la relance de la procédure vise simplement à balayer provisoirement la poussière sous le tapis d'une histoire déjà surchargée.

Jérémi Michaux

La pêche et l'agriculture antillaises contaminées par le chlordécone - 2014

Le Chlordécone et les bébés prématurés aux Antilles - 2014

Les balbutiements de l'agriculture bio en Guadeloupe - 2017

jeudi 25 janvier 2018

Stoppez les bulldozers, créez une association écologiste



On l'ignore bien souvent mais pour créer une association reconnue par la préfecture, il suffit d'être au moins deux. Cette "association" de fait, devient alors une personne morale. Elle peut ainsi recevoir des dons et des subventions ou encore saisir la Justice


Pour créer une association vous n'avez pas besoin d'un capital de départ et l'adresse de votre résidence est suffisante. Ceci est possible car une association ne peut pas être créée dans un but lucratif. En revanche, si elle possède un compte à son nom, une association déclarée peut récolter des dons, réaliser des ventes de manière marginale ou organiser des événements sponsorisés.

Une association a aussi le droit d'embaucher des salariés même si la "loi de 1901" précise que: "l'activité de l'association ne doit pas enrichir directement ou indirectement l'un de ses membres". Ainsi, pour prévenir d'éventuelles dérives, les gestionnaires ayant un droit de vote sont forcément bénévoles et ne peuvent pas être rémunérés à plus de 75% d'un smic, même dans une association structurée de manière professionnelle. C'est pour cette raison que dans ces dernières, le président aura souvent un rôle symbolique alors que le véritable responsable sera nommé "délégué général" ou "directeur général".

Néanmoins les associations ayant recours au travail salarié sont relativement peu nombreuses (15% seulement des 1,3 million d'associations françaises). Cela n'empêche pas le monde associatif d'employer près de 5% des salariés français avec 1,8 million de personnes à temps complet ou partiel.


Des associations écolos avec une action locale ou nationale


Certaines associations sont reconnues pour leur expertise et/ou pour leurs actions relayées par les médias de masse ou alternatifs. Et dans ce domaine, il n'y a pas que les ONG les plus médiatiques qui agissent efficacement pour l'environnement. Une plus petite association comme Générations futures ne pénètre pas dans les centrales nucléaires mais réalise des études scientifiques sur la nocivité des pesticides ou intente des procès retentissants aux multinationales de l'agrochimie. Évidemment ces actions ont un coût global qui se compte parfois en centaine de milliers d'euros par an. C'est l'une des raisons pour lesquelles le public est souvent sollicité. Car l'influence d'une association environnementale est souvent intimement liées à son indépendance morale et financière vis à vis de l'Etat et du secteur privé. Mais toutes les associations n'ont pas vocation à défendre l'écologie à l'échelle du pays.

Leurs "missions" dépendent essentiellement de leurs statuts. La rédaction de ces derniers s'avère donc cruciale comme expliqué sur le site du Carrefour des Associations Parisiennes. En effet, les statuts définissent le cadre d'action de votre association et doivent être envoyés à la préfecture. Toute modification a posteriori vous coûtera alors une quarantaine d'euros. Pour éviter les erreurs majeures, appuyez-vous sur ce modèle de statut rédigé par le site de l'association écologiste "Frene 66".


Quelle thématique environnementale choisir ? 


Vous envisagez de lancer une association pour mobiliser autour de la création de pistes cyclables dans votre ville ou vous opposez à l'extension d'une carrière cimentière sur des terres agricoles en plein cœur d'un parc régional. Il existe à coup sûr des combats qui attendent d'être menés dans votre région. Ils concernent la défense de la nature et de la faune, l'amélioration du cadre de vie, la protection de l'eau, des sols, des paysages, la lutte contre les pollutions et les nuisances... Dans le domaine de l'environnement, il est possible d'agir soit sur les parties prenantes, soit sur l'environnement lui même (plantation d'arbres, recensement d'espèces etc). Prenez le temps de la concertation avant de faire un choix qui vous engagera pendant plusieurs années !

