mardi 3 avril 2018

Les climato-sceptiques sont majoritairement de droite




En France, le dernier climato-sceptique médiatique est Philippe Verdier, ex-responsable du service météo de France Télévision, devenu animateur à Sud radio. On se souvient qu'il avait été licencié suite au tollé provoqué par la publication d'un livre polémique, à quelques semaines de la COP21. Le "monsieur météo" utilisait alors le terme "supercherie" en évoquant l'origine humaine du réchauffement climatique. Une responsabilité pourtant approuvée par plus de 95% des climatologues et documentée par les cinq rapports du GIEC (Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat).

Mais alors, qu'est-ce qui - en dehors d'intérêts personnels plus ou moins avouables - peut pousser des personnes instruites à adopter une idéologie contredite par un si large consensus scientifique ? Une étude sociologique a été réalisée en 2015 aux États-Unis pour tenter de mieux comprendre le climato-scepticisme. Selon Dan Kahan, professeur à Yale, qui l'a conduite, la principale caractéristique des climato-sceptiques tient à leur biais culturel. Le terme désigne le processus inconscient qui pousse une personne à refuser les thèses qui contredisent "sa vision de ce que devrait être la société". Dans l'étude, les deux groupes qui s'opposent selon ce principe sont ceux qui se revendiquent de droite plutôt opposés à l'interventionnisme de l'État, et ceux de gauche qui considèrent au contraire que le rôle de l'État est d'organiser le fonctionnement de la société.

Or selon l'étude, 22% seulement des américains de droite considèrent que l'homme est responsable changement climatique contre 75% pour ceux de gauche. Le libéralisme n'est certainement pas la seule cause du climato-scepticisme. Mais étant très présent dans la culture américaine mondialisée, il pourrait freiner la prise en compte des problèmes globaux comme le dérèglement climatique ou l'effondrement de la biodiversité.

Causes du réchauffement climatique (bleu pour la gauche et rouge pour la droite) - Dan Kahan, 2014



Michaux Jérémi


Houston après le passage de l'ouragan Harvey en 2017-  Thomas B. Shea



samedi 31 mars 2018

Les rêves de colonisation spatiale freinent la transition écologique



En affirmant récemment que son projet de construire une base de vie sur Mars pourrait assurer rien de moins que « la survie du genre humain », le milliardaire Elon Musk qui a popularisé les voitures électriques Tesla, s'est transformé en marchand de rêve. Se faisant, il contribue à générer de faux-espoirs chez tous ceux qui ne demandent qu'à le croire. Ainsi, l'effondrement de la biodiversité et le dérèglement climatique, qui nous imposent un peu plus de sobriété, n'existent plus. Comme durant les "30 glorieuses" on peut de nouveau consommer sans entrave afin de relancer la croissance. Après avoir épuisé les ressources et dégradé les conditions de vie sur Terre, il suffirait d'acheter un billet pour Mars à sa compagnie privée Space X. 

Mais l'utopie de Musk ne serait rien, si le grand-public - à qui elle est destinée - était suffisamment critique pour comprendre qu'elle se base sur plusieurs mensonges. Des mensonges qui diffusent l'idée que nous pourrions vivre plus de quelques mois en autarcie sur une autre planète. Une planète dont les conditions physico-chimiques qui règnent à sa surface et sa distance par rapport au soleil ne permettent pas la présence d'eau liquide. C'est pourtant l'un des pré-requis indispensable à la création des écosystèmes naturels dont nous dépendons pour nous alimenter, respirer etc. Car le corps humain est le fruit d'une évolution et d'une adaptation de plusieurs millions d'années aux conditions particulières qui règnent sur Terre. 

Or la rapidité des changements écologiques en cours depuis l'avènement de l'ère industrielle, ne permet plus cette adaptation nécessairement progressive. Ainsi, la biodiversité dont nous dépendons pour notre survie, disparaît peu à peu, d'où cette inquiétante "6ème extinction de masse" - en cours depuis le XIXème siècle - selon de nombreux écologues et autres spécialistes des écosystèmes. Pour rappel : la 5ème extinction avait vu la disparition des dinosaures, incapables de s'adapter aux changements écologiques rapides engendrés par l'arrivée d'une météorite géante.



Un faux-prophète qui s'appuie sur notre envie... de ne rien changer


L'utopie de la colonisation spatiale serait inoffensive si elle ne détournait pas une partie du public de l'unique solution qui s'offre réellement à nous : préserver la seule planète de notre système solaire habitable par notre espèce. Ceci, en limitant notre niveau de consommation et notre démographie. Car le fait de penser que des scientifiques vont trouver des solutions miracles à la crise de la biodiversité et du climat est contre-productif. Ces faux-espoirs ralentissent l'acceptation par le public des vraies solutions qui peuvent être appliquées dès maintenant mais sont hélas peu populaires car quelque peu contraignantes. 


Elon Musk lors d'une présentation Tesla - dr

Elon Musk est une star comme seule notre époque en crise peut en produire. Milliardaire avant l'âge de 40 ans grâce à des talents de visionnaire dans le monde impitoyable des affaires, l'homme convainc tout azimut. Il réconcilierait presque les passionnés de sport mécanique et les néo-bobos se raccrochant à la moindre information positive en matière d'environnement. 

C'est d'ailleurs de là que Musk tire son aura. Il va à contre-courant de tous les spécialistes de l'écologie. Pour lui l'avenir est porteur d'espoir. L'écologie est forcément positive. Elle n'est plus contrainte, elle devient plaisir et même synonyme de croissance infinie, dans un monde qui n'est pourtant pas extensible. Nous n'aurions donc plus à fermer le robinet en nous brossant les dents, ni même à éteindre la lumière en quittant notre chambre. 

