lundi 24 juillet 2017

Du mercure toxique dans nos plombages dentaires



Après des dizaines d'années de négociation, la convention de Minamata interdisant l'utilisation de l'une des substances les plus toxiques pour l'homme va s'appliquer dans moins de deux mois. Pourtant, comme toutes les conventions des Nations Unies, elles n'engagent que ceux qui la respectent. Ce n'est pas le cas de la France.

L’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) exagère volontairement le trait dans un communiqué de presse envoyé aux journalistes : "Le monde a franchi une étape historique dans la lutte contre l'intoxication au mercure aujourd'hui, avec la ratification de l'Union européenne et sept de ses Etats membres (la Bulgarie, le Danemark, la Hongrie, Malte, les Pays-Bas, la Roumanie et la Suède) de la Convention de Minamata sur le mercure".

Pourtant, les spécialistes le savent, cette convention, dont la France est signataire depuis 2013, ne réglera pas le problème de la pollution provoquée par des siècles d'utilisation du mercure par l'homme. Ce métal liquide, interdit dans les thermomètres français depuis 1999, mais qui sous la pression des lobbys, est toujours utilisé jusque dans nos amalgames dentaires. Pourtant depuis 2007, le mercure est considéré par l'Organisation mondiale de la Santé comme l'une des dix substances les plus toxiques pour l'homme avec l'arsenic, le plomb ou l'amiante.

En effet, une intoxication lente ou aiguë au mercure peut engendrer des malformations fœtales, des troubles autistiques, des maladies neuro-dégénératives comme Alzheimer, Parkinson, ou la sclérose en plaques, des maladies mentales, mais aussi des troubles cardiovasculaires. Pour ajouter à sa toxicité, en raison de ses propriétés physiques particulières, le mercure ne se dégrade pas dans l'environnement. Il est ainsi toxique tant qu'il reste en contact avec des organismes vivants. Or il contamine le sol, l'air, les masses d'eau.

Dans l'environnement, le mercure se transforme en méthylmercure, sa forme la plus dangereuse. Celui-ci se retrouve de façon concentrée dans les aliments, notamment dans les produits de la mer. Il s'accumule alors dans les graisses des crustacés, des mollusques et principalement dans les poissons piscivores, qui se nourrissent d'autres poissons. Par un effet d'accumulation, les concentrations les plus fortes se retrouvent alors dans ceux situés au sommet de la chaîne alimentaire tel que le thon, la bonite, l'espadon ou le saumon....


Du mercure présent dans le charbon... et dans les amalgames dentaires


Avalé ou inhalé, le métal s’accumule dans l’organisme au niveau du cerveau, des glandes endocrines, du système cardio-vasculaire, traverse la barrière placentaire et se retrouve même dans le lait maternel. Afin de limiter les conséquences de ce scandale sanitaire peu médiatisé, la convention de l'ONU demande à tous les pays signataire qui s'engagent à interdire le mercure d'ici 2020 dans les thermomètres, les instruments médicaux, les batteries, les lampes fluocompactes, les crèmes et lotions cosmétiques. 

La convention fait en revanche, l'impasse sur son utilisation dans les mines d'or et dans le charbon des centrales électriques. Elle tolère toujours sa présence dans les vaccins et dans les amalgames dentaires. Ce dernier cas de figure semble le plus problématique alors que l'inertie de l'Europe et de la France à ce sujet sont sans doute liée à la puissance des lobbys, mais aussi au grand nombre de personnes directement concernées. Ces amalgames controversés, dont plusieurs pays du nord de l'Europe interdisent ou déremboursent progressivement la pose pour les plus jeunes et pour les femmes enceintes, sont peu remis en cause en France. Il est vrai que notre pays "consomme" à lui seul 1/3 du mercure dentaire utilisé en Europe, le préférant aux matériaux composites pour sa prétendue grande stabilité.

C'est ignorer que dans une publication scientifique, Marie Grosman, biologiste émérite et présidente de l'association Non au mercure dentaire s'inquiète qu'un chercheur suédois ait démontré qu’un seul "plombage" libérait en moyenne 15 microgrammes de mercure par jour, alors que l'OMS exige un seuil maximum de 1 microgramme de mercure pour que l'eau soit considérée comme potable.