Quand votre association aura atteint sa vitesse de croisière, vous aurez la possibilité d'être reconnu d'utilité publique afin de permettre à vos soutiens de déduire de leurs impôts 66% de leurs dons (donner 50 euros leur reviendra à seulement 17 euros). Il est également possible d'adhérer à des fédérations d'associations telles que "France Nature Environnement" ou "Sortir du nucléaire" et ainsi bénéficier de synergies pour porter votre combat. Enfin, les associations très structurées peuvent être agréées par les administrations régionales voire nationales, si elles remplissent certaines conditions telles qu'un fonctionnement véritablement démocratique ou encore une transparence financière grâce à la publication officielle de leurs comptes. Elles peuvent alors participer aux instances consultatives des politiques environnementales. A vous de jouer !

Michaux Jérémi


Pour aller plus loin :

Exemple de statuts pour une association environnementale

Un décryptage intéressant du monde associatif écolo


Et puis aussi une vidéo de l'émission "La Quotidienne" sur le montage d'une association :


mercredi 10 janvier 2018

Climat : réduire notre consommation ou notre démographie?



Consommation et démographie, sont les deux principaux leviers pour réduire le dérèglement climatique. Ce sont en effet les principaux facteurs qui influent sur les gaz à effet de serre (GES). Pourtant, les remettre en cause constitue deux tabous de nos sociétés occidentales car il s'agit de piliers sur lesquels s’appuient nos sociétés occidentales. Car consommation et démographie ont plus ou moins accompagnés le développement de l'humanité depuis la nuit des temps en s'auto-stimulant.

Ainsi, le mot "croissance" lorsqu'il sous-tend une augmentation de la richesse économique est intimement liée à une hausse de notre consommation. Or c'est cette accumulation de richesse qui a peu à peu permis à nos ancêtres de se protéger des prédateurs animaux ou humains et des aléas de la nature. Ce faisant, l'humanité a pu prospérer sur toute la surface du globe contrairement à d'autres grands animaux qui se voyaient restreint à des zones géographiques spécifiques. Les humains se sont donc progressivement multipliés mais c'est à l'aube du 20ème siècle que la population américaine et dans une moindre mesure européenne, connait un véritable boom démographique. Il ne ralentit que ponctuellement lors des deux premières guerres mondiales puis durablement avec la généralisation du travail salarié des femmes et la pilule contraceptive : 

  • 125 millions d'habitants en 1700
  • 195 millions d'habitants en 1800 
  • puis 422 millions en 1900, soit plus d'1/4 de la population mondiale 
  • 508 millions d'habitants en 2015

Source INED

De nombreux facteurs sont en cause dans cette augmentation fulgurante de la population européenne et surtout américaine. Mais le plus important est sans doute l'industrialisation de l'occident suite à la découverte de la distillation du pétrole au milieu du 19ème siècle. En l'absence de relevé de température -les premiers datent de 1873- on ignore qu'en parallèle il y a une accélération rapide du réchauffement climatique. Les scientifiques sont aujourd'hui capables de documenter ce phénomène en étudiant chronologiquement les carottes sédimentaires et de glace datant de cette période. Des échantillons dans lesquels ils retrouvent également de plus en plus de carbone, principal gaz issu de la combustion du charbon et du pétrole, les deux véritables "carburants" du boom économique (et démographique) occidental. La courbe de la température globale et celle de la concentration de GES dans l'atmosphère sont ainsi intimement liées.



Ainsi au début du 20ème siècle, l'amélioration de la santé humaine et le confort matériel qui découlent du développement économique dans les pays développés, engendrent une explosion démographique sans précédent. S'appropriant de plus en plus de ressources et d'espaces naturels, l'homme nuit à l'équilibre global des écosystèmes dont il dépend. A tel point que de nombreux animaux emblématiques disparaissent brutalement au début du 20ème siècle. Un phénomène dramatique, qui s'est hélas accéléré selon les scientifique puisqu'en 2017, une centaine d'espèce de la flore et de la faune mondiale s'éteignent... chaque jour. Un rythme sans équivalent depuis la 5ème extinction de masse, qui a conduit à la disparition des dinosaures il y a 66 millions d’années.