Une fois la planète saturée, nous partirions pour Mars, sans nous retourner. Le drame, c'est que le grand-public ne cherchera pas plus loin. En effet, ce faux-espoir est suffisant pour le maintenir dans une bulle de positivité face à la réalité des crises écologiques. Ainsi il ne perd pas confiance dans la capacité du "progrès" à lui offrir des solutions qui ne lui demandent aucun effort. Et si Musk, remporte la bataille des esprits avec cette communication simpliste, le milliardaire ralentit la transition écologique vers une vie plus sobre. Il laisse accroire à de nombreuses personnes qu'il serait possible de continuer à vivre comme avant, en roulant en voiture électrique et en consommant de l'électricité renouvelable. Deux secteurs dans lesquels le milliardaire est d'ailleurs très investi. 

En réalité, quelque soit leur niveau de déploiement, ces deux dernières propositions ne permettront qu'un répit de courte durée et sûrement pas un mouvement capable d'inverser le réchauffement du climat et l'érosion de la biodiversité dans un monde en croissance économique et démographique. En effet, comme toutes les batteries électriques, celles fabriquées par Tesla, doivent être changée moins d'une dizaine d'années après leur mise en service. Elles sont également loin d'être entièrement recyclables puisque le constructeur annonce que 40% des composants de ses batteries ne sont pas recyclés. 

Tesla espère évidemment améliorer ce taux, mais il est impossible de recycler des alliages de métaux à l'infinie. Il y a toujours des pertes de matière, d'où le taux moyen obtenu par la société d'Elon Musk. De plus le "recyclage partiel" d'une batterie nécessite la réalisation de processus chimiques polluantsAinsi, le dirigeant de Tesla serait bien avisé de suivre le conseil d'Albert Einstein : « On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré. »


Jérémi Michaux

mardi 20 mars 2018

L'État français peut-il porter la transition écologique ?




Depuis 2009 et le lancement par l'État, du "plan Ecophyto" visant à réduire les pesticides de synthèse, la consommation de ces derniers n'a cessé d'augmenter. Un paradoxe d'autant plus étonnant, que dans le même temps : 

  • Les français consommaient de plus en plus de produits bio (environ 10% de croissance/an)
  • La surface agricole totale diminuait, de près de 50.000 hectares par an à cause de l'artificialisation des sols (1ha = 1 terrain de rugby)
  • La part du bio dans la "surface agricole utilisée" (SAU) augmentait sensiblement (voir ci-dessous)


Entre 2009 et 2014, tous les feux semblaient au vert, pourtant, la consommation de pesticides augmenta de plus de 5% par an. Et ce malgré les 361 millions d’euros de financement dévolu à Ecophyto. Selon les spécialistes de l'agriculture alternative, les réponses se trouvent dans le fonctionnement même du système agricole industriel. Des mécanismes complexes, mais parfaitement décryptés dans ce documentaire de Cash investigation ou dans cet article du site internet Bastamag. 


Les agriculteurs plébiscitent les pesticides... les consommateurs préfèrent le bio



En parallèle de cette hausse globale de l'utilisation de pesticides, la consommation de produits agricoles bio a continué à croître d'environ 10% par an depuis 2008. Il faut dire que grâce à l'excellent travaille d'information réalisé par le monde associatif et par quelques médias, les français sont de plus en plus au courant des dangers que l'utilisation de pesticides représente pour tous les êtres vivants.

Longtemps réfractaires, les grandes surfaces suivent le mouvement et certaines ont même investi dans des chaines de magasin bio. C'est le cas de Monoprix avec Naturalia, d'Auchan avec Cœur de nature, ou encore de Carrefour qui a lancé Carrefour Bio. Le nombre de magasins spécialisés a ainsi augmenté de 18% rien que sur l'année 2017. Une dynamique également prometteuse pour l'emploi. Les fermes bio, souvent moins mécanisées que les conventionnelles, ont recours à davantage de main-d'œuvre. Selon un rapport de l'Inra datant de 2013, elles emploieraient 60% de personnel en plus, pour une surface équivalente. Cela représente 2,4 "équivalents temps plein" pour l'agriculture bio, contre 1,5 emploi pour le conventionnel.


Les conversions en agriculture biologique se multiplient donc malgré l'échec des plans successifs de réduction des pesticides pilotés par l'Etat mais surtout, malgré le peu d'aides octroyée à ce secteur. Car contrairement à la communication gouvernementale, l'agriculture biologique est relativement peu subventionnée par rapport aux services qu'elle rend à la société.

Elle préserve en effet la ressource en eau, ce qui réduit le coût colossal du traitement à cause des pollutions d'origine agricole. En 2011, une étude du Conseil général au développement durable (CGDD) estimait la facture totale à plus d'un milliard d'euros. Mais ce n'est pas tout car l'agriculture biologique préserve davantage les pollinisateurs des cultures, dont la présence permet d'augmenter les rendements. Cela limite le recours aux engrais. Enfin, les coûts de santé publique sont moindres pour les travailleurs agricoles, les riverains et les consommateurs.

Les français qui plébiscitent l'agriculture biologique semblent être les véritables moteurs de cette transition vers l'agriculture bio. Reste à savoir si cette dernière est capable d'aller plus loin dans son respect "du vivant" et ainsi éviter les dérives liées à l'industrialisation de ses filières, au détriment des principes de l'agro-écologie.


L'entreprise publique EDF plombe la transition énergétique française



Moins de 20% de l'électricité produite en France est renouvelable - CDE via Observ'ER 

En octobre dernier, Europe 1 révélait que le ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot souhaitait en toute discrétion, réduire les objectifs européens de production d'énergie renouvelable. Un mois plus tard, il revenait de manière invraisemblable sur la loi portée par son prédécesseur, qui consistait à diminuer la part du nucléaire à 50% du mix électrique en 2025.

Ainsi, malgré le greenwashing gouvernemental qui voudrait nous faire prendre des vessies pour des lanternes en matière d'énergie renouvelable, la France est très loin du compte. Notre pays, relativement venteux et ensoleillé est l'un des États européen dont la part d'énergie renouvelable est la plus faible avec seulement 19% de la production électrique (dont 12% d'électricité issue des barrages hydraulique).