Ainsi, 90% des porteurs d'amalgame au mercure présentent cinq fois la recommandation pour l’eau potable dans la salive de mastication. Or comme de nombreuses substances toxiques, le mercure se fixe dans les corps gras et notamment dans le cerveau. Ainsi, selon une étude de 2006, les porteurs de nombreux amalgames ont en moyenne dix fois plus de mercure dans le cerveau que ceux qui en ont peu.

Le reportage ci-dessous tiré du documentaire de France 5, Alerte au mercure démontre que le mercure dentaire se diffuse dans la bouche des porteurs d'amalgames :


Retour sur une interdiction inévitable... mais qui dure


1999: Interdiction de vendre des thermomètres au mercure en France
La France emboîte le pas à plusieurs pays précurseurs tels que le Danemark, la Suède, mais aussi la Norvège et la Suisse qui ne font pas partie de l'U.E. Les consommateurs désireux de se débarrasser de leur thermomètre, peuvent les rapporter à leur pharmacien, mais aucune filière de retraitement n'est réellement mise en place.

2006 : Promesse d'interdire l'utilisation du mercure dans les mines d'or
Léon Bertrand, le ministre délégué au Tourisme, décide de s’attaquer au problème de la pollution au mercure en Guyane française. Il affirme qu’il souhaite obtenir «l’interdiction totale de l’utilisation du mercure sur les chantiers miniers en Guyane». Devant la puissance du lobby minier, la promesse est restée lettre morte.

2007: l'OMS déclare le mercure comme "extrêmement préoccupant pour la santé publique"

Les Etats qui doivent légiférer sur le mercure ne se pressent pas compte tenu de son utilisation massive. Sa présence dans les amalgames dentaires et dans le charbon brûlé par les centrales électriques est emblématiques de notre dépendance à cette substance toxique.

2008: Les exportations de mercure par les pays de l'U.E sont interdites (pas les importations)
Les ministres européens votent pour interdire les exportations de mercure à partir de 2011. La nouvelle législation prévoit également un stockage du mercure non utilisé à la même date. En revanche, les demandes du Parlement européen d’interdire également les importations de mercure ont été rejetées par les Etats.

2009: Le mercure enfin interdit dans les thermomètres
Les thermomètres domestiques et médicaux, baromètres, tensiomètres et manomètres sont concernés par cette interdiction emblématique. 

2013 : Proposition de Loi au Sénat visant à interdire les plombages dentaires
La proposition n'ayant pas rassemblé suffisamment de parlementaires, n'est pas soumise au vote. L'amalgame dentaire est un mélange de mercure (environ 50%) et d'autres métaux: argent, étain, cuivre. La France est la championne européenne du secteur, puisqu’elle absorbe à elle seule le tiers du mercure dentaire du continent, soit 17 tonnes par an. Les deux tiers des «plombages» posés  en 2013 contenaient toujours du mercure.

2016 : L'Europe interdit enfin les amalgames dentaires pour les enfants, les femmes enceintes et les mères allaitantes
Ainsi, à compter du 1er juillet 2018, il deviendra interdit de poser des amalgames dentaires dans la bouche des enfants de moins de 15 ans, ainsi que dans celle des femmes enceintes et allaitantes. La Commission européenne a déclaré qu'elle souhaitait une interdiction du mercure dentaire d'ici... 2030.

2017: chaque année, 4500 tonnes de mercure sont rejetées par l'industrie et l'agriculture dans l'environnement
Les principales sources de pollution au mercure sont les usines à charbon, mais aussi l'épandage de fongicides, l'incinération des déchets ou le recyclage des voitures.

La Convention de Minamata, organisée par l'ONU tient son nom de la plus importante intoxication au mercure de l’histoire, qui s’est produite à Minamata au Japon. Suite au rejet réguliers des eaux usées d'une usine dans la baie de Minamata au début des années 30, les populations de la région consommant du poisson et des crustacés souffrent d'intoxications aiguës. Les symptômes les plus visibles sont des convulsions, des psychoses, des pertes de connaissance qui peuvent aller jusqu'au coma et à la mort. 