Un quatari est... 500 fois plus responsable du dérèglement climatique qu'un malien


Selon les scientifiques, la question de la survie de l'humanité ne s'est jamais autant posée. Année après année, les climatologues alertent sur l'augmentation régulière du réchauffement climatique; les écologues sur l'effondrement de la biodiversité. Les principales causes de ces deux grandes catastrophes sont connues et scientifiquement documentées : il s'agit dans le premier cas de la hausse continue des émissions de gaz à effet de serre et dans le deuxième, de l'accaparement des espaces naturels par l'homme. Elles ont pour origine l'impact de notre mode de vie à l'occidental ainsi que l'importance de la population humaine.

Evidemment toutes les empreintes carbones ne sont pas identiques. Selon l'ONU, avec plus de 40 tonnes de CO2, un quatari génère 10 fois plus de dioxyde de carbone qu'un mexicain. Cela signifie théoriquement que ce dernier pourrait avoir une dizaine d'enfants sans que leur empreinte carbone n'atteigne celle d'un seul quatari. Un malien émet quant à lui... 500 fois moins de CO2 qu'un seul quatari, mais aussi 13 fois moins qu'un français. Et encore, ces chiffres officiels ne représentent que les émissions liées à la consommation d'énergie. De plus, ils ne prennent toujours pas en compte la pollution générée dans les pays en voie de développement pour fabriquer des biens consommés dans les pays développés. Ainsi, ce classement onusien favorise encore trop souvent les pays riches, gros importateurs. Ils y apparaissent selon une étude scientifique 23% moins responsables du dérèglement climatique qu'ils ne le sont réellement.

Malgré leurs nombreuses limites, les statistiques obtenues tordent déjà le cou aux clichés prétendant que l'importante démographie des pays pauvres a une influence prépondérante sur le climat. En réalité, cette incidence est minime en terme d'habitant, tant du point de vu des émissions polluantes que de la consommation d'espace naturel.

En revanche, ces pays pauvres sont les premiers à subir les conséquences du dérèglement climatique (aléas climatique, sécheresse, famine, guerre...) avec un effet domino en occident, dont une étude récente s'est faite l'écho. Des chercheurs américains ont en effet évalué l’impact sur le phénomène migratoire, de la température enregistrée dans les zones agricoles (pays de départ): «Lorsqu'elle dévie de l’optimum de 20 °C pour tendre vers des [moyennes] plus basses ou plus élevées, les demandes d’asile s’accentuent ». Le dérèglement climatique qui favorise la multiplication de températures extrêmes augmenterait donc le nombre de départs.



Consommer mieux ou réduire la population ?


L'équation climatique paraît simple : plus nous serons nombreux et moins chacun d'entres-nous pourra émettre de GES à cause de sa consommation (achats, voyages, chauffage...). La démographie des pays riches est donc une clef essentielle pour aborder la question climatique. Ceci reste vrai car même si un nombre critique d'habitants des pays riches décident de consommer moins afin de limiter leur empreinte carbone, cela pourrait être peu probant. Imaginons par exemple qu'ils décident de se chauffer raisonnablement, de manger moins de viande, de privilégier les transports en commun plutôt que la voiture... L'effet escompté pourrait être partiellement contrebalancé par des mécanismes de marché libéraux et mondialisé.

Cette diminution volontaire de la consommation des personnes sensibilisées et altruistes, pourrait provoquer -selon le principe de l'offre et de la demande- une baisse des prix du fioul, de la viande ou des automobiles. Cette chute des coûts pourrait paradoxalement pousser d'autres personnes opportunistes ou encore vivant dans des pays peu sensibilisés, à augmenter leur consommation. L'équation se compliquerait alors sérieusement et la question démographique reviendrait inévitablement sur la table. Or cette dernière présente exactement le même type de limite.