Le "mix électrique" français reste ainsi très peu diversifié puisqu'il s'appui - fait unique au monde - à plus de 70% sur le nucléaire, avec un coût de plus en plus important pour l'État et donc pour les citoyens. En effet, le sauvetage d'Areva, la maintenance des centrales vieillissantes, le démantèlement des centrales vétustes et le stockage des 130.000 tonnes de déchets radioactif produit chaque année plombent les comptes de l'entreprise publique EDF, qui cumule une dette brute de plus de 75 milliards d'euros en 2017.



Les EnR restent très marginales dans le mix électrique - ©Connaissance des Énergies, d’après chiffres 2016, RTE

Les citoyens à l'origine de 40% des projets d'énergies renouvelables allemands



Au contraire en Allemagne pays souvent cité en exemple en matière de transition, la production d'énergie est beaucoup moins centralisée. Plus de 70 régies municipales de production d'énergie locales y ont été créées depuis l'an 2000 (souvent dans les anciennes régions charbonnières de l'est, mais aussi à Hambourg, à Berlin...).

A la clé, des bénéfices pour dynamiser ces territoires : selon le spécialiste en énergie, Andreas Rüdinger, cité par Alternatives économique de janvier 2018 : "Une étude, commanditées par une fédération de régies municipales d'énergies dans le land de Hesse a démontré que la valeur économique ajoutée localement peut être multipliée par huit si le projet est entièrement contrôlé et financé par les acteurs du territoire (citoyens, collectivités et entreprises)".

Mouvement  écologiste et solidaire Alternatiba à Paris

En France, la loi de 1946 interdit la création de nouvelles entreprises locales publiques de production d'électricité en dehors de celles déjà autorisées. Pour contourner cette limitation, de petites coopératives citoyennes d'énergie renouvelable (EnR) voient le jour depuis une dizaine d'années. Elles sont souvent soutenues financièrement par les mouvements citoyens tels qu'Alternatiba ou par le fournisseur coopératif Enercoop. Ce dernier a l'obligation d'acheter à des producteurs d'EnR, l'équivalent de chaque kilowatt consommé par ses clients.

Selon un rapport de l'Ademe (Agence nationale de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), paru en 2016, les 160 projets participatifs totalisaient environ 3% de la puissance éolienne installées et moins de 1% du photovoltaïque. A titre de comparaison, en Allemagne c'est près de la moitié de la production renouvelable qui est gérée par des particuliers. Cet effort citoyen, intimement lié à l'abandon du nucléaire par l'Allemagne, représenterait globalement près d'un millier de coopératives de production et environ 100 milliards d'euros d'investissement.

Au Danemark, des coopératives locales détiennent 80% des projets éolien alors qu'en Ecosse, un objectif minimal d'électricité produite par les citoyens a été fixé à 500 mégawatts, soit 6.5% des capacités installées en 2015.


Hulot ministre, contribue-t-il à freiner l'écologie ?


Avec Jean-Bernard Levy, président d'EDF sponsor de sa fondation

Outre les tarifs de rachat de l'électricité relativement bas, le problème des projets citoyens français est culturel. Contrairement à la majorité des autres pays européens, le monopole de l'entreprise d'Etat EDF sur la production d'électricité a contribué au désinvestissement des citoyens des questions énergétiques. Et ce n'est pas la suppression par l'Europe des tarifs d'achat réglementés au profit des appels d'offres en 2015 qui inversa la tendance. En effet, le dispositif exige de coûteux investissements pour réaliser des études d'impact et de faisabilité. Un investissement que les collectifs citoyens peuvent rarement se permettre au bénéfice des grands groupes de l'énergie.

C'est ce type d'aberration qu'il serait utile de rappeler à Nicolas Hulot, au cours du débat public qui est censé inspirer la future publication pluriannuelle de l'énergie (PPE). Cette étape obligatoire mais qui semble d'ors et déjà dévoyée, a été lancé ce 19 mars et s'achèvera au mois de juin prochain. Contrairement aux attentes suscitées par un ministre de l'énergie, adulé dans certains milieux écologistes, l'actuel projet de cette PPE n'aborde ni la question du nucléaire, ni celle de la réduction de la consommation énergétique. Mais est-ce si surprenant, lorsque l'on sait qu'à l'image de nombreuses fondations, celle du ministre est largement financée par EDF ?

Se faisant, le ministre de l'énergie se rend-il compte de sa contribution à l'émiettement de l'espoir, cet état mental propice à l'action de ceux qui pensent que l'humanité a les ressources suffisantes pour stopper le dérèglement climatique et la 6ème extinction de masse ? (la 5ème avait vu la disparition des dinosaures). Des catastrophes dont de plus en plus de spécialistes documentent le fait qu'elles sont à l'origine de plusieurs sécheresses, famines, guerres civiles et migrations forcées. Hélas, seule la dernière assertion concerne, plus ou moins directement, ceux qui ont les moyens d'en limiter les conséquences.


Michaux Jérémi

vendredi 16 mars 2018

Mobilisation pour les élèves empoisonnés à Montreuil




Ce mercredi matin, 80% des parents d'élèves de l'Ouest de Montreuil ont refusé d'emmener leurs enfants dans les écoles situées à proximité de l'usine toxique de la Snem. Ils reprochent à cette PME - qui réalise des pièces aéronautiques pour les industriels Airbus et Safran - d'empoisonner leur quartier. Les faits semblent leur donner raison puisque le collectif l'Usine verte qui organisait la manifestation a relevé trois cas de cancers, statistiquement trop rares pour être décelés dans une périmètre si restreint. 