Une courte histoire du mercure résumée en vidéo :


Pour aller plus loin, une interview de Marie Grosman présidente de l'association Non au mercure dentaire et vice-présidente pour l’Europe de l’Alliance mondiale pour une dentisterie sans mercure: lien

vendredi 28 avril 2017

Le transport, aberration écologique de la mondialisation

Cargo transportant des moutons entre l'Australie et Oman

Du bois de forêts françaises gérées durablement, envoyé en Asie pour y être débité et transformé, avant d'être réexpédié vers l'Europe sous forme de meubles ou de parquet. Des bœufs français transportés de manière inhumaine par camion jusqu'en Pologne où ils sont abattus et découpés... puis réexpédiés vers nos supermarchés au prix d'une pollution inutile. Étonnamment, ces aberrations écologiques générées par la mondialisation ne sont toujours pas comptabilisées dans le calcul du bilan carbone d'un pays, d'une entreprise ou d'un particulier.

Facultatives, le calcul des émissions indirectes, nécessaires à la production d'un produits sont rarement incluses dans le calcul d'un bilan carbone. Et pourtant les kilomètres parcourus pour transporter les produits que nous consommons ont un impact non négligeable sur les conditions de notre vie sur terre.

Il est évident qu'importer des produits d'Asie, plutôt que du département d'à côté représente un coût écologique important. Ce constat simple est à l'origine de la volonté de relocaliser l'économie, exprimé par de plus en plus de citoyens. Hélas, elle se heurte aux intérêts des multinationales qui produisent dans les pays où le coût de la main-d'oeuvre est bas... pour revendre dans ceux où le pouvoir d'achat est fort.

Et il faut croire que leurs intérêts sont bien défendus, car la notion pourtant essentielle "d'écologie du kilomètre" est encore très peu présente dans l'esprit des politiciens. Ceci, alors que les sondages confirment que les citoyens sont de plus en plus intéressés par une alimentation produite localement. Une démarche à même de limiter l'urbanisation de leur région, tout en favorisant le maintien des terres agricoles (les fameux circuits courts). Des terres de préférence en bio, mais aussi en polyculture, afin de favoriser la biodiversité végétale et animale.


Accident survenu lors d'un transport longue distance

vendredi 13 janvier 2017

Pourquoi il faut protéger les abeilles... de l'agriculture conventionnelle





Vous l'ignorez sans doute, mais depuis une trentaine d'années, une bataille impitoyable se déroule entre l'agriculture conventionnelle et les apiculteurs autour de l'abeille. On connait très bien l'insecte emblématique grâce au miel qu'il produit, ce que l'on sait moins, c'est qu'il est hautement nécessaire à la bonne pollinisation des cultures, dont la valeur pour l'homme se situe entre 2,3 à 5,3 milliards d’euros par an, selon une étude du ministère de l'Environnement. Ces deux actions bénéfiques à l'homme devraient lui permettre de couler des jours heureux. L'abeille a pourtant tout à craindre car son existence même est une épine dans le pied des très influentes multinationales de la chimie telles que Monsanto, qui pourrait bientôt être rachetée par son concurrent Bayer pour près de 60 milliards d'euros.  

En effet, l'abeille est fortement menacée par de nombreux pesticides tel que l'ont démontré un nombre impressionnants d'études indépendantes sur la question. Un travail remarquable et nécessaire car de leur côté, l'industrie influence les législateurs et publie des études selon lesquelles, un insecte comme l'abeille ne serait pas intoxiqué par des substances pourtant destinés à éradiquer les insectes. Un comble ! 