Exemple : suite à la politique de l'enfant unique (et au triomphe du capitalisme) les sinologues ont vu apparaître en Chine, le phénomène de couples qui augmentaient sensiblement leur consommation de biens et de services à cause des économies réalisées par le fait de n'avoir qu'un seul enfant. La consommation de ces couples a t-elle augmenté au point d'émettre autant de GES que s'ils avaient eu plusieurs enfants ? La question est posée ! En revanche, ils auraient probablement moins  consommé, s'ils avaient été davantage sensibilisés.

A la lueur de ces quelques réflexions, il semblerait qu'il n'y ait pas de solution miracle mais au moins déjà deux pistes principales que sont la réduction de la consommation et de la démographie (déjà bien avancée avec la contraception) et ceci, principalement dans les pays riches. Des solutions que les habitants des pays fortement émetteurs de GES/habitant doivent s'appliquer avec courage. Et ceci, malgré le consumérisme tant valorisé par tous ceux qui y trouvent un intérêt. Les solutions existent, pour les politiciens il est temps de regarder davantage du côté des ONG que des entreprises. Car si l'on en croit les climatologues, il y a urgence à agir pour diminuer les conséquences de plus en plus dramatiques du réchauffement du climat. La réduction de l'ampleur des inondations, des sécheresses et des guerres avec toutes leurs conséquences dramatiques, est à ce prix. C'est finalement très peu !

Jérémi Michaux

jeudi 28 décembre 2017

Les balbutiements de l'agriculture bio en Guadeloupe




Malgré un fort potentiel, l'agriculture biologique a du mal à s'implanter en Guadeloupe. La faute à une demande locale faible mais surtout à des freins de la part des lobbys agro-industriels de la canne et de la banane qui dictent la politique agricole de l'île. Pourtant l'augmentation du nombre d'agriculteurs bio laisse quelques raisons d'espérer.

Relativement éloignée de « l’œil » du cyclone Maria, où les vents sont les plus forts, la Guadeloupe a pourtant subit le 18 septembre dernier, des rafales atteignant jusqu'à 150 km/h. Comme souvent, les agriculteurs de l'île ont été les premiers impactés. Ainsi, la petite exploitation d'Elin Losange située sur la commune rurale de Sainte-Rose a connu de grosses pertes. Ce pionnier qui a débuté l'agriculture biologique en 1989 avec l'exigeant label Nature et Progrès, devra remplacer plusieurs grandes serres de salades, qu'il n'a pas pu débâcher à temps. Il estime le coût des dégâts à près de 20.000 euros. Il devrait être partiellement remboursé de cette somme en raison de l'état de catastrophe naturelle, mais dans ces cas là, les délais sont toujours très long.

On comprend dès lors l’effervescence autour de la venue sur l'île, ce lundi 27 novembre de Thierry Stoedzel, directeur général d'Ecocert, l'un des principaux organismes certifiant les différents labels bio. La rencontre organisée par le "Groupement des agriculteurs EcoBio" est importante pour les petits agriculteurs labellisés qui souhaitent que le certificateur prenne en compte leur situation, souvent catastrophique. Elle est également cruciale pour Ecocert, lequel vient de voir apparaître, après plus de vingt ans de monopole, la concurrence de Certipaq. Une arrivée, qui change la donne puisque depuis un an, les adhésions au GDA EcoBio, sont passées d'une trentaine à près de 50 membres.

Selon les nouveaux convertis, les coûts de certification d'environ 400 euros/an, sont quasiment identiques chez les deux acteurs, mais la prise en charge de Certipaq serait meilleure et plus rapide. En effet, le nouveau certificateur a embauché une personne sur place alors qu'Ecocert gère encore les dossiers depuis la métropole. Un reproche, dont Thierry Stoedzel semble avoir pris la mesure : "l'embauche d'un collaborateur basé en Guadeloupe est en cours, j'ai d'ailleurs commencé à rencontrer des personnes en ce sens". Une annonce qui ravit le président du GDA EcoBio, Christophe Latchman, lequel plante avec un succès en demi-teinte, de la vanille sous-serre depuis quelques années : "Ce qu'il nous faut, c'est une écoute sur place car étant donné que les conditions ne sont pas les mêmes, les solutions doivent forcément être différentes".