Depuis, les riverains de l'usine ont vainement tenté d'obtenir toutes les preuves de la prétendue innocuité des émanations de l'usine (selon la préfecture de Seine-Saint-Denis). Face à l'opacité et au silence étatique, ils ont décidé d'alerter l'opinion publique en bloquant l'accès à l'usine en septembre dernier. La réponse violente des pouvoirs publics a fait le reste. Les médias se sont saisis de l'affaire et votre serviteur a décidé d'aller y jeter un œil avec notre partenaire Greenprod vidéos et photos. La suite est dans le reportage ci-dessous :




Réalisé avec notre partenaire Greenprod vidéos et photos 

Michaux Jérémi

mardi 6 mars 2018

Petite discussion avec un anti-écolo...



Tous ceux qui se soucient d'environnement, doivent périodiquement faire face au déni, voire à la violence verbale d'individus qui refusent catégoriquement de s'informer sur tel ou tel problème écologique. Si l'on excepte les "trolls d'internet", payés par des lobbys pour générer suffisamment de doute chez les lecteurs afin empêcher une prise de conscience, il y a aussi ceux qui refusent sciemment de modifier leur comportement. Et s'attaquent parfois à ceux qui veulent informer les autres. 


Il y a quelques jours j'ai eu l'occasion d'échanger vivement avec un anti-écolo sur un réseau social. J'avais publié sur le groupe Facebook de ma ville qui compte plus de 4.000 membres, le lien d'un reportage d'Envoyé Spécial. Il s'agissait d'une enquête sur la pollution générée par les billes de plastiques issues de pneus usagés épandus depuis quelques années sur les terrains de sport synthétiques. Ceci afin de rendre le sol plus mou pour les pratiquants.

Mon "polluto-sceptique" disposait d'une fausse photo de profil, bien pratique pour libérer sa parole sans crainte d'être reconnu. Le souci, c'est qu'il n'a pas changé ses noms et prénoms, ce qui me permet de savoir qu'il est commercial pour  Allianz, le géant mondial de l'assurance. Une information plutôt surprenante compte tenu de la teneur de son intervention que l'on pourrait résumer ainsi : "Arrêtez de faire peur aux gens, sans raison".

J'aurais pu lui répliquer que la peur -pas toujours justifiée- c'est plutôt le fonds de commerce de l'entreprise pour laquelle il travaille. Mais je serais passé à côté de l'essentiel, à savoir que cette personne refuse tout simplement de s'informer, alors que c'est le pré-requis à toute évolution. Car contrairement à ce que pensent de nombreux néophytes, l'écologie est un vaste champ d'étude scientifique. Selon la définition donnée par le Larousse, il s'agit de la "science qui étudie les relations des êtres vivants avec leur environnement, ainsi qu'avec les autres êtres vivants."

Derrière les informations relayées par le journaliste spécialisé en écologie que je suis, il y a donc systématiquement des études réalisées par des scientifiques, les plus indépendants possibles. En l'occurrence, le reportage que j'ai partagé, s'appui sur le travail de chercheurs hollandais et étasuniens. Rien que du solide, d'où mon entêtement à répondre aux attaques de notre assureur. Ceci, davantage pour ne pas laisser s'installer un certain "fatalisme écologique" chez les autres membres du groupe facebook de ma ville, que pour tenter de le convaincre. Car on le sait bien, il n'y a pas plus sourd que celui qui refuse d'entendre !



Voici la teneur de nos échanges, suite à mon post ci-dessous :


"Quand j'entends des gens dire qu'un terrain synthétique (à Bagnolet), ce serait mieux pour tout le monde! Regardez d'abord cet "Envoyé spécial" et après on en reparle.  (voir l'émission à partir de 00h34)."
Polluto-sceptique :
  • Nous avions un terrain vague transformé en terrain de foot rue Descartes pratiquement à la place de la piscine il était en mâchefer les matchs duraient toute la journée nous avions souvent les genoux en sang . J'ai 64 ans je suis en bonne santé. Si ça continue on finira dans des bulles en verre.
Mon assureur - qui n'a probablement pas regardé le reportage vu la rapidité de sa réponse - commence en me lançant un exemple personnel, qui se trouve être également un argument "très visuel". On s'imagine alors un gamin courant derrière un ballon sur un terrain pollué, puis un adulte en pleine forme physique. Les neuroscientifiques et les communicants connaissent la force de ce type de rhétorique dans un débat. Pour autant, l'impact d'un argument sur notre inconscient ne signifie pas qu'il soit juste.  

Ma réponse :
"Personne ne réagit pareil aux différentes pollutions. C'est comme si vous disiez que des anciens fumeurs n'ont pas de cancer alors qu'ils ont fumé dans leur jeunesse. Et puis, il y a une solution, revenir aux terrains en vrai gazon ! Sans plastique ajouté."

Polluto-sceptique : 
  • Je ne retiens pas la remarque sur la cigarette. Par contre sur le gazon pourquoi pas c'est une bonne solution mais l'addition ne sera pas la même au niveau entretien (eau, tonte, désherbage chimique, engrais chimique) Je dis simplement à force de vouloir surprotéger les personnes, le corps aura de plus en plus de difficultés à se défendre. C'est mon avis il ne faut pas voir le mal partout mais être vigilant.
On observe la fuite de notre commercial face à l'argument logique de la comparaison avec la cigarette. Il opère alors un glissement sur le coût économique supérieur d'un terrain engazonné, qu'il place symboliquement au-dessus de "l'argument santé". Il termine par l'argument selon lequel notre corps sera moins résistant à la pollution... si on ne s'expose pas volontairement à cette dernière. Et fait mine d'ignorer que même sans aller jusqu'à s'exposer sciemment, les pollutions chimiques sont déjà très présentes dans nos sociétés modernes.

Ma réponse :
"Objection, puis-je savoir pourquoi vous ne "retenez" pas l'argument cigarette ? Il n'y a pas là, de surprotection, quand on est informé on fait en conséquence. On est passé de terrains en gazon à des terrains en plastique sans réfléchir, mais surtout sans recul. Maintenant que nous avons le recul, on se doit de réfléchir."