Une mortalité moyenne très élevée depuis la généralisation des néonicotinoïdes


Ainsi en l'absence de mesures courageuses prise par l'Etat, l'apiculture française subit de plein fouet les effets des pesticides. Ceci à tel point que la mortalité des abeilles est passée de 5% à une moyenne de 30% suite à la généralisation durant les années 90 d'une famille d'insecticide très toxique pour les abeilles, les néonicotinoïdes. Ces derniers sont d'ailleurs surnommés "tueurs d'abeilles" et se retrouvent aussi bien dans la majorité des semences agricoles, que dans les sachets de graines que nous achetons à la jardinerie, ou sur les colliers anti-puce que nous achetons pour nos animaux domestiques. 

Au bout de 20 ans de lutte acharnée entre les agrochimistes appuyés par le monde agricole conventionnel et les apiculteurs soutenus par les scientifiques et par les ONG, les députés ont finalement voté l'interdiction des néonicotinoïdes en France à partir de 2018. Ils l'ont fait malgré l'opposition des puissants syndicats agricoles, mais aussi du ministre de l'agriculture (et de l'apiculture) Stéphane Le Foll qui avait eu la bonne idée d'adresser un lettre à chaque député pour leur demander de ne pas voter cette interdiction. En vain !

L'agrochimie opposée à l'essor du bio


Mais le combat pour le maintien d'une apiculture viable en France est loin d'être terminé puisque des molécules aux effets étrangement similaires aux néonicotinoïdes commencent déjà à les remplacer comme l'a démontré l'ONG Pollinis. Une spirale infernale des pesticides qui fait que les molécules interdites après des années de mobilisation sont régulièrement remplacées par d'autres tout aussi toxiques, et ce depuis l'industrialisation de l'agriculture après la seconde guerre mondiale.

Mis à part l'apiculture, l'autre mouvement qui menace l'agrochimie, c'est l'essor du bio qui n'utilise pas de produits issus de la chimie de synthèse. La croissance annuelle à deux chiffres du bio en France laisse augurer des lendemains difficiles pour BASF, Bayer, Monsanto ou Syngenta. A moins qu'ils ne se reconvertissent massivement dans les biopesticides (élevages de coccinelles pour éliminer les pucerons, voire culture de micro-organismes infectant les ravageurs des cultures). Il ne manquerait plus que ces derniers soient génétiquement modifiés et dûment brevetés pour que l'empire de la chimie ne retombe dans ses travers. Gageons qu'ils s’attellent déjà à modifier la législation en ce sens. Des moustiques génétiquement modifiés pour être stériles sont déjà régulièrement relâchés au Brésil dans le but de faire chuter leur population.





jeudi 17 novembre 2016

Greenwashing : les entreprises confondent écologie et économie




Eco-emballage, éco-conception, éco-énergie et même éco-management. Le mot éco est mis à toutes les sauces mais moins pour décrire un progrès pour les êtres vivants, qu'une réduction des coûts de fabrication ou de fonctionnement, à même de rapporter des espèces sonnantes et trébuchantes.

Ainsi telle entreprise de fabrication de papier nous vante la réduction de sa consommation d'eau alors qu'elle lui a surtout permis de diminuer ses coûts de production. Telle autre entreprise communiquera sur le remplacement de toutes ses ampoules hallogène par des LED, moins consommatrices d'énergie.

Ce sont évidemment des actions positives pour la Planète, mais il n'y a aucune de raison de s'en vanter puisqu'elle ont rapporté davantage à ces sociétés qu'elle ne leur ont coûté. Elles relèvent ainsi davantage d'une optimisation de leurs procédés que d'une volonté de limiter leur impact sur l'environnement.

Les actions écologiques coûtent souvent plus qu'elles ne rapportent. Et il n'y a qu'une manière de contraindre les marques à arrêter le greenwashing, il faut savoir le détecter, et pour ça, rien de mieux que de s'informer sur l'envers du décor.

Ainsi pour un petit florilège d'affiches publicitaires relevant du greenwashing, n'hésitez pas à taper "geenwashing publicité" dans votre navigateur internet.