Thierry Stoedzel, d'Ecocert discute avec les membres du GDA EcoBio. En arrière plan les serres dévastées d'Elin Losange


L'absence d'hiver, la chaleur et la forte humidité ambiante pousse d'ailleurs certains agriculteurs conventionnels de l'île à dire que le bio local ne serait pas rentable. Une affirmation tenace bien qu'elle soit contredite par les résultats probants obtenus en République dominicaine et sur l'île de Cuba, toutes proches. Cette dernière démontre d'ailleurs -depuis les années 60 et l'instauration par les États-Unis d'un embargo sur les importations d'intrants- qu'elle parvient à se passer totalement de l'agro-industrie pour nourrir sa population. Les techniques mises en place par les agriculteurs cubains sont d'ailleurs une source d'inspiration pour leurs confrères guadeloupéens. Malheureusement les faibles moyens dont dispose le GDA EcoBio ne lui permet pas d'organiser des échanges avec Cuba.


Les producteurs de canne et de banane privilégient l'agriculture conventionnelle


Si le principal frein à l'agriculture bio en Guadeloupe ne vient pas du climat tropical, pourquoi représente-t-elle moins de 1 % des surfaces agricoles contre près de 6 % au niveau national ? Selon Renaud Viguier, directeur du GDA EcoBio : "La superficie moyenne des exploitations bio est relativement petite, moins de 5 hectares et la demande locale pour les produits bio est encore relativement faible mais elle est en croissance. Le nombre et la taille des exploitations bio devrait donc mathématiquement augmenter".

A demi-mot, d'autres avancent d'autres freins moins évident, puisqu'il s'agit de ceux déployés par les très puissants producteurs de la canne et de la banane conventionnelle. En Guadeloupe, ces derniers utilisent près de 80% des terres cultivées, en monoculture et au détriment de l'indépendance alimentaire de l'île. Se sont également de gros consommateurs d'engrais et de pesticides mais également les principaux importateurs de ces intrants synthétiques. Un mélange des genres qui ne les incitent pas à se convertir à la bio malgré un très fort potentiel d'exportation. Ainsi les quelques petits producteurs de cannes et de bananes bio en Guadeloupe écoulent leur production localement.

Pourtant, l'engouement national pour l'agriculture bio, fait craindre aux gros producteurs conventionnels une diminution de leurs bénéfices à cause d'une baisse d'intérêt du public métropolitain pour leur production. Pour contourner cette défiance, depuis 2015, l’Union des groupements de producteurs de bananes de Guadeloupe et de Martinique (UGPban) mise beaucoup sur le "made in France" avec  notamment l'apposition d'étiquettes tricolores sur les bananes destinées à la Métropole. Le lobby qui revendique un chiffre d'affaire de 160 millions d'euros, avaient même lancé lors du dernier Salon de l'agriculture, une campagne de communication controversée contre la banane bio, forcément étrangère. 

L'UGPban qui a rapidement été condamné à retirer sa campagne, avançait que ses bananes conventionnelles serait "mieux" que leurs concurrentes bio produites dans des pays non-européens. En cause selon le lobby, la dizaine de dérogations accordées à ces pays étrangers par le label Bio européen, notamment en ce qui concerne les épandages aériens mais aussi les conditions de travail. Des dérogations qui devraient bientôt être interdites par une future réglementation très imparfaite, mais qui comporte quelques avancées. Rédigée par les Etats européens sous l'égide de la Commission, elle sera bientôt soumise au vote du Parlement de l'U.E.