Polluto-sceptique :
  • Êtes vous sûr qu'il n'y ait eu aucune réflexion. Je suis persuadé que vous avez un téléphone portable. J'en ai un, avez vous pensez au moment de l'acheter aux méfaits de cet appareil ? Avec le recul que vous avez maintenant sur ce genre d'appareil. Qu'avez vous fait du votre ? Si nous sommes surprotégés, nous finirons dans des bulles en verre
Acculé, il tente alors le tout pour le tout en déviant de nouveau vers un autre sujet (utilisation du portable), sur lequel il espère me coincer, car c'est un objet tellement courant que si je n'en ai pas, j'apparais comme un marginal et si j'en ai un alors je suis un démagogue. Puis nouvelle tentative d'imposer - par la répétition - l'argument visuel de la "bulle de verre".

Ma réponse :
"Vous changez de sujet, mais puisque vous êtes curieux, sachez que je limite l'utilisation du portable et j'utilise souvent le kit piéton, dont je vous rappelle qu'il est obligatoire pour tous les appareils (destinés à l'Europe). C'est sans doute pour une bonne raison. Mais je souhaite quand même vous entendre sur "l'objection cigarette. Et puis je vous rappelle que nous ne somme pas "surprotégés" (en terme d'écologie) par rapport à nos grands-parents puisque notre environnement est de plus en plus pollué. Renseignez-vous mieux !"

Polluto-sceptique :
  • Vous êtes l'écolo dans toute sa splendeur celui qui détient la vérité, qui émet des avis sur tout mais qui ne change rien. Respecter la planète ok à 1000% faire attention à notre santé ok mais être sans cesse sur le qui vive et toujours tout critiqué non je ne suis pas d'accord. Aujourd'hui on nous dit que les petites billes noires des terrains synthétiques sont cancérigènes car elles émanent de pneus recyclés. Avant de faire ce constat qui est peut être vrai pour les terrains synthétiques, mais quid des ouvriers qui passent leur vie professionnelle à fabriquer les pneus?
Visiblement excédé par mes arguments, il s'attaque alors à tous les écologistes, en leur reprochant de s'exprimer sur le sujet qu'ils connaissent le mieux, mais sans parvenir à changer la société (ceci alors que lui-même refuse de s'informer). Il poursuit en affirmant de manière assez schizophrène, le contraire de ce qu'il fait, en proclamant son amour de... la planète et de la santé humaine. Il achève sa tentative de démolition en fuyant de nouveau et en affirmant que même si la pollution des terrains synthétiques était avérée, ce n'était pas bien grave comparé à ce que respire les ouvriers qui fabriquent des pneus. Il y a pire, donc ça va !

Ma réponse :
"Ils portent des protections, qui sont d'ailleurs obligatoire n'est-ce pas ? Il y a sans doute une raison. Mais de toute façon, il n'y a pas plus sourd que celui qui refuse d'entendre !"


Je vous épargne ici, les noms d'oiseaux en arrêtant la retranscription de cet échange qui révèle déjà certaines informations sur notre auteur : Il ne veut pas s'informer et refuse d'admettre ses torts même quand ils sont démontrés par une argumentation logique. Il préfère alors changer de sujet plutôt que de reconnaître que son pré-requis de départ selon lequel, petit il a joué sur un terrain pollué et n'est pas malade, n'a rien de scientifique. Il s'enfonce alors de plus en plus dans une stratégie de fuite face à la réalité. Un choix qui semble être celui des personnes davantage enclines à partager un certain fatalisme plutôt qu'une information indépendante, préalable à l'amélioration de leurs conditions de vie. Et oui, cela demande un petit effort.

Et puis zut, je viens de m'apercevoir que j'avais oublié d'aborder l'argument du coût économique des maladies pulmonaires chroniques pour la société (asthme, allergies...) ! Si vous en voyez d'autres....


Michaux Jérémi et "Pollutosceptique"



Pour savoir comment pensent (ou plutôt ne pensent pas) les anti-écolo, lisez cet article édifiant de Psychologie magazine, avec de grandes tirades simplistes, de la très médiatique Sylvie Brunel, de Laurent Larcher et de plusieurs pro-capitalistes qui refusent de voir que notre maison commune brule.

Photo 1 :  individu testant un dispositif de "rolling coal" destiné à émettre le plus de pollution possible by LB7 Mickey
Photo 2 : Trump dans un camion by Jim Watson

mardi 20 février 2018

L'homme a créé des animaux génétiquement fragiles et dépendants



L'homme qui modifie le génome de la vache, du cochon ou de l'abeille domestique, a créé des espèces productives mais aussi plus fragiles et entièrement dépendantes de lui. Ceci alors que l'industrialisation de l'élevage génère une homogénéisation des races et fait disparaître de nombreuses variétés locales. 


Si on vous demande de dessiner un cochon, il est fort probable que vous esquissiez un porc tout rose et bien dodu, directement inspiré du fameux conte du 18ème siècle « Les trois petits cochons ». Pourtant, cette vision du cochon qui domine l'imaginaire collectif occidental n'a rien d'évidente. Cette race de cochon est le résultat de la domestication des premiers sangliers capturés en Europe au IVe millénaire avant J-C. Ces derniers ont ainsi progressivement évolué en fonction de leurs nouvelles conditions de vie (enclos, pâturage, alimentation...) et de la limitation du nombre de partenaires disponibles. 

Ainsi, le nom latin de l'espèce la plus courante de porc (Sus scrofa domesticus) signifie littéralement « sanglier domestique ». Le résultat de cette domestication, c'est que contrairement au sanglier, le cochon a progressivement perdu ses défenses, son museau s'est raccourci, sa gueule s'est élargie, son cerveau s'est réduit de 20%, la morphologie de son dos a changé, sa peau s'est assouplie et il a perdu ses poils.