Publicité du lobby des cimentiers 




dimanche 9 octobre 2016

Le problème de la disparition de l'abeille nous interroge



On a tous en tête la célèbre phrase d'Albert Einstein sur la disparition des abeilles et les "quatre ans" qu'il nous resterait à vivre à partir de ce point de non-retour. Bien que l'éminent scientifique allemand n'était pas écologue, il avait déjà compris il y a près de 100 ans que notre survie était intimement liée à ces minuscules pollinisateurs.

Il faut dire que les abeilles, qu'elles soient sauvages ou domestiques réalisent selon l'Inra près de 80 % de la fécondation des fleurs qui pourront alors devenir fruits et légumes. L'Institut national de la recherche agronomique estime que 10% seulement des végétaux sont "principalement pollinisés" par le vent. Il s'agit surtout de céréales. Ainsi, dans les rares régions du monde où les abeilles ont totalement disparues à cause de l'usage massif de pesticides, les agriculteurs doivent polliniser la majorité des cultures à la main.


Alors que pas moins d'une centaine d'espèces animales disparaissent chaque jour et que les scientifiques évoquent de plus en plus, une sixième extinction qui serait déjà en cours, la disparition définitive de l'abeille n'est plus considérée comme impossible. D'ailleurs ces dernières années la mortalité des colonies se situait autour de 30% de perte. Un taux qui ne permet pas de renouveler les populations et oblige les apiculteurs à racheter régulièrement de jeunes reines pour tenter de sauver la colonie. La catastrophe que représente déjà l'effondrement de la diversité génétique des abeilles sur le continent européen doit nous alerter. D'ailleurs, l'abeille noire Apis melifera melifera endémique d'Europe de l'ouest a déjà disparue d'Allemagne. Selon la Fédération européenne des conservatoires de l'abeille noire (Fedcan), elle est en voie d'extinction en France.



Les pesticides principaux responsables du déclin des abeilles


Pour la communauté scientifique indépendante, ce déclin massif des abeilles est principalement lié à la généralisation massive d'insecticides plus efficaces et toxiques au cours des années 90. Ces derniers portent le nom de "néonicotinoïdes" car ils s'attaquent au récepteur nicotinique des insectes jusqu'à provoquer leur mort. Ces pesticides sont d'ailleurs dit "systémiques", c'est-à-dire qu'ils sont transportés par la sève des végétaux à travers toute la plante et se retrouvent dans le nectar et le pollen des fleurs.

Devant l'ampleur du problème qu'ils posent, et la mobilisation massive de la société civile, leur interdiction à partir de 2018 a été inscrite dans la dernière version de la loi Biodiversité validée par l'Assemblée nationale en juillet dernier. Le gouvernement y était pourtant fortement opposé puisque, fait rarissime, le ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll avait personnellement adressé un courrier à chaque député, lui demandant de ne pas voter cet amendement interdisant les néonicotinoïdes.

Sentant le vent tourner au cours des six mois de "navettes parlementaires" qui ont précédés le vote définitif de la loi, le Ministère de l'Environnement s'était au dernier moment rallié aux ONG, et à l'Assemblée nationale, alors que le Sénat continuait à soutenir les agriculteurs fermement opposés à la réforme. En fin de compte, les députés qui étaient à l'origine de l'amendement d'interdiction devaient avoir le dernier mot de ces discussions parlementaires. Le décret d'application de la loi doit maintenant être publié.

B.Pompili et S.Royale finalement en faveur de l'interdiction reçoivent la pétition de plusieurs ONG


Les néonicotinoïdes cachés resteront autorisés


Cette étape remportée par la société civile, on pourrait croire que les abeilles vont rapidement reprendre du "poil de la bête". Il n'en sera rien car selon des scientifiques indépendants, d'autres insecticides qui auraient parfaitement pu être classés dans la catégorie des néonicotinoïdes en raison de leur action sur le récepteur nicotinique des insectes ne l'ont pas été. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il faut savoir que ce sont les agrochimistes qui réalisent les tests préalables à la mise sur le marché de leurs produits.