Les lobbys agro-industriels s'opposent au bio malgré le scandale du chlordécone


Le plus déroutant dans cette histoire, c'est que l'UGPban exporte également vers la Métropole, des bananes bio produites... en République dominicaine. Un comble ! Indirectement, cette campagne de communication choc visait peut-être aussi à verdir l'image de la banane antillaise qui reste très liée aux conséquences pour la population antillaise, du tristement célèbre chlordécone. Cet insecticide aux effets neurologiques et cancérogènes a été utilisé aux Antilles jusqu'en 1993 alors que les Etats-Unis l'interdisait dès 1976 en raison de sa toxicité et de sa persistance plus que centenaire dans les sols. Une interdiction qui n'avait pas empêché le très influent lobby de la banane antillaise d'obtenir des dérogations exceptionnelles de la part de l'Etat pour continuer à l'épandre.

Résultat, une explosion des cas de cancers liés à ce pesticide et l'impossibilité de commercialiser tous les légumes poussant au contact du sol (concombre, manioc, patate douce...) provenant des vastes zones d'épandages mais également des bassins versants. Dans ces régions de Guadeloupe et de Martinique, il est également interdit de vendre tous les produits issus de la mer, sur des centaines de mètres autour des côtes. Une catastrophe écologique comme il en existe peu en France métropolitaine. Un scandale dont une poignée de "békés", les descendants des esclavagistes, qui posséderaient toujours entre 30 et 40% des terres agricoles cultivées de Guadeloupe, portent le fardeau. Ceci, à cause du poids de l'histoire et de leur influence prépondérante au sein de l'UGPban.

Un traumatisme qui reste très présent localement alors qu'aucun de ces gros producteurs de bananes ne s'est encore convertit au bio. Ainsi les bananes bio, qui se vendent en Métropole viennent toujours principalement de la République dominicaine. Pourtant depuis 2014, un producteur martiniquais de bananes bio démontre la faisabilité de cette production en vue de l'export. Ainsi, Michel Blondel la Rougery souffle un vent de changement face au lobby agro-industriel : "Aujourd'hui, l'agriculture conventionnelle est basée uniquement sur les intrants. C'est à dire que quasiment 80% de nos rentrées d'argent repartent dans les intrants. Mais aujourd'hui, on arrive à être quasiment autonome sur notre exploitation de banane Cavendish bio". L'homme détaille dans la vidéo ci-dessous les techniques élaborées qu'il déploie pour reconstituer la vie biologique de ses sols.



Une production vendue hors des circuits traditionnels


En l'absence de filière d'exportation bio, les agriculteurs de Guadeloupe, disposant de volumes suffisants, ont le choix entre une poignée de magasins bio et deux ou trois grandes surfaces. Ainsi des membres du GDA EcoBio ont été jusqu'en 2015, très présent chez le géant Carrefour à Baie-Mahault. C'était juste avant que la direction du centre commercial ne mettent les différents producteurs en concurrence afin de faire baisser les prix. Ces derniers ont alors préféré se réorienter vers de la vente directe à la ferme ou vers les marchés de produits frais. D'autres agriculteurs privilégient au contraire la régularité et la capacité d'investissement que permet le système des Amap.

L'association « Mon panier bio Guadeloupe », organise ainsi tous les jeudi après-midi une remise dans la zone commerciale de Jarry, située à deux pas de Pointe-à-Pitre. Quelques christophines, un peu de thym et de persil, des ignames, du piments, des citrons et un bouquet de plantes médicinales, les paniers des amapiens sont diversifiés, selon le principe de l'agriculture vivrière des fameux "jardins créoles".

La remise des paniers est aussi l'occasion d'informer le public avec des stands qui abordent la nécessité de préserver l'environnement local en partenariat avec le Parc national des Mamelles, avec des associations qui luttent pour la réduction des déchets ou qui promotionnent les produits locaux. Des démarches écologiques, qui prennent encore plus de sens sur cette petite île des Caraïbes, où les conséquences du changement climatique sont bien visibles. 