Sangliers sauvages - Henk Monster 


Du sanglier sauvage, au cochon industriel


Les deux espèces demeurent pourtant génétiquement assez proche puisque les croisements seraient encore possible. Jusqu'à quand ? Car l'évolution des techniques de sélection ont considérablement modifié le patrimoine génétique du cochon afin qu'il corresponde aux impératifs de l'élevage intensif. La sélection artificielle (croisements) qui consiste à favoriser la reproduction des animaux les plus costauds est certes, pratiquée depuis plusieurs siècles. Mais les choses se sont réellement accélérées au 20ème siècle.

Les éleveurs industriels n'étaient plus les seuls responsables de l'évolution génétique de leurs animaux. C'est une tâche qu'ils déléguèrent aux laboratoires, qui possèdent une banque des semences de mâles sélectionnés. Dès les années 90, ils parviennent à décrypter certaines parties du génome. Les semences contenant des gènes non désirés sont écartées. On peut donc parler de sélection génétique, essentiellement basée sur des critères de rentabilité. Un gène ne sera conservé que s'il ne nuit pas à l'expression des gènes favorisant le rendement économique du laboratoire et de l'éleveur. Mais la nature est ainsi faite qu'en accentuant certaines qualités, les animaux en perdent d'autres.

Dans l'élevage porcin, il est fréquent que la semence de certains verrats serve à l'insémination de dizaines de milliers de truies. Le problème, c'est que la diminution de la diversité génétique qui en découle, facilite les épidémies. Les virus ont par exemple moins besoin de s'adapter pour contaminer des animaux qui sont génétiquement très proches. Ce manque de diversité est l'une des causes du recours fréquent aux antibiotiques dans les élevages industriels. 

Pour compenser cette fragilité des animaux, la productivité des truies sélectionnées a été augmentée, puisqu'elles portent en moyenne 12 porcelets, contre environ 7 marcassins pour une laie. Ces dernières pèsent en moyenne une centaine de kilos contre... plus de 300 kg pour les femelles "large white", race la plus répandue en France. Une évolution qui n'est pas prêt de s'arrêter puisque depuis les années 2010, c'est désormais l'intégralité du génome des principaux animaux d'élevage qui est décrypté en laboratoire.


A gauche un crane de sanglier, à droite de cochon domestique - Rassinger et Cammerer MWNH

Si vous souhaitez mieux comprendre le sujet de la sélection génétique, regardez cette vidéo de l'Institut du porc. (Attention toutefois au jargon car les "qualités maternelles" à sélectionner chez la truie, sont : sa production de lait, le nombre et la taille de ses porcelets).

Capture d'écran d'une vidéo de l'IFIP vers 05"00


Perte de biodiversité des élevages bovins et augmentation de la dépendance


La structuration de l'agriculture en filière industrielle durant le 20ème siècle a eu l'effet d'homogénéiser de plus en plus les espèces. A tel point qu'une seule race laitière, la "Prim'holstein" représente aujourd'hui... 66% du cheptel français. Des études américaines ont même démontré que toutes les "holstein" de la planète sont issues de seulement... deux taureaux nés en 1880. 

Ainsi, non seulement ces "super animaux" sont génétiquement proche mais au passage, ils sont aussi devenu fortement dépendant de l'homme pour leur survie. La plupart des vaches sélectionnées ne peuvent pas mettre bas sans que l'homme n'intervienne pour "tracter" les pattes du petit veau. Ce n'était pas le cas des bovins rustiques d'antan et encore moins de leur ancêtre, l'auroch sauvage européen, aujourd'hui disparu à force de domestication. 

Principalement en cause dans cette incapacité à vêler seule, l'étroitesse des voies génitales de ces vaches et la taille importantes des veaux. Pire, chez certaines races, la césarienne est même obligatoire. C'est le cas de la très controversée "blanc bleu belge", une race dont les mâles sont si impressionnants, que certains soupçonnent des modifications de leur génome en laboratoire, une pratique interdite sur les animaux en Europe. Peu présente en France, la race est utilisée pour produire de la viande conventionnelle, dans le Nord et en Belgique.

Selon Yves Beckers, professeur de zootechnie à l'Université de Liège, cité par la RTBF, il n'y aurait pas eu de manipulation génétique en laboratoire mais  : "Ce qui fait que le Blanc Bleu n'est pas bio c'est que [...] on est à 99% de césariennes. Or l'agriculture biologique n'accepte que 20% de césariennes."


Mâle dont la semence est destinée à la reproduction, et la viande à la consommation :



Heureusement, cette incapacité à mettre bas par des voies naturelles, n'est pas la règle puisque les éleveurs français de charolais y auraient recours pour "seulement" 4 % des vêlages, selon le ministère de l'agriculture. Enfin, cette homogénéisation des races, conséquence de l'harmonisation des techniques et des procédés de l'élevage industriel a conduit à l'extinction de nombreuses races locales de bœufs. Ces espèces disparues alors qu'elles étaient parfaitement adaptées à leur région sont notamment listées sur cette fiche de l'encyclopédie participative Wikipédia.


L'abeille à miel disparait de nos campagnes


Les apiculteurs, dessin de Brugel, 1568


Les gros animaux d'élevage ne sont pas les seuls à souffrir du développement de la domestication. C'est aussi le cas des abeilles à miel, déjà fortement impactées par les pesticides et par l'extension de l'agriculture mono-culturale, qui réduit considérablement leur choix de végétaux à butiner. Depuis des millénaires, les hommes avaient l'habitude de se servir directement dans les ruches découvertes en pleine nature. Ils les trouvaient non sans mal, dans les anfractuosités des arbres ou des falaises, à l'abri de l'appétit des prédateurs. Mais peu à peu, la domestication des abeilles a été organisée, contrôlée, rationalisée dans des troncs d'arbres coupés, des poteries ou des paniers en osiers. Aujourd’hui, c'est dans des ruches construites pour faciliter les interventions humaines et augmenter la productivité, que les abeilles évoluent.