Les autorités sanitaires, française (Anses) ou européenne valident les demandes d'autorisation de leurs produits présentées par les multinationales, lesquelles ont déjà décidé du classement de ces derniers dans telle ou telle catégorie. Ainsi les "néonicotinoïdes cachés", le Flupyradifurone et le Sulfoxaflore ne seront pas concernés par l'interdiction comme le rappelait très justement l'ONG Pollinis après le vote de la loi. Un non-sens car les premières études sur ces insecticides révèlent une très forte toxicité pour les abeilles.

Mais l'impact des insecticides n'est pas toujours direct. C'est la raison pour laquelle les agrochimistes affirment que leurs produits ne sont pas la seule cause du déclin des abeilles. Pourtant des études de plus en plus nombreuses démontrent que les abeilles qui ne sont pas tuées par les insecticides sont affaiblie par leur toxicité, ce qui les rend plus sensibles aux parasites naturels de la ruche, comme le varroa, ou aux maladies telle la loque américaine. 


On voit bien la proximité moléculaire des "néonicotinoïdes cachés" avec les néonics officiels

vendredi 2 septembre 2016

Les serres d'Auteuil sacrifiées pour le tournoi de tennis de Rolland-Garros ?



Nous sommes en 2016, et la mairie de Paris n'a toujours pas abandonné son projet d'étendre le complexe sportif de Rolland-Garros au détriment des Serres d'Auteuil. Cet espace vert est pourtant l'un des plus emblématiques de la préservation de la nature au sein de la ville de Paris. Ce magnifique écrin de verdure du 16ème arrondissement de Paris, qui abrite des arbres centenaires, des bâtiments du 19ème siècle et des serres botaniques classées au titre des Monuments historiques. Certes, les serres que le projet de la mairie et de la Fédération française de tennis prévoient de détruire sont en mauvais état, mais quand on veut tuer son chien... on commence par arrêter de le nourrir.

Jusqu'à quand Anne Hidalgo va-t-elle poursuivre ce projet voulu par Bertrand Delanoë ?  C'est la question que les amoureux de la nature se posent, et avec eux, les habitants de la Porte d'Auteuil à Paris. Ceux-ci sont également majoritairement opposés au projet, conscients qu'ils sont de l'importance de préserver cet espace vert en bordure du périphérique. Pour un peu, ils en deviendraient presque écolo. Enfin, il ne faut pas pousser mémé dans les orties, ils pensent surtout à préserver leur qualité de vie, et on aurait tort de leur en vouloir connaissant l'importance du trafic automobile dans la zone. D'autant plus que le lieux est magnifique d'un point de vue botanique, et historique, car plusieurs serres du jardin ont été construite par le célèbre architecte Formigé, et sont classées au titre des Monuments historiques.


Le parc des Serres d'Auteuil après l'extension de Rolland-Garros (projection)


Un parc pourtant protégé par les Monuments historiques


Rolland-Garros qui s'étend actuellement sur 8,5 hectares et compte déjà 24 courts de tennis souhaite s'agrandir toujours plus. Le tournoi annuel prévoit pour cela de détruire plusieurs serres actuellement ouvertes à la visite et de s'approprier un tiers des espaces verts du parc (voir photo). Pourtant, bien que les serres en questions ne soient pas "classées", la totalité du sol est tout de même inscrite sur l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques.

Les opposants avaient pourtant proposé une alternative qui prévoyait de ne pas toucher au parc et de construire le nouveau stade de 5.000 places au dessus de la jonction entre le périphérique et l'autoroute A 13 (autoroute de Normandie). Une construction plus onéreuse, mais qui a déjà fait ses preuves avec notamment le stade de football du Paris Saint Germain (Parc des Princes) qui recouvre le boulevard périphérique non loin de là. Mais la Fédération française de tennis et la mairie de Paris ne veulent pas en entendre parler.

Faisant face à de très fortes pressions politiques (Emmanuel Valls, le PS et l'UMP appuient le projet) les opposants ont pourtant réussi à retarder le début des travaux. Ils se sont pour cela appuyés sur le classement de l'ensemble du parc à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques. Une particularité qui n'a pourtant pas empêché la signature du permis de construire par la maire de Paris, Anne Hidalgo. Le projet est maintenant en attente, mais pour combien de temps ? Si j'étais vous, je visiterais au plus vite ce magnifique écrin de nature en pleine ville, avant qu'il ne disparaisse définitivement.