Remise des paniers bio et animations autour de l'écologie au Village de Jarry



Sur le même sujet :


http://www.environnement-et-energie.fr/2014/01/le-chlordecone-et-les-bebes-prematures.html

Dernières infos concernant le chlordécone :

mardi 14 novembre 2017

Nouveau vélib : l'envers du décor écologique et social



Il est indéniable que le vélib, lancé par l'ancien maire Bertrand Delanoë, a beaucoup fait pour la réduction de la pollution et l'amélioration de la qualité de vie à Paris. Pourtant, cela ne doit pas nous empêcher de dénoncer les aberrations liées au déploiement du nouveau vélib.

En effet, la municipalité actuelle n'a pas jugé utile d'inscrire dans le cahier des charges destiné au nouveau prestataire, l'obligation d'embaucher les 315 salariés de la société JC Decaux, qui a perdu le marché. De même la Mairie fait confiance aux promesses de l'ancien prestataire de réutiliser dans une autre ville, les 1200 stations de l'ancien vélib, lesquelles commencent à être démontées. Mais aussi les 20.000 vélos et toutes les autres infrastructures de ce service qui s'étendait sur une trentaine de villes. Et ceci, à peine 10 ans après son inauguration.

Cette vision consumériste du transport... et de l'emploi, a poussé les salariés à entamer une procédure judiciaire contre leur employeur et contre le nouveau repreneur Smoovengo. Le jugement sera rendu mardi 14 novembre, alors que les salariés annoncent qu'ils continueront leur mobilisation en appelant notamment à boycotter les vélib s'ils n'obtiennent pas gain de cause.

Ma vidéo sur le sujet (25/10/2017):



Pour aller plus loin :




vendredi 20 octobre 2017

Mobilisés contre l'industrie cimentière dans le Parc du Vexin



Au cri de "Stop Calcia, un autre avenir pour notre région", les habitants, agriculteurs et élus de la vallée de Seine ont battu le pavé ce samedi 14 octobre, autour de la préfecture de Mantes-la-Jolie. Ils s'opposent à la réalisation sur des terres agricoles, d'une carrière alimentant en calcaire la dernière cimenterie d'Île-de-France. Située à Gargenville dans les Yvelines, elle a été construite en 1921 et ses fumées toxiques concerneraient directement 11.000 personnes. Les habitants espèrent secrètement porter un coup fatal à l'usine polluante en empêchant ce projet de carrière.

Mais le cimentier Calcia-Heideldberg... et l'Etat, ne l'entendent pas de cette oreille. Eux qui agitent le classique chantage à l'emploi. Sauf que la zone menacée par le projet est déjà utilisé par l'homme. Elle pourvoit même à de nombreux emplois agricoles... et touristiques avec la présence immédiate d'un gite qui "fait" également restaurant. Mais ce n'est pas tout puisque le charmant petit village de Brueil-en-Vexin se trouve à 400 mètres du projet de carrière.

La zone concernée par le projet de carrière cimentière

Pour résumer ce cocktail explosif, nous avons :
  • Un projet de carrière cimentière dans un PNR
  • Des hectares de terres agricoles menacées par la carrière
  • Des sources d'eau potable souterraines qui passent à proximité du site du projet
  • L'une des dix usines les plus polluantes d'Île-de-France (400.000 tonnes de C02/an)
  • Un village situé à 400 mètres à peine du projet de carrière
  • Un expert "indépendant", ancien employé... du cimentier
Le commissaire-enquêteur est un ex-employé de Calcia qui a travaillé près de 20 ans pour le cimentier. Gilles Gomez reconnait d'ailleurs être gêné par la situation, qu'il aurait découvert à posteriori : « Quand on m’a confié la mission, le nom de Calcia n’apparaissait pas. Si j’avais su, je me serais récusé. » affirme-t-il dans le Courrier de Mantes en septembre dernier. Dès lors pourquoi ne l'a t-il pas fait au moment où il a appris que son ex-employeur était le commanditaire de l'étude censée être indépendante ? C'est l'une des nombreuses questions à laquelle l'Etat par l'intermédiaire du sous-préfet devra bientôt répondre. 

Michaux Jérémi


Pour en savoir plus consultez le site de l'association AVL3C et regardez la vidéo que j'ai réalisée sur le sujet :