Avec la modification de leurs conditions de vie, les abeilles à miel ont vu leur génome changer à tel point que dans les pays modernes, où l'apiculture est très développée, elles sont considérées comme des "abeilles domestiquées". C'est le cas en France où celles que les scientifiques appellent "abeilles sauvages" sont issues d'espèces ne produisant pas de miel. Cela vient du fait que les essaims d'abeilles à miel ne se retrouvent quasiment plus à l'état sauvage, sauf à s'être échappés d'une ruche d'apiculteur. Selon les spécialistes, ces abeilles domestiquées sont devenues si peu rustiques, qu'elles seraient incapables de "passer l'hiver" en pleine nature. Il faut dire que dans les ruches, les conditions de vie sont bien différentes :
  • Elles sont parfaitement à l'abri des intempéries et du froid
  • Des "amorces de cires" leurs sont fournies pour faciliter la réalisation des alvéoles qui abriteront la progéniture de la reine, ainsi que leurs réserves de miel et de pollen
  • Lorsqu'elles sont trop nombreuses, l'apiculteur facilite la division de l'essaim en provoquant la naissance d'une autre reine
  • Elles sont nourries avec du sucre, de l'automne jusqu'au printemps qui voit apparaître les premières fleurs à butiner. Modeste compensation pour le miel récupéré.
  • Les reines ont souvent les ailes partiellement coupées pour empêcher les essaimages naturels



Pour ne rien arranger, de véritables petits laboratoires à "produire" des reines et des essaims d'abeilles se développent depuis 70 ans afin de pallier à l'importante mortalité des abeilles. Le problème, c'est que comme une reine vie seulement trois ans, cela fait déjà 23 générations que la pratique se généralise. Chez l'abeille, l'évolution du génome est ainsi bien plus rapide que pour la vache ou le cochon. Enfin, les abeilles sélectionnées qui naissent dans ces élevages spécialisés  sont réputées productives et peu agressives, mais aussi plus fragiles que les abeilles locales, parfaitement adaptées au climat des différentes régions françaises. 

Les abeilles locales sont ainsi victimes de l'industrialisation de l'agriculture et de la facilité qui consiste à acheter des reines sélectionnées. Elles sont désormais en voie de disparition. Surtout qu'il est quasiment impossible de limiter l'hybridation des abeilles sélectionnées, avec les abeilles locales. En effet, des mâles sélectionnés parviennent à féconder les reines locales lors de leur "vol nuptial". C'est pour toutes ces raisons que les membres de la Fédération européenne des conservatoires d'abeilles noires (Fedcan) ont adopté en 2015, une charte visant à créer des zones exemptes d'abeilles sélectionnées, mais aussi à réduire l'intervention humaine, laquelle contribue à la domestication. L'objectif est de préserver les races locales, également appelées "abeilles noires", car souvent plus poilues que les abeilles sélectionnées. 

Aujourd'hui toutes les formes d'élevage semblent être plus ou moins touchées par une accélération de la domestication causée par la sélection génétique en laboratoire. Les limites à cette industrialisation du vivant sont-elles franchies lorsque ces animaux ne sont plus capables d'évoluer dans leur environnement naturel sans l'intervention de l'homme ? La question est posée. 


Michaux Jérémi


mardi 6 février 2018

Après le procès de l'amiante, celui du chlordécone ?



Les antillais seraient toujours aussi contaminés par le chlordécone, un pesticide interdit en 1993 mais qui restera présent pendant des centaines d'années dans les sols, les rivières et les fonds marins. Face à la situation sanitaire critique, des voix s'élèvent pour réclamer un procès où l'État, les scientifiques et le lobby des exportateurs de bananes, assumeraient leur part de responsabilité liée à l'utilisation de ce pesticide interdit aux États-Unis... dès 1976.

Récemment la pollution du chlordécone aux Antilles est revenue sur le devant de la scène car contrairement à ce que l'on pouvait espérer avec le temps, la situation ne s'est pas améliorée. Elle se serait même détériorée puisque les quantités de résidus maximum autorisées dans la viande ont récemment été fortement augmentées. Les seuils maximum autorisés de 20 microgrammes par kilo ont ainsi été multipliés par cinq pour la viande de bœuf et par dix pour celle de volaille.

Cet ajustement important a été autorisé  par le ministre de l'agriculture, au mépris de la position des scientifiques de l'Anses, résumée par cette phrase : "Pour les populations surexposées, l’Agence considère plus pertinent d’agir par des recommandations de consommation plutôt que par un abaissement des LMR" (limites maximales de résidus). De son côté, le ministère donne comme explication la prétendue nécessité d'appliquer une surprenante directive européenne de 2013. Mais on le sait, les directives européennes ne sont pas toujours appliquées. Et accuser l'Europe est parfois bien pratique quand on cherche à se dédouaner d'une décision aussi controversée.

La mesure a plus certainement été prise afin d'ajuster les contrôles vétérinaires à la réalité de ce pesticide très persistant, qui s'accumulerait de plus en plus dans les sols des pâturages et des fermes d'élevage souvent situées en aval des bassins versants. Les scientifiques évoquent ainsi le chiffre ahurissant de... 700 ans avant que la moitié des quantités de molécules présentes dans les sols ne soient dégradées (demi-vie). Heureusement, le chlordécone n'est pas assimilée par les plantes et reste au niveau des racines. En revanche, il s'accumule dans la matière organique des sols au point de contaminer les productions poussant en terre, mais aussi à proximité immédiate (par les poussières). Ainsi salades et carottes, mais aussi tomates ou aubergines sont plus ou moins contaminées, sur de vastes zones de Martinique et de Guadeloupe. La Guyane est quant-à-elle préservée en raison de l'absence de culture intensive de la banane.