 

mercredi 27 avril 2016

Taxe Nutella : l'huile de palme bientôt moins taxée que l'huile d'olive ?






A la faveur du projet de loi biodiversité, l'huile de palme pourrait devenir l’une des moins taxées dans notre pays. Les députés ont en effet voté jeudi 17 mars, une taxe de seulement 90 euros par tonne d'huile de palme, contre 190 euros/tonne pour l’huile d’olive. Un comble quand on sait que l'huile de palme est fortement décriée pour son impact sur l'environnement et sur la santé. Mais, qui a peur de la fameuse "taxe Nutella" ?

Un pas en avant, un pas en arrière. Alors même que es députés interdisaient les insecticides néonicotinoïdes surnommés "tueurs d'abeilles", les mêmes parlementaires décidaient de diminuer fortement la taxation de l'huile de palme connue pour être peu écologique. La taxe votée à l'Assemblée dans le cadre du projet de loi biodiversité est en effet de seulement 90 euros/tonne, alors que le Sénat avait initialement validé un coût de 300 euros/t. Si les débats en restent à ce stade, l'huile de palme sera donc moins taxée que l'huile d'olive (190 euros/t) ou que l'huile d'arachide (170 euros/t). Pourtant l'huile de palme est non seulement décriée pour son impact sanitaire, en raison de sa forte teneur en acide gras, mais aussi des dégâts importants que sa culture cause à l'environnement. 

Le risque de cette faible taxation, est d'encourager l'industrie agro-alimentaire à privilégier l'huile de palme pour ses produits préparés (biscuits, pâtes à tartiner, sauces, plats cuisinés...). Ainsi, pas moins de 150.000 tonnes d'huile de palme sont consommés chaque année en France, le plus souvent sous la mention "huile ou graisse végétale".

Pourtant, les agences sanitaires recommandent de limiter notre consommation d'huile de palme, car elle contient 50% d'acides gras saturés contre une moyenne de 15 % dans les autres huiles. Or, ces acides gras saturés participent à augmenter notre taux de cholestérol, le risque de maladies cardiovasculaires et favorisent l'obésité.

 
Déforestation et champs de palmiers à huile  (NASA)
Fort impact de l'huile de palme sur l'environnement et les modes de vie locaux


L'impact de l'huile de palme s'exprime aussi sur l'environnement puisque l'exploitation massive de cette culture, principalement en Malaisie et en Indonésie, génère une forte baisse de la biodiversité locale. En effet,  les forêts primaires d'Asie, mais aussi d'Afrique ou d'Amérique du sud sont défrichées pour laisser place à d'immenses champs de palmiers aux pieds desquels rien ne pousse, et qui abritent une faune très restreinte. 

En outre, de nombreux traitements sont réalisés sur ses champs, augmentant fortement l'empreinte carbone des cette culture (engrais, herbicides et pesticides chimiques sont des dérivés du pétrole).  C'est alors l'écosystème de régions entières qui se trouve fortement affaibli par le manque de biodiversité lié à cette monoculture intensive du palmier à huile.
Mais ce n'est pas tout, car l'appétit croissant de l'industrie agro-alimentaire des pays riches pour l'huile de palme (2kg/français/an), pousse les pays producteurs à rentrer de plain-pied dans une logique agro-industrielle qui génère un fort impact local.  

Palmiers à huile au Cameroun (Marco Schmidt)

Le besoin croissant de terres incite alors les propriétaires terriens à allumer d'immenses feux de forêt -plus ou moins bien contrôlés- qui permettent de défricher plus rapidement les futurs champs. Des tonnes de gaz à effet de serre sont alors rejetées dans l'atmosphère. Des émissions polluantes, qui s'ajoutent à celles nécessaires au transport de l'huile de palme vers ses principaux lieux de consommation, parfois distant de dizaines de milliers de kilomètres.

Enfin, les enquêtes menées par des ONG comme Greenpeace ou WWF le prouvent, les expropriations des paysans sont nombreuses dans ces régions où le chiffre d'affaire des géants de l'agro-industrie, qui convoite leurs terres, est parfois supérieur au PIB des pays concernés. Un cercle vicieux, que même la "certification durable" croissante de champs d'huile de palme, fondée sur des principes agricoles plus respectueux de la nature ne semble pas pouvoir arrêter. Un bon point tout de même, les députés ont voté une exonération de taxe pour l’huile de palme "durable" qui pourrait inciter les industriels à privilégier cette dernière. Les consommateurs ont donc un rôle à jouer puisque certains produits affichent ostensiblement la mention "huile de palme durable", ou bien remplacent tout simplement l'huile de palme dans leur recette.

Les industriels et les pays producteurs en faveur du statu-quo


L'amendement au projet de Loi biodiversité avait été proposé par Europe Ecologie Les Verts en 2015. La taxation que proposaient les écologistes avait initialement été fixée à 300 euros par tonne en 2017 lors de son vote par les sénateurs. Elle a finalement été abaissée à 90 euros/t par les députés. Pour les ONG, cette taxe a été rabotée sous la pression des agro-industriels (le député LR, David Douillet, ancien ambassadeur de Nutella était à la pointe des "opposants"), mais aussi des états producteurs. Deux pays, la Malaisie et l’Indonésie sont particulièrement visés puisqu'ils représentent 86 % de la production mondiale. D'ailleurs, la nouvelle secrétaire d'Etat à la biodiversité, et ex-membre d'EELV, Barbara Pompili avait déclaré avant le vote : "Nous ne voulons ni d’un boycott de ces deux pays, ni même de l’huile de palme." Une réponse que n'aurait pas reniée notre ministre des Affaires étrangères.

Et de poursuivre que cette taxe à 90 euros permettait "d’envoyer un signal" aux pays exportateurs, tout en restant " réaliste ". C'est sans doute ce manque de réalisme politique qui avait généré un imbroglio médiatique entre notre pays, l'Italie... et Nutella il y a près d'un an. On se souvient de l'intervention maladroite de Ségolène Royale, invitée lundi 15 juin au "Petit Journal" de Canal+. La ministre de l'Ecologie déclare: "Il faut arrêter de manger du Nutella, parce que c'est de l'huile de palme". Le fait que Mme Royale s'en prenne d'une manière si direct, à une marque en particulier -qui plus est populaire- avait eu un impact négatif sur l'opinion publique, jusque de l'autre côté des Alpes.
L'idée n'avait pas beaucoup plu en Italie, où se trouve le siège de Ferrero qui possède la marque Nutella. 

Avec un certain manque de réserve, qui sied peu à sa fonction, l'homologue italien de notre ministre de l'Ecologie, Gian Luca Galletti avait réagi dans un tweet assassin : "Que Ségolène Royal laisse les produits italiens tranquilles. Ce soir au menu : pain et Nutella". Toujours sur Twitter, la ministre de l’écologie, avait dû présenter ses excuses pour la polémique. Son intervention avait alors discrédité la taxe sur l'huile de palme portée par les écologistes.

Dans cette cacophonie ambiante, les raisons invoquées par Ségolène Royale pour cet appel au boycott: "Parce qu’il y a une déforestation massive, qui participe au réchauffement climatique" avaient eu peu d'échos.

Validée par la Sénat, retoquée par l'Assemblée, la prochaine échéance pour "l'amendement huile de palme" se traduira par un deuxième passage par le palais du Luxembourg, vraisemblablement autour du 10 mai, pour une nouvelle lecture du projet de loi biodiversité. Une commission mixte paritaire (CMP) Assemblée-Sénat sera ensuite convoquée pour tenter de mettre au point un texte commun. Un vote définitif aura alors lieu durant l'été à l'Assemblée, celle-ci ayant constitutionnellement le dernier mot. Tout est donc théoriquement encore possible.

Champs de palmiers en monoculture (Greenpeace)