Naissance prématurée, retard de développement et cancer à cause du chlordécone


On l'a vu, les végétaux ne sont pas les seuls aliments concernés par la contamination puisque le chlordécone se retrouve dans les micro-organismes en contact avec la terre, la vase des rivières etc.  Ainsi, les animaux qui se nourrissent au contact de ces milieux sont eux-aussi progressivement contaminés, tout comme les langoustes ou les poissons frayant à proximité des côtes entourant les bassins versants des régions bannières. L'interdiction de la pêche dans ces zones est d'ailleurs toujours en vigueur depuis 2009.

Afin de connaitre les effets de la molécule sur l’homme, une étude de l’Inserm baptisée « Ti-moun » avait été conduite en Guadeloupe à partir de 2008 sur des milliers de mères et sur leur bébé. Elle a permis d'établir une corrélation entre le taux de chlordécone dans le sang de la mère et des retards de développement psychomoteurs chez le bébé. L’étude a également conclu à une incidence entre ce taux de chlordécone et l'augmentation du nombre de naissances prématurées. Enfin, une étude antérieure, « Karuprostate » menée en Guadeloupe, établissait quant-à-elle un lien entre le cancer de la prostate, très présent aux Antilles et l’exposition au chlordécone. Les études ne manquent donc pas contrairement aux affirmations récentes de la ministre de la Santé, qui est - à l'image du gouvernement - opposée au projet d'un fonds d'indemnisation des victimes des pesticides porté par deux sénateurs PS. Une ministre qui, lorsqu'elle était directrice de l’Institut national contre le cancer a retiré sans justification, les financements à l'étude "Madiprostate" qui devait confirmer en Martinique, les résultats édifiants obtenus sur l'île sœur.


Evolution de la contamination des sols en chlordécone (2007-2016) :

Données de 2016
Données de 2007


Méfiance des consommateurs vis à vis des productions locales


Mais revenons aux Antilles, la situation sanitaire causée par l'agro-industrie de la banane conventionnelle n'impacte par seulement la santé de la population, elle contribue aussi à détruire la production maraîchère et vivrière locale. Ainsi les poules élevées en batterie et les bœufs qui grandissent "hors-sol" ne seraient pas soumis à la contamination par la terre, particulièrement si les animaux consomment des aliments importés.

Un paradoxe qui contribue à déprécier les rares productions locales - qui ne soient pas de la canne et de la banane - et pousse les antillais à s'en détourner. Ce refus d'acheter aux nombreux petits agriculteurs hors-filière -donc non-contrôlés- est d'ailleurs l'une des propositions phares des scientifiques de l'Anses dans un rapport paru en novembre dernier, qui confirme le maintien de la contamination. L'autre proposition est le maintien des LMR, aujourd'hui remis en cause par le gouvernement. En réponse, la société antillaise s'est émue de ce scandale, des collectifs ont été montés sur les deux îles et une pétition lancée il y a un mois recueille déjà 30.000 signatures (soit près de 4% de la population des deux îles). 



Bientôt un procès du chlordécone... comme il y a eu un procès de l'amiante ?


Le chlordécone, est doublement emblématique aux Antilles car il symbolise une trahison de l'État qui interdit par décret, une première fois la molécule en 1982... mais préserve son utilisation dans les bananeraies. Le gouvernement français a ensuite de nouveau cédé au très influent lobby de la banane en autorisant successivement plusieurs dérogations à l'interdiction totale de la molécule intervenue en 1990. Des dérogations qui s'étaleront sur trois ans, afin... écouler les stocks. 

La molécule est aussi le symbole d'une société post-esclavagiste, où les principaux producteurs de bananes sont aussi les descendants des anciens esclavagistes, les fameux "békés". Une société qui n'oublie pas qu'à la deuxième abolition de l'esclavage en 1848, ce sont les esclavagistes qui ont été indemnisés par la France et non pas les esclaves. Une société qui réclame périodiquement ce procès de l'esclavage comme les juifs ont exigé celui de Nuremberg. Dans cette société antillaise morcelée, la persistance centenaire du chlordécone est donc un problème qui dépasse le seul cadre sanitaire et agricole. Si aucun procès ne se tient, les tensions réapparaîtront dans 10 ans, dans 20 ans...

Ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé de crever l’abcès puisque pas moins de trois plaintes sont déposées contre X entre.... 2006 et 2007 pour tenter de déterminer les responsabilités de ce désastre sanitaire : deux en Martinique et une en Guadeloupe. Elle n'ont pourtant jamais abouti. Pourtant il semblerait que la Justice devant le tollé provoqué par l'augmentation des LMR et par la sortie du dernier rapport de l'Anses ait décidé de se pencher sérieusement sur le dossier. Les trois plaintes qui se trouvent désormais chez le même juge d’instruction au tribunal de grande instance de Paris vont sans doute être instruites. Volonté de faire la lumière sur cette affaire ou communication distillées afin de calmer provisoirement les esprits ?

Les avocats des associations plaignantes ont été convoquées la semaine dernière pour leur expliquer que des gendarmes ont pour mission d'identifier les responsables ministériels, les importateurs, les lobbyistes et les planteurs qui ont pu utiliser le chlordécone après l'interdiction de 1993. Mais imagine-t-on un procès de l'amiante qui soit circonscrit à la période d'après l'interdiction de 1997 et fasse fi des décennies d'empoisonnement et de mensonges étatiques et industriels sur le sujet ? Les prochaines semaines nous diront si l'État souhaitent permettre l'apaisement, ou si la relance de la procédure vise simplement à balayer provisoirement la poussière sous le tapis d'une histoire déjà surchargée.

Jérémi Michaux

La pêche et l'agriculture antillaises contaminées par le chlordécone - 2014

Le Chlordécone et les bébés prématurés aux Antilles - 2014

Les balbutiements de l'agriculture bio en Guadeloupe - 2017